525e exercice d’écriture créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Noël est proche, offrez-vous un cadeau personnel en


racontant l’une de vos petites revanches sur la vie.


L’une de mes petite revanches sur la vie

44 Responses

  1. oholibama dit :

    Merci Françoise pour votre commentaire
    je ne l’avais pas vue, je suis désolée
    de vous répondre si tardivement.
    Cela me touche beaucoup.
    Je vous espère au mieux
    cordialement, yvette.

  2. Jean-Pierre dit :

    J’ai toujours gardé une certaine méfiance envers « la magie de Noël » depuis celui de 1944. Quelques mois plus tôt, j’avais été exilé à Paris chez mes grands-parents tandis que mes deux sœurs étaient restées chez mes parents à St-Palais-sur-mer.
    Le 5 janvier, ils ont entendu les avions passer au-dessus de leurs têtes et vu un grand feu d’artifice au loin. La ville de Royan était devenue un champ de ruines et il y a eu beaucoup de morts.

    À Paris, le quotidien était difficile pour mes grands-parents… mais aussi pour moi qui ne comprenais rien aux drames ni à la confusion qui régnait à l’époque. Naïf et bon élève de 11ème (C.P.), j’étais le souffre-douleur des petits caïds dans la cour de récréation. Et cela a continué pendant des années.

    Un jour, je me suis plaint à ma grand-mère :
    — Mamie, les copains se sont (encore) moqués de moi quand j’ai parlé du Père Noël.
    — Bien-sûr mon chéri. À ton âge, il serait temps que tu te rendes compte que…

    Quand je pense au soin qu’elle prenait pour éviter que je la reconnaisse quand elle passait près de mon lit pour déposer les cadeaux devant la cheminée…

    Ce dont je m’étais rendu compte, c’est que les copains avaient raison de me prendre pour un idiot… et il devenait évident pour moi que les adultes (même ceux de la famille) étaient des menteurs…
    Et c’était pour moi une profonde déception dont j’ai eu du mal à me remettre.

    — Ah ! Mamie ! J’ai compris ! Le Petit Jésus, le Bon Dieu, tout ça c’est des histoires, comme le Père Noël !
    — Pas du tout, tu n’as rien compris.
    — Ah ! Bon ! Alors, pourquoi Papy ne va pas à la messe ? Si tu savais comme je m’y ennuie !
    — Papy n’a pas le temps. Il a beaucoup de travail. C’est grâce à lui que nous pouvons vivre ici et manger.

    Cela ne l’a pas empêchée de continuer à m’amener à la messe et à me traîner au catéchisme. Mais j’étais touché à la foi.

    Touché, mais pas coulé.
    Heureusement, il restait les études : pas de chahut (donc pas de brimades) pendant les cours ;
    Et aussi, très vite, la lecture et les livres, et une curiosité insatiable concernant les objets et la nature (les plantes).

    La foi de ma grand-mère avait aussi des bons côtés. Par exemple :
    – la musique jouée pendant la messe sur l’orgue Cavaillé-Coll de l’église des Franciscaines (cet instrument me fascinait) ;
    – pas de brimades pendant le catéchisme. Les autres garçons étaient plutôt sages et gentils. Je m’y ennuyais un peu, c’est tout. Mais pas plus qu’en cours de français ;
    – et surtout, Mamie sympathisait avec la maman d’un camarade d’école et de catéchisme. Leur famille habitait dans une jolie maison, et malgré la différence de standing, j’y étais accueilli aimablement pour un goûter ou pour faire les devoirs, la réciproque étant plus rare.

    Quelques années plus tard, j’ai eu l’honneur d’être invité chez eux à une surprise-partie qui réunissait la jeunesse « chic » de la ville.
    Un tango sur l’électrophone.
    Une très jolie fille s’est tournée vers moi…
    Elle préférait danser le tango plutôt que de subir les rodomontades d’un cuistre qui lui parlait du chiffre d’affaires de l’entreprise de son père, mais…
    … elle n’était pas pour moi (et parfaitement claire à ce sujet).
    Je devais me contenter d’être son « protégé à problèmes ».

    Toutefois, son amitié était solide et elle m’a encouragé à draguer efficacement (il y a 50 ans déjà !) celle qui est devenue la femme de ma vie et la mère de mon fils.

