625e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Sitôt né, il fut vénéré. Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux. Toutes avaient envie de le serrer dans leurs bras, rêvaient de le chérir. Et le petit grandit, croyant qu’il en serait toujours ainsi.

Sitôt née, elle fut magnifiée. Tous les garçons la trouvaient belle et gracieuse. Tous avaient envie de la serrer sur leur cœur, rêvaient de la protéger, de lui tenir la main. Et la petite grandit, croyant qu’il en serait toujours ainsi.

Inventez ce qui s’ensuivit pour le petit ou la petite


Point de départ de cette idée d’exercice

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21 Responses

  1. sylbleu dit :

    Je suis inscrite mais pas à cet exercice à venir N°626, le changement d’exercice est-il possible ?
    J’y ai des amies Camomille et Maguelonne
    Merci
    Sylvia German

  2. françoise dit :

    Sitôt né, il fut vénéré. Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux. Toutes avaient envie de le serrer dans leurs bras, rêvaient de le chérir. Et le petit grandit, croyant qu’il en serait toujours ainsi.
    Or, après des embrassades à n’en plus finir de son père, sa mère, son grand’père( sa grand’mère soouffrante n’avait pu venir):elle aurait subi un choc émotionnel à cause de l’entrée de l’enfant à l’école : ne plus le voir pendant 2 H était insurmontable pour elle) ; mais que faisait-on aux enfants pour qu’ils soient tous si dévastés pensa Guy tout en se disant « même pas peur ».
    On demanda à tous les enfants de son âge de se mettre en rang pour entrer dans la classe et on leur indiqua leur place ;Il eut une fille comme voisine de bureau.Il la trouva jolie mais ne put s’empêcher de rougir quand leurs regards se croisèrent. Il lui sembla que çà la faisait rire. Il en fut tout heureux : enfin quelqu’un qui n’était pas à ses pieds.
    Pendant toute cette année, il fut souvent chahuté et il chahuta ses copains, c’est là qu’il réalisa qu’il était comme les autres Alors quand il rentra chez lui, il se mit une pancarte où il avait écrit « je suis comme les autres, foutez-moi la paix »

     

  3. Jean Marc Durand dit :

    Sitôt arrivé, il fut vénéré. Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux. Toutes avaient envie de le serrer dans leur bras, rêvaient de le chérir.

    Jacques fut accueilli aux « Tilleuls », une agréable maison de retraite qui sentait bon la tisane. L ‘homme portait beau, nœud papillon, chemise en soie et pantalon de flanelle. Il devait à peine friser les 60 ans ce qui remontait la moyenne d’âge de l’établissement. Toutes ces dames en mâle de chanteur bêlant et d’acteur frétillant le couvaient de regards, suçotaient des douceurs ou bavochaient de tendres paroles effilochées. Le droit à l’amoumour cachait mal l’évidence du ridicule, celui qui n’a jamais tué personne.

    Allez savoir pourquoi, Le Jacques, ça ne lui déplaisait pas toutes ces gagâteries. A celles qui avaient lu trop de mauvaises littératures du palpitant, il racontait des voyages imaginaires, de capitales en capitales. Il les gondolaient à Venise, les emmurait à Berlin, nourrissait tous leurs éléphantasmes. Mais cela ne débordait jamais la tasse de thé. A celles qui n’avaient jamais eu le temps de lire, il écrivit des lettres d’espoirs déçus, des rendez-vous de chaud lapin bien posés. Aux sourdes, il chantait sur 9 jours les 9 symphonies de Beethoven, réservant la 9ème au long dimanche, disponibilité élargie du temps des vacances. Aux aveugles il peignait des Iris, et des Tournesols.

    Lui croyait qu’il en serait toujours ainsi. Ce convenable lui convenait. Ca lui changeait du passé.

    Mais un jour d’été, un bruit de couloir, le genre de bruit coincé dans la poussière des tapis chatouilla l’oreille d’une certaine Agathe. Il ne s’agissait pas d’une pierre de camée, mais bien d’une triste fouineuse, de celle qui trouve toujours une bonne raison de secouer éternellement les tapis.

    On, ce grand On, lui avait susurré que le Jacques, il n’était pas tout blanc, que des traces de mauvaise sueur perdurait sous ses aisselles. Et forcément se dessinait quelque chose à laver. Elle recoupa toutes les pistes, concorda tous les indices et exposa la comptabilité rendue de ses certifiées incertitudes.

    Elle le savait. Le Jacques avait en fait surtout gondolé de la tôle. Où , quand , et pourquoi rejoignait la longue liste des mystères à tripoter dans tous les sens.

    Agatha, dans la cour recréa de nouveaux jeux, redessina sur le pavé la trace du paradis vers l’enfer. Les petites filles du temps passé renouèrent leurs genoux, se protégèrent du diable, ce drôle d’engin transbahutant des colis bizarres dans tous les marchés du monde.
    La crainte née en août, devint du vrai doute, du probablement certain, du possible vraisemblable. Et l’on bouda Jacques.

