Exercice inédit d’écriture créative 122

Exercice d'écriture très créative
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    Un a, depuis des années, vivait entrelacé avec un e
    Entre-eux, tout allait pour le mieux,
    
jusqu’au jour où l’e trouvant l’a ennuyeux, s’amouracha d’un O
                                 

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9 Responses

  1. Blackrain dit :

    E trouvait A ennuyeux avec son chapeau sur la tête, son accent grave et son sens aigu de la rigueur. Il prenait les choses trop au pied de la lettre, gardant son chapeau au théâtre et l’enlevant sous une averse. Elle finissait par le trouver ridicule. Elle l’appelait son « sir con flexe », un roi qui ne fléchissait et ne réfléchissait jamais. Lorsqu’elle rencontra O, elle se fondit rapidement dans sa rondeur rassurante, elle se sentit lovée dans une douceur maternelle. Même pour faire de la poésie elle ne mettait plus un pied dans l’Eau. Elle préférait s’ébattre dans l’O, dans un retour à un Oedipe jouissif. Elle avait l’œil qui brillait quand il lui offrait de modestes œillets. Comme elle était d’origine portugaise, elle y voyait une révolution dans sa vie. Il se fit en effet devin en l’initiant à l’œnologie. Ils s’accomplirent ensemble dans ce domaine lorsqu’ils en acquirent un dans le bordelais. Pas besoin de bâtir des châteaux en Espagne lorsqu’on en déniche un à Pessac. Ils ne firent pas fortune mais ce n’était pas « grave ». Ils étaient heureux ensemble. Ils s’accordèrent dans la mise en œuvre d’un vin bio. Ils acceptèrent de se mettre à table devant une modeste omelette aux œufs plutôt que repaitre de douzaines d’huitre, fruit de mère commerce, avec un rosé de Provence à la couleur marketing. Sous le soleil de son vignoble, de sa vie noble, E accepta bientôt de remettre un chapeau car elle pouvait vivre enfin dans son rêve.

  2. Clémence dit :

    Un a, depuis des années, vivait entrelacé avec un e.     Entre-eux, tout allait pour le mieux,     jusqu’au jour où l’e trouvant l’a ennuyeux, s’amouracha d’un O

    On m’a raconté, il y a peu, une histoire abracadabrantesque, à vous donner le tournis !

    Amédée, amoureux transi, vivait avec Éloïse, une jolie petite étincelle.

    Amédée vivait à Caen, il avait d’un premier mariage, deux enfants charmants : Gaël et Aglaë.
    C’est au cours d’une excursion aux Serres Royales de Laeken qu’il rencontra sa Belle.
    Il lui déclama le poème de Pierre de Ronsard, elle le trouva romantique.
    Il l’invita à manger une paella dans un petit restaurant, non loin de la Grand Place de Bruxelles.

    Éloïse vivait à Laeken, elle n’avait jamais été mariée et n’avait pas d’enfant. Ses deux chats, Azraël et Raphaël étaient de bonne compagnie.
    Elle avait un signe particulier : un nævi en forme de rose tout près de son cœur.…
    Elle admirait une rose, il lui en offrit une. Elle accepta la rose et le repas.

    Quelque peu enivrés par le rioja, ils se mirent à chanter du reggae…
    Ils se plurent, et multiplièrent les déplacements entre Caen et Laeken.
    Cela dura une semaine, un mois, une année.

    Ils partirent fêter ce premier anniversaire à Taenga.
    Ils en revinrent, mais de petits grains de sable les accompagnèrent également. Ils s’empressèrent d’enrayer leur idylle.

    Éloïse l’étincelle, trouva son amoureux Amédée de plus en plus ennuyeux.
    Au cours d’une séance d’aérobic, elle tomba sous le charme du moniteur , Oscar. Il eut immédiatement pour elle, un amour oblatif.
    Il lui offrit des œillets rouges et exauçait tous ses vœux.

    Sur une magnifique goélette, il firent le tour du monde.

    Vint le jour où, le temps, à nouveau fit son œuvre. Oscar trouva Eloïse très ennuyeuse.

    Oscar s’amouracha d’une jolie Naïade au doux nom de Noëlla.
    Éloïse s’amouracha de Noé.

    Lors d’un séminaire en œnologie, animé par un certain Amédée, les cinq protagonistes se retrouvèrent autour d’un mezze. Le vin coulant à flot, ce qui devait arriver arriva….

    Au loin dansaient les notes légères de « Cosi fan tutte »

  3. gepy dit :

    Un A, depuis des années, vivait entrelacé avec un E
    Entre-eux, tout allait pour le mieux,
    jusqu’au jour où l’E trouvant l’A ennuyeux, s’amouracha d’un O.