  3. Urso dit :

    Noël est proche, offrez-vous un cadeau personnel en racontant l’une de vos petites revanches sur la vie

    Je suis né au Vietnam. Mon père étant diplomate, j’ai énormément voyagé dans ma jeunesse.
    Un jour il fut nommé au ministère des affaires étrangères à Paris et les voyages s’interrompirent.
    Ah ce que j’ai pu souffrir dans cette grande ville.
    Certes, j’avais des copains et des copines et j’étais un bon élève. Au bac, presque sans travail, j’ai eu une mention.
    Après ce résultat, il me semblait qu’à la maison on avait déjà tracé une route toute droite pour moi : que je prépare une grande Ecole et qu’un jour je devienne un haut fonctionnaire comme papa voire un ministre ; un poste qu’il avait recherché tout au long de sa vie professionnelle.

    Rien de tout cela n’arriva.
    Un matin, ayant à peine 19 ans, je quittai le domicile de mes parents, en laissant un simple mot.
    Avec du recul, je me rends compte que cette décision était à la fois brusque et trop brutale car je ne leur avais rien dit de mon projet.

    Je voulais m’évader, voir du pays, être indépendant. Tourner la page et prendre comme une sorte de revanche sur la vie qui m’attendait, et que je ne voulais pas.
    J’avais soif de liberté, de rencontres et de vie au soleil.
    On peut me rétorquer que j’aurais pu devenir aussi diplomate et voyager ainsi dans le cadre de mon travail.
    En effet. Mais j’ai préféré suivre mon idée personnelle : tout abandonner pour devenir un homme nouveau – dans un pays étranger, avec une culture et une langue différentes.

    Au début cela fut un peu rude. Tout en voyageant à travers le monde, dans divers pays et continents, j’ai vécu de petits boulots. Et puis un beau jour, en travaillant dans un restaurant, j’ai rencontré une belle demoiselle.

    À l’heure où j’écris ces lignes, cela fait 20 ans que je suis avec elle. Nous avons 4 enfants. Elle aussi aime voyager et surtout cuisiner, car savez-vous qu’après notre mariage, nous avons repris le petit restaurant de son père.

    Dans quelques jours c’est Noël. Ici avec le temps qu’il fait nous serons certainement dehors pour le réveillon. Sous le ciel et les étoiles, en pensant peut-être un peu à la France que j’ai laissé « tomber ».

    Et puis le monde est bien petit. Justement l’autre jour je revis un camarade de lycée, ici à des milliers de kilomètres de Paris.
    Alors que je marchais le long de la plage avec mon chien, je vis un couple qui venait vers moi. Tout à coup, l’homme me lança :
    – Eh salut Robert, je te reconnais, j’étais avec toi au lycée.
    Moi aussi je l’avais reconnu.
    – Tu sais que ce monsieur est un sacré farceur dit-il à la femme qui l’accompagnait.
    – Ah bon fit-elle.
    – Oui répondit l’homme. Je t’ai déjà parlé de lui. Nous étions au lycée lorsque subitement il a quitté la prépa pour faire un tour du monde Ah ah ah. Et dont il n’est jamais revenu. Ah ah ah.
    Et là je vis comme de l’admiration dans leur regard.

  4. Françoise - Gare du Nord dit :

    Toute ma vie, je me suis fait harceler, humilier. Rien ne me fut épargné, ni les brimades, ni les vexations

    Je me suis fait traiter de tante, de tata, de tarlouze, de trafiole et même de travelo par tous les habitants de la maisonnée de toutes espèces : végétale, minérale et animale – les deux pattes et les quatre pattes. Tous me rabrouaient sans cesse

    J’ai dû subir le dédain de mes propriétaires pour mon inefficacité et la vacuité de mes performances dont le nombre s’élevait toujours désespérément à zéro.

    Le plus insupportable était le mépris affiché de toutes les nanas, les gonzesses, les souris qui me frôlaient, m’ignorant, me toisant, ou pire me narguant, vives et mutines, affriolantes et aguicheuses.

    Mais, un jour, le cours de ma destinée fut bouleversé. Par un simple morceau de fromage.