    Confiné dans sa chambre, il feuilletait le calendrier du passé. Sorti de prison, il ne lui restait rien, rien d’autre que l’accueil dans une autre structure un peu moins fermée avec des moins détenus, parfois même de bonne tenue. Il réécouta seul les Symphonies de Ludwig, entama un journal de survie et dessina sur les murs, partout des pâquerettes.

    Il avait peut être assassiné sa femme. Mais elle l’avait bien cherché .

    A le tromper, à se moquer ouvertement de lui, à lui envoyer des cartes postales de Venise…et de Berlin.

  4. Michel-denis Robert dit :

    625 – Si tôt né, il fut vénéré. Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux. toutes avaient envie de le serrer dans leurs bras, rêvaient de le chérir, de lui chantonner des berceuses. Son goût pour la musique vient sans doute de là.

    Il adorait la musique. Lui-même inventait des airs sur lesquelles ses paroles s’évadaient dans une langue inconnue. Etranges, ses mélodies semblaient venir des plaines, des lacs, des montagnes et réjouissaient toute la maison. Il chantait si bien que dès sa septième année, il envisagea sa vie réglée comme… du papier à musique bien sûr. Sans avoir appris les notes, il s’inspirait de ce qu’il ressentait au plus profond de l’âme.

    Il lui fallut trouver la clé de son répertoire. Et, c’est porté par cet engouement qu’il entra dans la ronde. On lui dit : « Tu entres dans l’arène où il s’y mi face à un pupitre, comme dans une fosse d’orchestre, confortablement installé pendant une symphonie. Il comptait ainsi s’y dorer la pilule toute la vie. Mais il s’perçut vite que certains aimaient bien mener les autres à la baguette, sans pour autant qu’ils soient animés d’une même passion. Il serait sans doute contraint de souvent faire des pauses pour identifier où ces chefs décideraient de le conduire.

    Il s’orienta vers la musique méditative. S’opéra alors en lui une transformation telle qu’il prit conscience de l’importance du son sur son harmonie corporelle. Complice du rythme, le son jouant sur ses cordes sensibles
    développa ses qualités artistiques dans des domaines où l’on pensait qu’ils ne pouvaient se rapprocher.

    S’inspirant de la nature, il se dit qu’il devrait identifier son propre rythme.
    Composant sa vie en quatre saisons, il se dit que le printemps bien joli, se donnerait à toutes les joies de l’enfance et de l’adolescence. A mi-juin, il partit dans un endroit facile à découvrir, il écouta l’été à l’ANPE. C’est là qu’il attrapa des ampoules-emploi. Il se dit alors qu’il valait mieux fréquenter les cols chics, mais ceux-ci n’étaient intéressés que par les variations des cours de la bourse. A l’automne, il se lança dans la peinture d’un panoramique de roux et ils se rabattit sur le blues annonçant un refroidissement climatique. Il se dit bientôt que toutes ces modes, au fond, disparaitraient sous la blanche pelisse de l’hiver et que le Père Noël apporterait le sourire d’une nouvelle vie.