    L’O apprécia, à la longue, le côté affectif et exagérément collant du E.
    Il avait peu l’habitude d’être caressé ainsi et avait fini par y trouver beaucoup de plaisir.
    Ils décidèrent bientôt de s’unir l’un à l’autre à jamais.
    Quand un jour, l’O aperçut, en début de ligne, un 1.
    Il reçut comme un électrochoc.Il se sentit rapetisser en o minuscule. Quel était donc ce symbole inconnu ?
    Il en parla au E qui pouffa de rire : « c’est une autre galaxie de sigles. Tu n’en as donc jamais croisé sur ta route. Ils sont plus nombreux que nous, les voyelles, mais moins nombreux que notre alphabet. Allez, colle-toi donc à moi, et pensons à nous. »
    Le O s’exécuta, pensif.
    Mais, les jours suivants, il prétexta des visites impératives chez les consonnes pour s’éloigner de son aimante « glu » et s’approcher de cet étrange sigle.
    Jusqu’au jour où, dans un élan de curiosité, il le bouscula.
    «  Veuillez m’excuser », bredouilla-t-il, honteux de sa maladresse.
    Le 1 : « Bonjour, Noble O »
    Le O : «  Vous me connaissez ? »
    Le 1 : «  Nous connaissons chacun d’entre vous, même si vous nous considérez comme des étrangers d’une autre galaxie ».
    Le O : « Il est vrai que vous n’êtes pas de notre registre »
    Le 1 : « Cela ne dépend que de votre point de vue ».
    Le O partit, toujours troublé par le 1, en se répétant sans cesse « cela ne dépend que de notre point de vue, cela ne dépend que de notre point de vue… »
    Il finit par en négliger le E, au point de le rejeter.
    Il rencontra le 1 régulièrement. Ils échangèrent leur vision du monde. Et le O se transforma bientôt en 0 jusqu’à appartenir à ce nouvel univers. Il devint petit à petit un des leurs. Le O en 0 devint inséparable du 1. Leur union fut célébré avec liesse par les chiffres et les consonnes. Les voyelles, solidaires du E malheureux, crièrent au scandale. Mais c’était ainsi.
    Comment vous voulez-vous que le monde évolue si l’on ne se donne pas la peine de découvrir et d’ accepter l’autre galaxie ?
    Vous seriez peut-être même surpris par la place qui pourrait vous y être réservé.
    Regardez le 0 : il est, désormais, devenu le premier d’une longue lignée de nombres.

  4. Françoise - Gare du Nord dit :

    Un A, depuis des années, vivait entrelacé avec un E. Entre eux, tout allait pour le mieux, ils vivaient une tendre idylle dans les bras de Lætitia, aucune rivalité entre eux, toujours ex æquo, et cætera et cætera.
    Cela aurait pu durer ad vitam æternam jusqu’au jour où l’E trouvant l’A ennuyeux, s’amouracha d’un O, épicurien et joyeux.

    Ces deux-là formèrent le vœu de vivre, comme deux sœurs, une vie aux mœurs dissolues, loin de celle d’un enfant de chœur, vivant à l’œil chez un œnologue souffrant d’un complexe œdipien, toujours au cœur de basses manœuvres (trafic de fœtus, production illicite d’œufs de cœlacanthes vente de bœuf bourré d’œstrogènes responsables d’œdèmes de l’œsophage…).
    Cela aurait pu durer longtemps quand désirant œuvrer dans ce sinistre chœur, l’inflexible I accompagné du malléable U firent leur apparition, suivis du toujours aussi ennuyeux A qui ne voulait pas être en reste.

    « Que faire de ces trois-là ? » s’interrogèrent E et O. ils en étaient là de leur réflexions lorsqu’ils virent s’approcher dans une approche sinueuse et sournoise le satanique S qui susurra « Adoptez-moi et je vous ferai connaître le Paradis ».

    C’est ainsi que naquit l’OISEAU. Le céleste équipage s’envola vers les cieux promis et espérés, faute d‘avoir été mérités, lorsqu’il entendit « Psitt ! Psitt ! ». il aperçut alors l’encombrant, l’inutile, l’insortable Y qui les interpellait, les bras écartés dans une attitude toute gaullienne.

  5. Sylvie dit :

    Un A, depuis des années, vivait entrelacé avec un E.
    Entre-eux, tout allait pour le mieux,
    jusqu’au jour où l’E trouvant l’A ennuyeux,
    s’amouracha d’un O.

    Las de l’ex aequo et du curriculum vitae
    L’E qui avec l’A pensait rester
    Ad vitam aeternam
    Le quitta sans état d’âme

    Quand un célèbre O majuscule
    Lui fit le bel œil
    L’E gonflé d’orgueil
    Abandonna la latine minuscule

    En épousant l’O
    L’E prit la grandeur de sa moitié
    Ils furent unis, in dissociés
    O et E dans l’eau

    Mais l’E, cet imprudent,
    Par le charme de l’O étourdi
    Avait engendré Œdipe, le fils maudit
    Maelström familial, du vent !