    En effet, je remarquai qu’elles en étaient toutes friandes. Alors, depuis, chaque jour, je les attire avec un morceau d’emmenthal – que voulez-vous, je suis patriote, aux fromages helvètes je préfère les fromages français.

    Depuis, elles tombent toutes comme des mouches.

    Une tapette à souris

  5. oholibama dit :

    Bonjour, je ne sais pas si cela peut compter comme une revanche pour vous?
    Pour moi, elle l’est.

    Petite revanche.
    Je ne vais pas vous raconter ma vie, ce n’est pas le moment.
    Enfant, j’aimais écrire, à l’école,les exercices d’écritures, de dessins étaient des moments que j’appréciai le plus. Quand je devais resté tranquille, il n’était pas rare que l’on me donne crayons, feuilles, soit pour écrire, soit pour dessiné.
    Quand j’ai été opéré, j’ai fait la connaissance d’une jeune demoiselle de mon âge mais qui avait un plus gros ennui que le mien. Quant enfin je suis rentrée chez moi, nous nous étions promis de nous écrire, de garder le contact.
    J’ai pu écrire deux lettres avant que la marâtre ne me fasse bien comprendre que les timbres, feuilles et enveloppes ne coûtent très cher , top pour une fille de mineur.
    Qu’en plus, ce n’était qu’enfantillage stupide. De plus me dit ‘elle d’une voix froide: » si cela se trouve cette fille n’est plus. »
    J’avais treize ans, je ne me souviens pas du prénom, du nom de celle qui était mon amie à Broussais la Charité mais…comme vous le lisez, j’ai son souvenir en moi. Les années ont passées puis de nouveau la maladie s’invita et là devinez quoi! L’écriture, l’écriture fut à nouveau mon soutien. Une amie presque oubliée, une amie délaissée, abandonnée, la cause?
    La vie, la famille, les ennuis divers et variés.
    Depuis 2004 celle-ci ne me quitte plus, j’écris, j’écris, certes le début fut difficile, mon cerveau fonctionnant à l’envers, les mots me fuient et pas que!
    Mais…je puise en cette amie en cette force de vie, celle qui me fait dire: » J’écris donc je vis. » Et quelque part, je me dis que mon amie de douleurs ne m’a pas quittée, qu’elle est là me soufflant que l’écriture reste l’une des meilleurs façon pour soulager en soi ce qui nous fait défauts ou mal.
    Donc, j’écris, j’écris, j’écris et je souris à la vie.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Si Olibama, c’est une revanche. Une revanche sur la maladie, sur « tous vos ennuis divers et variés », sur votre marâtre acariâtre
      Et bravo pour votre ténacité à écrire que je vous envie