  5. Françoise Rousseaux dit :

    Il était une fois deux jumelles, qui avaient été abandonnées à leur naissance. Placées dans une pouponnière de la République, elle furent finalement adoptées par deux familles différentes. Quinze ans plus tard, des circonstances fortuites leur permirent de se retrouver ; on les retrouve attablées au Café du Théâtre, le fief des lycéens de la ville. Là elles sont connues par leurs prénoms, Céline et Christine ; elles taisent leurs noms de famille.
    Céline : – Bon, finalement, tu es plutôt gâtée par ta famille ? Non ?
    Christine : Gâtée, oui, bien sûr…Quand ils m’ont adoptée, ils avaient déjà deux garçons et souhaitaient vivement une fille, enfin surtout elle. D ‘après mon grand-père, tout le monde est tombé sous mon charme , y compris mes frères ! J’étais leur petit poupée et ils m’adoraient ! Eh bien je dois t’avouer une chose, quand je suis arrivée à l’école, ça n’a pas été facile pour moi. Habituée à être adulée, je ne comprenais pas pourquoi la maîtresse ne me vouait pas une admiration sans bornes, ni que mes petits camarades ne se soumettaient pas à mes volontés ! Ma mère non plus ne comprenait pas ! Il y a eu des entretiens houleux avec mes enseignants successifs, dont certains m’ont prise en grippe . Et à présent,, quand mes copines viennent à la maison, ma mère ne peut pas s’empêcher de les critiquer ; je crois qu’elle est jalouse. Elle m’aime…elle m’adore même…mais cet amour me pèse…c’est ça, il me pèse !
    Céline : Ô pauvre petite, tu te plains d’être aimée ! Eh bien moi, j’aimerais être à ta place, parce que, moi, j’ignore ce que c’est d’être adulée. Ils n’avaient pas d’enfants quand ils m’ont adoptée, mais on ne peut pas dire qu’ils m’ont appréciée. En fait, je pense qu’ils ont été déçus ; ils avaient sans doute une représentation enfantine qui ne me correspondait pas. Quand j’étais petite, ils me racontaient qu’ils m’avaient choisie parce que personne ne voulait de moi ; j’étais au rebut en somme et ils avaient eu pitié de moi. En plus, je devais leur être éternellement reconnaissante ! Certes, ils se sont occupés correctement de moi, mais sans tendresse. Dès mon entrée à l’école, il y a eu une pression pour que je sois tête de classe et s’ils me comparaient aux autres filles de mon âge, c’était toujours à mon désavantage ! Une fois, ma mère qui m’avait rencontrée en compagnie de ma meilleure amie m’a dit que je lui servais de faire-valoir ! Merci maman !
    Christine : Ah, la garce !
    Céline : comme tu dis ! Tu vois, tu n’as pas à te plaindre, ou alors, si c’est vraiment insupportable pour toi d’être aimée, tu prends ma place !
    Le silence s’installe ; elles sont plongées dans leurs pensées. Et puis au bout d’un moment, Christine prend la parole :
    – Pourquoi pas ?
    Céline : Pourquoi pas quoi ?
    Christine : Pourquoi je ne prendrais pas ta place ? Juste comme ça, pour voir. On se ressemble suffisamment, non ? On se fait faire la même coupe de cheveux, on échange nos vêtements…
    Céline : Mais non, n’importe quoi ! Je blaguais. D ‘ailleurs, ça serait impossible !
    Christine : Mais si, c’est possible ! Et puis si ça ne marche pas, ce n’est pas grave ! On dira qu’on voulait leur faire une farce. Et si ça marche, on va bien s’amuser !
    Ce jour là, Céline ne se laissa pas convaincre, mais durant les jours qui suivent l’idée fait son chemin et lorsqu’elles se retrouvent, elle espère vivement que sa sœur va lui en reparler.
    Christine ! Alors, tu as réfléchi à ma proposition ?
    Céline : Mais t’es vraiment sérieuse, là ?
    Christine : Mais bien sûr que oui ! Et si tu es d’accord, on va chez le coiffeur cet après-midi ; ma mère m’a donné de l’argent. On se fait couper les cheveux à l’identique. Ensuite, on attend quelques temps pour qu’ils s’habituent. On en profite pour bien s’expliquer comment ça se passe dans nos maison et un soir, toi tu rentres chez moi et moi je rentre chez toi !
    Et elles l’ont fait !Deux semaines plus tard, elles organisent leur propre échange et les familles n’y voient que du feu ! Les jours passent et la vie continue comme de rien n’était. Finalement, Christine finit par se lasser ; elle envoie des messages à sa sœur qui à toujours mieux à faire que la retrouver au Café du Théâtre. Finalement, elle la coince à la sortie du lycée et lui annonce qu’elle veut mettre fin à l’expérience
    Céline : Ah bon ! Déjà ? Je pensais qu’on pouvait prolonger la farce ! Moi je m’amuse bien !
    Christine : Eh bien, pas moi ! Là il faut qu’on arrête ! Et je crois qu’il est préférable de ne rien leur dire ! Ils leur prendront sans doute très mal !
    Céline : Sans aucun doute ! Alors on ne dit rien et on continue ..Moi, ça me plaît bien !
    Christine : Non, on arrête ! J’en ai ras le bol !
    Céline : Eh bien pas moi!C’est quand même très agréable d’être la poupée chérie de tes parents ; et tes frères, ils sont très sympas ! Après tout, c’était ton idée. On continue !
    Christine : Alors moi, je vais tout leur dire !
    Céline : Ils ne te croiront pas ! Je nierai ! Et on ne pourra pas faire une recherche d’ADN, on a le même !
    …Deux ans ont passé ; et à présent, nul ne sait si elles ont fini par reprendre leurs places dans leurs familles respectives ou si la substitution est devenue effective. Pa contre, elles font pas mal de bêtises, il leur arrive même de fuguer…Les parents sont désespérés…

