Énième manifestation des « Gilets jeunes »
En ce moment, des lycéens se révoltent contre les défauts de leurs établissements et de leur scolarité. On les entend, on les voit dans les médias. Dans les commentaires, les forces de l’ordre sont vite montrées du doigt.
J’entends même certains responsables politiques parler des policiers comme s’ils étaient des tueurs.
Alors, j’aurais envie de proposer une chose aux meneurs de manifestations, passer une journée du côté de ceux qui doivent les encadrer et les contenir.
Je ne dis pas que les situations se ressemblent. Mais j’ai connu le maintien de l’ordre pendant mon service militaire obligatoire dans la gendarmerie, je n’avais pas choisi cette mission, j’y étais affecté d’office. J’avais 20 ans, la loi me considérait encore comme un mineur… Je me souviens d’une manifestation dans le centre-ville de Bône, aujourd’hui Annaba.
Nous étions là pour empêcher les Pieds-Noirs et les Algériens de s’affronter. Les uns manifestaient pour l’Algérie française ; les autres pour l’indépendance.
Nous étions placés entre eux pour éviter que la haine les pousse à s’entretuer.
La manifestation devait commencer à midi.
À quatre heures du matin, nous étions déjà en route pour prendre position. Puis il fallait attendre. Attendre pendant des heures que le face-à-face commence, que les groupes se forment, que la tension monte.
Je me trouvais face aux Pieds-Noirs. Ils nous voyaient comme des soldats français, mais pas du tout comme des alliés. Ils nous provoquaient, nous insultaient, nous crachaient au visage, nous jetaient des immondices au visage. Certains, couteau en main, mimaient le geste de nous trancher la gorge. Nous devions subir sans réagir.
À force, dans pareille situation, ces actes et paroles vous entrent dans la tête.
Vous êtes là, debout, sans bouger, à encaisser. Vous n’avez rien contre les gens d’en face. Vous comprenez qu’ils défendent leur cause. Mais quand on vous insulte, qu’on vous traite de tous les noms, qu’on vous menace pendant des heures, la colère monte. On a envie de répondre, de sortir du rang, de se faire justice. C’est justement là qu’il faut se retenir.
Cela ne justifie pas les erreurs commises par les forces de l’ordre. Cela ne les rend pas acceptables. Mais, avant de juger une intervention, il faudrait peut-être se demander ce que l’on ressent quand on reste longtemps face à une foule, sous les insultes et les menaces, avec la consigne de tenir sa position.
J’ai vécu une situation où un conducteur fonçait avec sa voiture sur notre barrage. Ces secondes-là te marquent pour la vie.
J’ai toujours interdit à notre fille de se rendre à une manif, toujours veiller à ce qu’elle ne se mêle pas à une meute en colère.
Une foule peut s’échauffer très vite. On s’y sent protégé par les autres, on suit le mouvement, et l’on peut finir par commettre des actes qu’on n’aurait jamais commis seul.
Oui, j’aimerais que les responsables étudiants passent une journée auprès des forces de l’ordre, à observer leur travail et les tensions. Peut-être comprendraient-ils mieux ce qui se joue de l’autre côté du cordon de sécurité.
Comprendre ne veut pas dire excuser. Mais se mettre à la place de l’autre, c’est déjà commencer à se parler et se comprendre. À rester humain…

Au moment où j’écrivais ces lignes, Sylvianne, mon épouse, se rendait au centre de Bordeaux pour animer bénévolement un Atelier d’écriture à la maison Rose. À la même heure qu’une énième manifestation des « Gilets jeunes » 😉
Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com


Se mettre à la place de l’autre .
Est-ce que les lycéens qui vont manifester se mettent à la places des policiers et inversement ? Les flics reçoivent de ordres, ils sont tenus d’obéir.
Le responsable de cette affaire est l’État qui n’a rien fait depuis des années pour améliorer son grand ministère de l’Éducation nationale.
Je me souviens, lorsque que j’étais en classe de Première, en 1966, notre prof d’histoire-géo nous disait déjà du mal du ministre de l’époque qui était Christian Fouchet.
Depuis la Vème République, nous en somme au 40ème ministre de l’Éducation nationale…
Vous abordez là, cher Pascal, un sujet particulièrement sensible. Le niveau de fracture qui traverse aujourd’hui notre société rend de plus en plus difficile l’abord de certains sujets, qui suscitent rapidement la polémique, puis des réactions passionnelles qui ne laissent que peu de place à un débat véritablement apaisé.
J’ai le sentiment que l’une des questions fondamentales, peut-être même à la racine de bien des maux, est celle de la conscience. Nous avançons souvent des arguments très différents, mais prenons-nous suffisamment le temps de nous interroger sur les mécanismes qui influencent nos perceptions, nos réactions et nos comportements ?