  6. Maguelonne dit :

    Depuis la nuit des temps le Père Noël est le héros d’une fête magique qui fait briller les yeux des petits et des grands. Une semaine de repos bien mérité et dès le deux janvier, au royaume de Père Noël, tout le monde se remet au boulot. Les rennes reprennent leur entraînement sportif et diététique, les lutins s’activent dans les fabriques de jouets, et Père Noël se gargarise : encore un Noël réussi, à quand le prochain ?
    Dans l’histoire il y a une personne oubliée, un personnage de l’ombre. C’est la Mère Noël. Elle veille sur son homme, sur les rennes, les lutins. Dans les usines à jouets, elle est chef de projet, directrice, ingénieur, mécanicienne, médecin….C’est grâce à elle que tout roule comme sur des roulettes dans la joie et la bonne humeur.
    La Mère Noël s’appelle Marie Noël. C’est une mignonne à la tête bien faîte. Et Marie Noël est indispensable et en a assez d’être invisible. Elle demande juste que son travail soit reconnu et qu’elle puisse profiter pleinement de toute cette joie du vingt cinq décembre.
    Elle tente d’en parler à son homme mais il n’entend pas : est il sourd, ou ne comprend il plus rien, ou alors, ou alors…il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Donc ce premier janvier Marie Noël prend une résolution, une seule. Elle ne peut compter que sur elle. OK, elle va agir.
    Dans chaque maison, au soir du vingt cinq décembre, pour remercier Père Noël celui ci trouve une boisson et quelques gâteaux. Les rafraîchissements peuvent être du lait mais le plus souvent ce sont des petits verres de liqueur que Père Noël descend volontiers. Et la politesse alors !
    Père Noël n’étant pas un alcoolique, doit donc se préparer. Dès le premier juillet il commence un entraînement de lever de coude : chaque soir il prend un petit verre. Et tous les deux jours il rajoute un verre et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’année où il est ainsi fin prêt pour la tournée de Noël.
    Marie Noël a changé le verre d’entraînement. Il est identique mais légèrement plus grand. Père Noël n’y voit que du feu. En six mois la dose d’alcool a augmenté de façon significative.
    En ce soir du vingt quatre décembre, Père Noël est très gai. Il enfile son costume en chantant faux, il a du mal à boucler sa ceinture, il saute dans ses bottes, pied droit dans botte gauche et vice versa. Il part rejoindre son traîneau que les lutins ont rempli de cadeaux. Père Noël a oublié que le sol gelé glisse. Et avec ses pieds de travers il se casse la margoulette : triple fracture de la malléole. C’est la catastrophe car même avec la poudre de perlimpinpin il faut trois jours pour réparer les dégâts.
    Et alors et alors, arrive Marie Noël avec sa petite robe rouge bordée d’hermine, ses bottes rouges bordées d’hermine, son bonnet blanc à double pompon rouge et et son rouge à lèvre qui lui fait une bouche coquelicot.
    « Mais que se passe t il ici ? Oh mon pauvre ami vous jouez de malchance. Mais les lutins vont bien s’occuper de vous. Les rennes, êtes vous avec moi ? »
    « Oh oui Marie Noël, c’est la fête, c’est la fête »
    « Alors c’est parti »
    La joie de Marie Noël irradiait le ciel et ce fût la plus brillante nuit de Noël. Marie Noël chantait à tue tête : Joyeux Noël, Merry Christmas. À la fin il y eut bien quelques ratés, elle chantait sur l’air de Happy Birthday. Mais qu’importe ce fût une belle revanche et il me semblait important de vous la raconter.
    Beau Noël à toutes et tous.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Merci à vous Maguelonne d’avoir prêté vie à Mère Noël trop souvent oubliée et qui doit bien exister pourtant
      je crois me souvenir que Pascal avait créé un exercice sur la Mère Noël non?

  7. Françoise Rousseaux dit :

    Noël est proche justement et depuis quelques années, j’apprécie sans retenue cette période,ce qui n’était pas le cas auparavant.
    En effet, durant une bonne partie de ma vie d’adulte, je voyais d’un mauvais œil le mois de Décembre s’afficher sur le calendrier. Et, voilà, c’était reparti !
    Passer des heures dans des magasins bondés à la recherche d’hypothétiques cadeaux, prendre une semaine sur mes précieux congés, et une journée de voiture à l’aller, et une autre pour le retour, et attention à la neige, au verglas, au brouillard !
    Entraîner mes zygomatiques pour avoir l’air ravi durant toute une soirée, surtout au moment où on va m’offrir une cinquième théière ( merci Môman !), un dixième bibelot en forme de chat (merci Tantine, oui, c’est vrai, j’adore les chats, mais bon..)
    un coffret rempli des sachets de thé ( je ne bois JAMAIS de thé, elle le fait exprès ma belle-sœur ou quoi?).
    Et comme j’ai l’estomac délicat , je digère le réveillon pendant au moins 2 jours !
    Eh bien, un jour, j’ai dit:Stop ! Je venais de souffler quelques dizaines de bougies sur mon gâteau d’anniversaire et un ami m’a dit «  Maintenant, tu dois pouvoir renoncer à au moins une habitude qui te dérange fortement ».
    Je n’ai pas eu besoin de réfléchir longtemps ; j’ai décidé que j’allais renoncer à ces Noëls qui ne me procuraient aucun plaisir. j’ai averti ma famille que désormais, je gardais tous mes congés pour de « vraies  »vacances et que je serais ravie de les voir au printemps, en été en automne, mais plus jamais en Décembre ! Il y eut bien sûr quelques reproches, des remarques peu amènes mais ils s’y sont faits et quand nous nous retrouvons, c’est toujours dans la joie et le bonne humeur (non feinte ! ).
    Il faut savoir bousculer les habitudes quand elles deviennent pesantes et réinventer des manières de passer du temps ensemble qui conviennent à chacun ; et quand ça marche, c’est vraiment un beau cadeau !