  6. Maguelonne dit :

    Sitôt né, il fut vénéré. Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux. D’ailleurs on l’appelât Bô. Toutes avaient envie de le serrer dans leurs bras, rêvaient de le chérir. Et le petit grandit croyant qu’il en serait toujours ainsi.
    Sitôt née, elle fut magnifiée. Tous les garçons la trouvaient belle et gracieuse. D ‘ailleurs on l’appelât Belle. Tous avaient envie de la serrer sur leur cœur, rêvaient de la protéger, de lui tenir la main. Et la petite grandit croyant qu’il en serait toujours ainsi.
    Un jour les hasards de la vie firent que Belle et Bô se croisèrent à un vernissage. Belle se retrouva en face de Bô. Et là, et là…elle fut éblouie. La beauté de Bô la paralysa. Elle fondit jusqu’à ne se sentir guère plus qu’une flaque d’huile. Elle le regardait avec des yeux exorbités, la bouche ouverte d’où coulait un mince filet de bave.
    Bô se dit «  elle est belle mais débile ». Comme elle lui barrait le passage, il la contourna puis, intrigué, se retourna. Et là, et là…il vit un postérieur comme il n’en avait jamais vu, un pétard magnifique, rond comme deux ballons de foot, majestueux, pulpeux à faire saliver tous les hommes.
    Lorsque Belle ayant retrouvé ses esprits se retourna, elle vit Bô, les yeux lui sortant de la tête, bouche bée et la salive dégoulinant sur son menton. Elle oublia tous les conseils de prudence qu’on lui avait donné : attention, surtout jamais le premier soir. Elle prit Bô par la main. Et ensemble ils commencèrent une nouvelle vie, une vie à deux, une vie d’amour.
    Au début la magie opéra. Puis Belle fut bousculée par des sentiments qu’elle ne connaissait pas : une certaine frustration, puis la colère. Je ne suis pas qu’un cul pensait elle, j’ai un cœur. Bô obsédé par le pétard somptueux de sa Belle oubliait d’arroser d’amour ce petit cœur qui devint aigri.
    Et lorsque Bô, pour la sept millièmes fois lui dit , « tourne toi ma belle », elle vit rouge. La haine prit le pas sur la raison. Elle saisit ce qui lui tomba sous la main, un rouleau à pâtisserie en l’occurrence et frappa, frappa…La dernière vision de Bô fut le visage grimaçant de Belle. Il rendit l’âme sans avoir rien compris.
    À son procès, Belle sûre de son bon droit, n’exprima aucun regret et malgré le soutien d’associations féministes, elle écopa.. aie, aie aie… de douze ans de prison.
    En principe nul ne sait ce qui se passe derrière les hauts murs d’un pénitencier. Mais moi, j’y ai des oreilles. Belle avait beaucoup appris de sa vie conjugale, elle avait perdu sa naïveté et sa fraîcheur. Elle rentra dans l’établissement la tête haute, fière comme une reine. Elle sut jouer des pouvoirs de son royal popotin. Malheureusement elle tomba sous l’emprise du haschich. Il se murmure que le pétard pourrait bien avoir raison de sa santé mentale.

  7. Coriandre dit :

    Au pays de STELLA, un petit être avec de grands yeux, de petites oreilles pointues comme les elfes, et un corps tout plissé et gluant naissait.
    Ce peuple formant une communauté très solidaire et joyeuse, fut convié à une cérémonie pour célébrer la naissance de ce chérubin issu d’une
    grand lignée de ce royaume. Chaque citoyen arrivait près du berceau en lui murmurant des paroles douces et en s’extasiant sur sa beauté.
    Tout n’était que fêtes et réjouissances pendant une semaine mais un jour, suite à des expériences spatiales, ce fut le chaos sur leur planète. Le petit fut propulsé sur terre si bien qu’un couple le découvrit dans leur jardin lors d’une belle journée d’été et resta effrayé en le contemplant. Il criait :

    – Un Alien dans notre jardin, que cette chose est monstrueuse !
    L’homme, très agité, vociférait armé d’un bâton en disant à son épouse : je vais avertir les autorités !
    Force était de constater que cette chose flasque comme un blob qui avait atterri sur leur propriété ne présentait pas l’anatomie d’un véritable nourrisson !

    A la Préfecture, il fut décidé d’envoyer une équipe de scientifiques afin de procéder à des constatations et d’établir un rapport.
    Sur les lieux, les experts bien harnachés dans leur combinaison en inspectant le specimen, montraient un réel dégoût à le palper. Les sons émanant de sa bouche ne ressemblaient en rien à des vagissements mais plutôt à des fréquences sonores rauques qui provoquaient des acouphènes,
    L’un des scientifiques versé dans l’ufologie déclarait sur un ton péremptoire : cela fait aucune doute c’est un extra-terrestre !
    Ses collègues médusés lui rétorquèrent : tu n’es pas sérieux tout de même ?
    Leur chef décida d’emmener ce paquet informe venu de nulle part au laboratoire afin de pousser un peu plus loin les analyses.
    La vie du nouveau-né bascula, plus personne ne vint le chérir.

    Unanimement, il inspirait horreur et répulsion. De ce fait, cet être étrange grandit auprès des terriens et sa vie devint un cauchemar car la planète Terre était un enfer. Pourtant, nous, les Terriens, ne sommes-nous pas que de la poussière d’étoile ?

  8. iris79 dit :