Force est de constater que le pouvoir a souvent tendance à chercher à se maintenir, à préserver ses orientations et les intérêts qui le soutiennent. Quant aux médias, leurs liens économiques et financiers peuvent parfois peser sur leur indépendance et sur la manière dont l’information est traitée. L’influence exercée sur les opinions et les comportements collectifs est d’ailleurs un sujet ancien, que l’on retrouve notamment dans Social Engineering (1909), de William H. Tolman, et Propaganda (1928), d’Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud. Ces ouvrages invitent à réfléchir aux différentes façons dont les perceptions collectives peuvent être orientées.
Pour rejoindre votre idée, Pascal, il est vrai que, lors de manifestations, la dynamique de groupe peut parfois entraîner des débordements, d’autant plus lorsque des individus cherchent à provoquer des incidents susceptibles de discréditer l’ensemble d’un mouvement. On peut notamment se souvenir de l’affaire Benalla, qui a révélé des comportements particulièrement problématiques en marge des manifestations. Il me semble donc essentiel de rester vigilants face aux amalgames et de ne pas tirer de conclusions trop hâtives à partir de quelques faits, aussi condamnables soient-ils. Un mouvement ne saurait se résumer aux agissements de certains de ses participants, pas plus que les comportements individuels ne devraient nous dispenser d’interroger les responsabilités à tous les niveaux.
Peut-être que lorsque nous parviendrons enfin à mutualiser nos luttes, au-delà de nos différences et de nos désaccords, nous aurons davantage de chances de nous faire entendre. Et il serait temps ! Car les moyens de maintien de l’ordre et de répression des manifestations se sont considérablement diversifiés et sophistiqués. Aux gaz lacrymogènes, aux grenades de désencerclement et aux canons à eau s’ajoutent notamment les LBD, les véhicules blindés Centaure et les drones. D’autres technologies, y compris issues du domaine militaire, soulèvent également des questions quant à l’avenir du contrôle des populations et à la place que l’on entend laisser à l’humain dans ces dispositifs.
Cela me fait penser au roman dystopique Fahrenheit 451, de Ray Bradbury, dans lequel apparaît le fameux Limier mécanique, une sorte de chien robotisé conçu pour traquer les humains. Cette image littéraire, qui pouvait sembler relever de la pure fiction, résonne aujourd’hui d’une manière troublante avec les possibilités offertes par certaines technologies autonomes. Elle nous invite, me semble-t-il, à réfléchir dès maintenant aux limites éthiques que nous souhaitons leur imposer.
Je garde néanmoins l’espoir qu’une conscience plus mature, plus lucide et plus profondément ancrée dans l’éthique nous permette de prendre du recul, de dépasser les oppositions immédiates et de regarder ce qui se joue dans un camp comme dans l’autre. Car au-delà des affrontements visibles, il existe parfois tout un arrière-plan — des intérêts, des stratégies et des mécanismes d’influence — qui contribue à orienter les événements sans que nous en ayons toujours pleinement conscience.
Peut-être est-ce justement en apprenant à regarder au-delà des apparences, à questionner nos propres certitudes autant que celles des autres, que nous pourrons retrouver les conditions d’un véritable dialogue et, à terme, d’une action collective plus éclairée.
Merci pour ce témoignage Pascal. Quand j’étais enfant il y avait une ritournelle : Si tous les hommes pouvaient se tenir la main… Aujourd’hui ce serait : si tous les hommes pouvaient s’écouter et se parler…
Certes il n’est pas facile de rester stoïque face à une meute de personnes qui vous insultent.
Pourquoi cette provocation de la part de ces jeunes ? Sont-ils réellement étudiants ? Sont-ils réellement préoccupés par les défaillances de l’éducation ? Où alors ne sont-ils que des petits trous du cul qui se réjouissent de se dépenser dans les rues plutôt que de s’emmerder en classe ou dans leurs quartiers ?
Il est tout à fait compréhensible que les forces de l’ordre répondent aux agressions physiques et empêchent ces mauvais revendicateurs de détruire tout sur leur passage.
Je suis outrée de voir que la presse dans sa globalité ne se focalise que sur ces violences. Peu d’interviews sur ceux qui se « battent » proprement pour étudier dans de bonnes conditions.
Oui, c’est choquant ces scènes de violence et l’attitude de certains membres des forces de l’ordre, mais je peux comprendre.
La destruction des lycées attaquer des pompiers, des médecins, des professeurs et même s’erraquer entre eux pour x ou y raison est-ce ce qu’on appelle » la recherche d’un dialogue « ?
L’autorité des parents mise a mal par des lois dites » contre la fessée « ! Le moindre mot peut mener devant le juge ! Presque la moindre contrariété. Je me pose la question : y a-t-il encore un dialogue possible sans tomber sous le joug de la légalité ?
C’est la où je me sens une vieille bique 🐁