    Heureusement pour l’E, un matin
    Un petit föhn
    Tout chaud, tout jeune
    Venu d’Outre-Rhin

    Soufflait un peu perdu
    A recherche d’un E consentant
    Pour remplacer son umlaut allemand
    En français, incongru

    L’E séduit
    Par le föhn et sa douceur
    Entra en son cœur et enfin trouva l’âme sœur
    Ils devinrent fœhn pour la vie

    ©Sylvie Wojcik

  6. Jean de Marque dit :

    Un a, depuis des années vivait entrelacé avec un e. Entre eux, tout allait pour le mieux, jusqu’au jour où l’e trouvant l’a ennuyeux, s’amouracha d’un o.

    Ce n’est pas que l’e ait été assommant, il n’était que minuscule. L’a avait besoin de se libérer de cette liaison contraignante. L’o paraissait plus clair, plus sécurisant avec sa boucle close, son air d’être bien dans sa coquille d’œuf.

    L’a ne niait pas ce que vivre avec l’e lui avait apporté. Sur un curriculum vitae, cela faisait sérieux d’avoir fréquenté un latiniste.

    Mais l’o lui allait droit au coeur, lui flattait l’œdipe, lui caressait la moelle.

    Et puis, de toute façon, l’e c’était l’EST, une ébauche d’Europe, un éboulement de régions, une ecchymose de guerres, un échec de négociations, un échouage pour africains.

    L’e n’était qu’une éclaboussure de royautés, une éclipse de civilisation, une écorchure de frontières, un écueil de l’histoire, un égarement du temps.

    Alors que l’o, c’était L’OUEST, l’Océan de l’aventure, l’obligeante marée, l’occasion du larron, l’octave parfait, l’ode au creux des verbes, l’oeuvre engloutie, déglutie.

    L’o, ce serait l’onctuosité des tempêtes, l’ondine au coin du feu littéraire, l’orchestration grandiose d’une partition intime, l’optimisme chantant, l’orgasme textuel, l’opium d’un moment… l’œil divisionnaire, l’amoncellement du poète…

    ….au risque de l’écœurement ?

  7. ourcqs dit :

    …. Bien sûr, le E écouta Rimbaud et préféra le O bleu au A noir, ténébreux, enfin un peu de lumière ! Se lover dans le O est vraiment plus confortable, comme dans un oeuf. Il fait bien des manières avec ses accents, tantôt ouvert, fermé, et s’amuse des confusions. Avec les circonflexes c’est être à la fête, et avec le tréma c’est Noël !
    Ce qu’il déteste, c’est de venir muet, quelle horreur, passer inaperçu ! Pourtant G. Perec l’a fait disparaître pendant trois cent pages ,mais là E est ravi d’être le héros d’un tel roman. Maintenant il a d’autres prétentions, il joue dans les formules mathématiques, physiques, E =mc.., toujours en majuscule .

  8. isabelle hosten dit :

    Un A, depuis des années, vivait entrelacé avec un E. Entre-eux, tout allait pour le mieux, jusqu’au jour où l’E trouvant l’A ennuyeux, s’amouracha d’un O. Joli lot, ô combien ouvert, un appel d’être…Et puis l’E dans l’O ça donnait le vertige du sens, du sens…dessus dessous, lové caché. Il murmurait le son de ce nouvel amour, un « Euh » lascif, pâmé aux couleurs de l’extase. Sa raideur verticale adossée contre le giron moelleux lui donna des idées de tragédie grecque. Œdipe roi…Ah oui…Ce O comme le puits sans fond de la féminité, muse et mère, abritant dans son espace clos, le chaos des possibles. Le cercle de l’enfer et du ciel réunis. Abandonnant tout accent, tout chapeau artificiel, il secoua ses branches, se colla plus encore et souffla : « oh épouse-moi »…

  9. Sylvianne dit :

    Un A, depuis des années, vivait entrelacé avec un E.
    Entre-eux, tout allait pour le mieux. Ils avaient fredonné ensemble avec Serge « La, e dans l’a, læti, læti, lætitia… ».
    Grâce à leur union, ex æquo et curriculum vitæ vivaient heureux. Comme c’était bon de vivre collé-collé.

    Jusqu’au jour où l’E trouvant l’A ennuyeux, s’amouracha d’un O. il fit l’œuf. A tourna de l’œil. Son cœur palpita. Certainement des problèmes d’œstrogènes chez E. Sa sœur lui en avait touché deux mots, c’était familial. Un truc compliqué, psychologique qui prenait sa source dans cette espèce de complexe d’œdipe.
    La préférer à « O », c’est à peine croyable. Cette grosse boule au fin fond de l’alphabet, un bœuf ! A, toujours en tête, se redressa la hampe. Et fit fi de cet E parti.

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