    Sitôt né, il fut vénéré. Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux. Toutes avaient envie de le serrer dans leurs bras, rêvaient de le chérir. Et le petit grandit, croyant qu’il en serait toujours ainsi.
    Il déchanta quand à l’adolescence, il ne fut plus au centre de l’attention et ne faisait plus son petit effet en société. S’il avait pris le temps et avait eu le courage d’analyser la situation il aurait peut-être compris qu’en s’adressant aux gens comme si tout lui était acquis et en faisant de l’arrogance son mode de communication préféré, oui, il aurait peut-être compris que cela provoquait bien des réactions chez autrui sauf celle d’avoir envie d’ouvrir les bras à ce genre de personne.
    Comme il était bien plus confortable de se poser en victime, il continua sur sa lancée et devint un petit chef plein de cynisme qui se délectait de ses coups bas. Il adorait humilier, faire pleurer et rabaisser. Cela lui provoquait un était d’euphorie, de plaisir infini qui pourtant retombait très vite laissant place à un sentiment de frustration qui le poussait à recommencer. Il était bien calé dans ce train-train quotidien sur les rails de ce fonctionnement même s’il sentait bien au fond de lui que le bonheur n’était pas là. Il eut été bien trop douloureux de s’arrêter pour essayer de comprendre pourquoi il en était arrivé là. La seule personne qui ne lui avait jamais menti et ne l’avait pas épargné n’était plus là pour lui rappeler qu’il dépassait les bornes, qu’elle ne le reconnaissait pas, qu’il trahissait l’enfant qu’il avait été, qu’un monstre l’avait dévoré.
    Il continua, fort de son immense manque d’empathie, de mépris, d’égoïsme. Emballé par son propre mécanisme, il avançait comme prisonnier d’un couloir étroit en pente qui ne lui permettait plus de s’arrêter.
    Il devint dictateur, terriblement craint de ses sujets. Il adorait plus que tout voir l’avilissement dans les yeux de sa population, ce qui provoquait aussi chez lui des nausées de plus en plus irrépressibles. Il se vomissait mais n’en disait rien. Son pouvoir était immense et sa solitude encore plus.
    Un soir, alors qu’il ajustait sa cravate en se contemplant dans le miroir, il vit une larme perler au coin de son œil. Quand elle glissa sur sa joue, les couleurs des décorations nocturnes de la rue à son effigie vinrent la faire scintiller avant qu’elle ne vienne mourir au coin de sa bouche. Il la regarda agoniser, avant de se regarder lui. Il ne se reconnaissait pas. Un vide abyssal prenait toute la place. Il vit dans ses pupilles dilatées les sourires et la joie qui l’avaient bercés il y avait si longtemps. Où étaient-ils passés toutes ces décennies ? Pourquoi réapparaissaient-ils à ce qui ressemblait être le soir de sa vie ? A quel moment tout avait basculé ?
    Sa peau se mit à rougir, son ventre fut pris de spasmes et un râle puissant monta du plus profond de ses entrailles. Des sanglots éclatèrent et se fracassèrent sur les murs de cette maison aussi vide que sa vie.

  9. Avoires dit :

    Enfant choix, enfant roi
    Enfant dedans, enfant tyran
    Enfant, joli, enfant chéri

    Le petit, joli, chéri devint un enfant tyran, un jeune homme à la gomme, un adulte inculte, bref, un pauv’ mec.
    La petite, si mimi, qui faisait le bonheur de tous, à la si mignonne frimousse, butina, deçà, delà, n’apprit rien de la vie, tout lui étaie dû, turlututu.

    Un enfant, c’est mystérieux
    C’est un petit dieu
    Adoré, choyé, gâté
    Le cher nouveau-né
    Devient un roi tyran
    Quand tant d’autres enfants
    Naissent dans des camps
    Enfants de la guerre
    Enfants sans pères
    Enfants de rien
    Enfants divins
    Eux aussi

  10. RENATA dit :

    Sitôt né , il fut vénéré . Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux . Toutes avaient envie de le serrer dans leurs bras , rêvaient de le chérir . Et le petit grandit , croyant qu’il en serait toujours ainsi .
    Il poussait plus vite que ses congénères , il s’amplifiait . D’immenses feuilles bleu canard garnirent ses branches , suivies par de minuscules fleurs d’un noir d’encre .
    La nature environnante l’observait et s’inquiétait . Il ne ressemblait à aucun végétal de leur forêt .
    – D’où viens-tu ? lui demande le vénérable chêne .
    – Comment t’appelles-tu ? questionne le jeune noyer .
    – Disparais , vas-t-en ,dégage de chez nous , installe toi ailleurs , murmurait la forêt de l’intérieur .
    L’arbre inconnu ne répondait pas . Il se contentait de croître malgré les signes de rejets :
    Les arbrisseaux voisins se déracinaient pour se replanter à bonne distance , les pierres s’amassaient pour faire barrage au développement de l’étranger , les grands feuillus lui cachaient le soleil et la pluie afin qu’il s’assèche . Tous le haïssaient , sans le connaître .
    Rien ne dérangeait le nouveau venu . Il se transformait .
    Un matin , cet arbre majestueux vit ses petites fleurs noires se rouler en boule et devenir translucides . Les grandes feuilles vibrèrent , les boules s’ouvrirent laissant s’écouler un liquide jaune or qui jaillit de plus en plus haut pour enrober la terre entière .
    Cette année-là , aucune forêt malade , aucune culture en péril . Le monde végétal se régénéra .
    Les scientifiques remontèrent la piste de l’arbre mystérieux .
    Ils ne trouvèrent qu’un groupe de femmes en pleurs devant un trou béant . L’arbre s’était volatilisé gravant au sol ces quelques mots :
    « Je retourne d’où je viens , mes congénères ne sont pas préparés à l’accueil d’un inconnu , quelles que soit ses qualités »

  11. Alain Granger dit :

    Le beau mec qui allait de long en large, de l’une à l’autre quérir l’envie des belles de nuit durant les soirées étudiantes, le Delon blond aux traits parfaits n’était pas fait pour la passion. Il la provoquait chez les amoureuses de ses formes et de ses attraits mais lui ne la ressentait pas pour aucune d’entre elles. Certaines se brulèrent les ailes à son contact. Elles s’étaient imaginées un soleil radieux sur leur féminité et ce ne fut que l’orage d’un rat dieu, les exigences d’un narcissique qui s’abattirent sur leurs espérances. Mais l’épée rance de la passion, un fruit exotique d’une contrée trop éloignée le transperça un jour qu’il ne s’y attendait pas. Une femme plus âgée que lui dédaigna un jour ses avances. Elle n’était pas particulièrement belle, un nez aquilin surplombait un menton pointu. Mais on lui attribuait une aura indéniable, un attrait de diable au féminin, une diablesse de l’art contemporain, une égérie du laid qui attirait les flashs et les critiques aux plumes acerbes. Elle devint sa maitresse mais lui était infidèle comme devaient l’être les divas du pop art. Elle le maltraitait au sens figuré comme au sens propre, salissant son image lisse en le délaissant ouvertement durant des soirées pour une brute épaisse en moto américaine. Sexuellement dominante elle l’attachait et sévissait tout en se détachant du bellâtre après l’avoir battu comme plâtre. Il perdit 20 kilos, se drogua comme jamais et termina sa vie dans la rue, disputant parfois une place sur un banc à un poivrot crado qui était pourtant slave. Il était devenu diabétique. La gangrène l’emporta un beau matin d’hivers et ce fut un matin chagrin pour personne.

    Elle était magnifique avec ses bouclettes blondes et ses yeux couleur d’hiver, d’un bleu fer qui virait parfois au gris pétrole lorsque tout ne roulait pas pour elle. Elue miss Liévin à l’âge de 14 ans, elle faisait tourner la tête de tous les garçons de l’école. Les études, elle passait à côté, c’était beaucoup trop d’efforts, préférant étudier l’anatomie de son professeur de chant. D’elle, il se montrait enchanté, de ses cordes vocales et surtout de sa gorge qu’il ne manquait pas d’explorer. Lorsqu’il fut renvoyé pour détournement de mineur, elle n’eut pas une larme. Elle avait le cœur sec. Les mineurs il n’y en avait plus guère en ce pays gangréné par la misère. Cette fille de porion voulait réussir à tout prix. Elle se lança dans la chanson. Elle passa des genoux de producteurs aux castings des plus improbables. De châteaux pour apprentie diva en loft avec piscine, elle se fit une petite célébrité. Elle se sentait pousser des ailes lorsqu’on l’acclamait dans la rue ou lorsque les journaux pissaient du papier sur ses amours. Au moins on parlait d’elle-même si elle était parfois moquée. Mais l’après château ne rabattit pas les cartes de la célébrité sur des engagements musicaux ou des rôles sur le grand écran. Elle s’était fait tout un cinéma et on lui avait fait miroiter beaucoup. De cachets en vomissements, de dépression en boulimie, elle grossit de 20 kilos. Elle crut intelligent de se confier à un journaliste opportuniste. Son enfance étalée dans les magasines, son viol à l’âge de 13 ans par son beau-père, ne lui apporta qu’un peu de compassion mais aucun rôle ni aucun contrat pour sa voix qu’elle avait d’ailleurs détériorée par des abus d’alcool. Même sa superbe poitrine, qui avait été un temps l’un de ses atouts majeurs, l’avait elle aussi laissé tomber. Elle fut atteinte d’un cancer du sein et dut se séparer d’une silicone défectueuse en même temps que ses cheveux. Un jour, elle ne put supporter l’image que lui renvoyait sa glace. Elle avala plusieurs boites de cachets, histoire de cacher à jamais sa déchéance. Ce fut une réussite. Sa plus grande depuis longtemps. Peut-être que de là où elle se trouvait un sourire de contentement se dessinait enfin sur des lèvres qu’elle avait toujours eu charnues, en voyant qu’elle faisait à nouveau la une des journaux.

  12. Nouchka dit :

    « Sitôt né, il fut vénéré. Toutes les femmes le trouvaient beau et gracieux. Toutes avaient envie de le serrer dans leurs bras, rêvaient de le chérir. Et le petit grandit, croyant qu’il en serait toujours ainsi »…

    …Sa beauté évoluait avec sa taille et gardait une harmonie qui attirait regards et bienveillance. Ses parents étaient fiers et attendris du chef d’œuvre qu’ils avaient engendré.
    Quand Narcisse atteint l’âge d’étudier, il fut envoyé loin de chez lui dans un pays très différent du sien.
    En effet, situé très au nord, au-delà de la mer, l’adolescent ne rencontra là-bas que des visages blancs et fermés. La population le regardait avec une certaine curiosité mais sans souhait d’entrer en contact avec lui. Cette situation le déstabilisait d’autant plus que le mode de vie de la cité d’accueil ne favorisait pas, comme il l’avait toujours vu faire chez lui, le « service » continuel qui favorisait les mâles de la contrée.
    Narcisse ne savait quasiment rien faire de ses dix doigts ; ni son lit, ni la cuisine, ni aucun acte quotidien et domestique. Lui qui avait toujours eu l’aide des femmes de sa tribu devait désormais tout faire, seul et trouvait difficile d’avoir à organiser sa vie ainsi. En observant ses condisciples, il cherchait des solutions à certaines de ses interrogations.
    Dans ses courriers au pays, il n’évoquait pas ces points, se contentant de décrire la ville qui l’accueillait et les gens avec lesquels il partageait le quotidien. Il trouvait ces derniers ternes, brusques et dénués du moindre charme.
    Il se concentra donc sur ses études avec le désir de satisfaire ses parents qui faisaient beaucoup de sacrifices pour lui.
    Puis un jour, il fut abordé par une fillette qui souriait et lui rappelait les enfants de son village. Elle avait les cheveux crépus et tressés, une belle peau ambrée et une manière de parler différente des autres. Elle semblait le rechercher et lui-même trouvait agréable de passer des moments au bord du fleuve à regarder les bateaux en route vers quelque port lointain. La jeune fille ne parlait guère de sa famille. Aussi, lui-même, resta-t-il silencieux sur ce point. Elle lui raconta qu’elle était dans cette ville pour suivre un perfectionnement sportif et devenir une athlète accomplie. Chaque matin, elle allait au gymnase s’entraîner. La préparation physique et psychologique qu’elle suivait était rigoureuse. Narcisse avait bien envie de rencontrer les instructeurs sportifs concernés. Peut-être, lui-même pourrait-il être intégré dans l’une des disciplines proposées.
    C’est ainsi que ce bel éphèbe rencontra des sommités qui, ne l’intégrèrent pas à un programme sportif mais lui proposèrent de suivre une formation dans le mannequinat. Narcisse découvrit le vaste monde du luxe, si différent du sien et si propice à vous admirer comme son statut d’enfant le lui avait donné à connaître, il y a longtemps déjà.

  13. Laurence Noyer dit :

    Sitôt née, A
    elle fut magnifiée. AM
    Tous les garçons AME
    la trouvaient AMEL
    belle et gracieuse. AMELI
    Tous avaient envie AMELIO
    de la serrer sur leur cœur, AMELIOR
    rêvaient de la protéger, AMELIORA
    de lui tenir la main. AMELIORAT
    Et la petite grandit, AMELIORATI
    croyant AMELIORATIO
    qu’il en serait toujours ainsi. AMELIORATION

  14. Nadine de Bernardy dit :

    Il est né un divin enfant ! Le bruit se répandit dans le village.
    Tout le monde, mais surtout les femmes, défilait chez le menuisier Joseph Dieuleveut et sa femme Marie, l’heureuse maman, pour admirer le gracieux nouveau né, blond aux yeux clairs qui contrastaient avec ses parents au regard sombres et cheveux bruns.La maison ne désemplissait pas.
    Les commères se le passaient de bras en bras, embrassaient sa tête, ses petites joues si douces.
    En grandissant il devint de plus en plus beau. Jamais il ne manqua de bras accueillants, de tendresse admirative dont, lui, le bienheureux, profitait avec gentillesse, pensant qu’il en serait toujours ainsi.
    A l’école, ses camarades l’enviaient sans méchanceté, les filles le dévoraient des yeux, se battaient pour lui offrir la moitié de leur goûter qu’il acceptait avec simplicité, un sourire angélique aux lèvres, les remerciant en posant sa main sur leur tête.
    Arriva une famille au village, des étrangers venant de l’autre côté de la colline. Le plus jeune des fils fut inscrit à l’école.
    D’emblée il fit la loi, bousculant les plus petits, menaçant les plus grands s’ils ne lui obéissaient pas. Il prit immédiatement l’enfant en grippe. Il l’attendait à la sortie :
    Et toi le blondinet à la tête d’ange, tu te prends pour qui avec tes grands airs. T’es pas comme les autre, tu sors d’où d’ailleurs ?
    Impassible il passait, mais son coeur battait fort dans sa poitrine.
    Pour la première fois de sa jeune vie, quelqu’un le détestait, et sans raison. Il en parla à ses parents qui lui conseillèrent de ne pas riposter:
    Ce garçon ne connait sûrement que méchanceté, ne répond pas, passe ton chemin mon fils lui dirent-ils.
    Les brimades se poursuivirent, l’enfant souffrait, ne parlant plus de rien. Il se renferma sur lui même. Les femmes se désintéressèrent de lui qui avait perdu son beau sourire et fuyait la compagnie.
    C’était la rentrée, son persécuteur qui l’attendait comme d’habitude, commença ses remarques.
    L’enfant avait à présent douze ans, il avait beaucoup grandi durant l’été. Son chagrin se changea en colère. Il se redressa, regarda l’ennemi bien en face :
    Maudit soit tu mécréant, que toi et toute ta famille finisse dans la misère et la déchéance.
    L’autre, qui n’avait pas compris la moitié de la malédiction, resta comme deux ronds de flan devant cette rébellion hautaine et déterminée.
    Il le laissa dorénavant en paix.
    L’affaire fit grand bruit, on entoura le héro de respect à défaut d’adoration, ce qui lui convenait mieux.
    N’avait-il pas douze ans après tout.

  15. mijoroy dit :

    Moi c’est Valentine, 22 mois, 3 cheveux qui se battent en duel sur ma tête, presque 13 kilos et 95 centimètres de volonté !
    Vous vous dites bah oui, elle n’a pas grand-chose de différent des autres bambins de son âge. C’est vrai, j’ai encore des couches que je souille régulièrement, je pleure souvent, je chouine aussi quand mon biberon n’arrive pas assez vite. Je peux me mettre dans des colères noires, quand toutes les copines de mamie qui me palpent les pieds, me pincent les joues, me reniflent sous prétexte qu’un nouveau-né c’est si « meugnon ». C’est sûr que leur visage sont très mal repassés. Mamie est très fière de moi, elle m’arbore comme un trophée dans tous les salons de thé à la mode, au parc. Mais moi je sais que j’ai un truc en plus pour me différencier. J’ai décidé de le faire comprendre même à mamie. Enfin à la crèche disent mamie, mais dans la maison de papa et maman ils disent mutti. Faudra que je tire cela au clair quand j’serai plus grande. Donc moi j’ai dans la tête et dans le cœur un esprit de baroudeuse et d’aventurière qui me pousse à dépasser mes limites. Je me surpasse pour maîtriser mes jambes et ne plus être un château branlant lorsque je suis debout. Je veux voir le monde. C’est mutti qui m’a murmuré à l’oreille tous les soirs quand je suis chez elle, que quand je serai grande je découvrirai les merveilles du monde. Alors aujourd’hui que le grand-père en habit rouge et avec sa longue barbe blanche m’a apporté enfin de quoi partir à l’assaut du monde, c’est décidé je pars. J’ai enfourché mon destrier magique, ma moto d’enfer, c’est-à-dire mon tricycle vert.
    C’est mon billet pour la liberté. Je fonce, la houppette frissonnante par mon enthousiasme à pousser sur mes pieds. Je brandis mon étendard-hochet, c’est Sophie la girafe, elle m’accompagne partout. Pour elle mes jambes tractent fort. C’était difficile de descendre de la terrasse sur le gravier de l’allée, mais j’ai réussi. J’ai eu peur, Sophie m’a dit : « Vas-y tu peux le faire. ». J’ai dépassé la terrasse de mutti. Dépassé aussi le carré de pelouse, j’arrive au portail, je voie la route. J’y suis presque, personne ne m’a crue capable d’un tel exploit. Je suis sur le trottoir, y’a une forêt de jambes, des lisses, des poilues, des grosses, des fines. J’essaie d’éviter des trucs qui puent un peu comme dans mes couches. Y’a des yeux et des oreilles à ma hauteur surpris. Ils ne parlent pas comme les adultes. Ils font « waf, ouaf ». Moi j’avance toujours, ma tétine m’empêche de me concentrer, je la balance sur la route. Y’a même des gens qui essaient de m’arrêter, non mais pour qui ils me prennent, je me sers de Sophie comme d’une épée. Rien n’y fait, je suis enlevée dans les airs. J’ai cru que c’était l’aigle de l’histoire de Haiwata le petit indien. Et là j’ai vu mamie qui courait, elle était essoufflée. Elle m’a arraché aux pattes de l’aigle et m’a serrée si fort que j’ai failli étouffer. Elle n’a pas crié, mais j’ai senti ses joues mouillées. Nous sommes revenues à la maison. C’est raté pour cette fois, je recommencerai demain. Suis un peu fatiguée, c’est épuisant de courir le monde avec mes petites jambes.

  16. Patricia dit :

    Sitôt née, elle fut magnifiée. Tous les garçons la trouvaient belle et gracieuse. Tous avaient envie de la serrer sur leur cœur, rêvaient de la protéger, de lui tenir la main. Et la petite grandit, croyant qu’il en serait toujours ainsi.

    Rien ne vint la détromper pendant très longtemps. Elle réussit son adolescence, n’eut pas la moindre acné, n’eut jamais aucune raison de se rebeller. Ses études furent faciles dans un monde d’hommes où les femmes n’étaient pas si bien accueillies et c’est tout aussi facilement qu’elle trouva un travail intéressant qui la nourrissait.

    Puis elle réussit son mariage, eut trois filles, un mari généreux et très attentionné. Si elle travailla, c’était surtout pour nourrir son cerveau et pour se faire plaisir. Ce n’était pas une nécessité. Ses trois filles grandirent comme elle, dans la facilité, l’aisance et l’idée que la vie était un cadeau et qu’elles avaient bien fait de naître.
    Leur mère les avait confortées dans cette idée qu’elles étaient nées sous la même bonne étoile qu’elle. Et elles avaient toutes les raisons de la croire.

    Tout allait donc très bien. Rachel vieillissait tranquillement, vigilante pour sa petite famille qui devenait nombreuse ; on le voyait bien aux fêtes qui les réunissaient tous.

    Au crépuscule de sa vie, elle se disait que les fées qui s’étaient penchées sur son berceau étaient décidément bienveillantes et que son destin était d’être heureuse, entourée par l’affection des siens, et qu’elle mènerait une vie sereine jusqu’à la fin.

    On était en 1933. Elle ne savait pas encore que les pires souffrances les attendaient, elle, ses filles, ses petits-enfants. Et que, loin de terminer son existence dans son lit, elle la finirait dans un train de marchandises bondé.

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