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Il vous a fallu un certain courage, j’imagine, pour prendre cette décision et rompre ainsi avec l’un des usages les plus ancrés de notre société
      Dommage que nous prenions ce genre de décision toujours trop tard dans notre vie et qu’on laisse passer « quelques dizaines de bougies sur mon gâteau d’anniversaire » pour oser

  8. Soledad Granger dit :

    La vie ne lui avait alors pas beaucoup fait de cadeaux.
    Elle avait été simplement abandonnée, oubliée, pas aimée.
    Heureusement il y avait son petit frère, que serait-elle devenue sans lui.
    Alors, elle a pris la place de la grande soeur. De son mieux, coude à coude lorsqu’ils le pouvaient.
    La plus belle revanche de sa vie, c’est la vie même qui la lui a offerte,
    Tout ce pour quoi, elle était programmée à reproduire, d’une certaine manière, elle n’a pu l’éviter. Et est allée jusqu’au bout.
    Elle a chuté, elle est morte intérieurement, elle a beaucoup, beaucoup perdu, bien plus qu’elle n’imaginait pouvoir perdre, et elle a compris la valeur de ce qu’elle perdait.
    La vie lui a offert une seconde chance, un nouveau départ, et de savoir que les liens du coeur d’amour et de bonté, de se savoir aimée, d’être capable d’accueillir cet amour, de pouvoir agir, même modestement dans la vie, de retrouver sa créativité, son univers, l’espoir et la confiance, de respecter ce merveilleux cadeau, dans le bonheur et la paix, en retrouvant les siens est le plus beau, le plus beau cadeau de Noël dont elle ait pu jamais rêver.

  9. Nadine de Bernardy dit :

    Depuis le début de mon adolescence,mon nez m’a valu des moqueries, il était busqué, trop agressif pour le reste de mon visage, j’entendais très souvent :
    C’ EST LA PETITE FILLE DE CYRANO MA PAROLE
    T’ AS VU CE BLAIRE? CE NAZE, JE SERAI ELLE JE ME LE FERAI RABOTER
    Un soir ou les quolibets avaient atteint un stade de méchanceté insupportable,je suis revenue en pleurs chez moi,j’ai éclaté:
    Papa,maman,je veux me faire opérer de ce nez.
    Mes parents ont dit:
    TU ES TROP JEUNE
    NOUS ON T’AIME COMME CA
    TU NE PEUX CHANGER LA NATURE MA CHERIE
    TU N’Y PEUX RIEN C’EST LE NEZ DE TON GRAND ONCLE, LE COLONEL, LE HERO
    CA VA COUTER CHER
    ET SI C’ EST RATE?
    CESSE DE TE FOCALISER LA DESSUS ,PENSE A TES ETUDES
    CA NE T’EMPECHERA PAS DE TROUVER UN MARI
    Je suis allée m’enfermer dans ma chambre en pleurant de plus belle.

    A vingt ans, j’ai rencontré Antoine.Qu’il me dise que j’étais belle me fit oublier le problème.
    Jusqu’au jour ou, lors d’un déjeuner chez les parents d’Antoine, qui nageait dans le bonheur,j’annonçais ma grossesse,mon beau père a dit:
    QUEL BONHEUR J’ ESPERE QUE CET ENFANT AURA LES YEUX DE SON PERE
    La belle mère a dit:
    OH QUELLE JOIE MON PETIT! J’ ESPERE QU’ IL NAURA PAS TON N……
    Elle s’arrêta juste à temps en proposant du fraisier,mais le mal était fait.
    Constance est née,je n’arrêtait pas de scruter son visage au petit nez parfait.Quand ses traits se furent affirmés,il le resta.
    Avec l’innocence des enfants,elle me demanda un jour:
    MAMAN POURQUOI QUE T’AS UN GRAND DROLE DE NEZ?
    Je dis à mon mari que je voulais le faire rectifier.Il me dit:
    MAIS JE T AIME COMME CA CHERIE
    CA FAIS LONGTEMPS QUE TU VIS AVEC
    CA VA COUTER CHER ET SI CA RATE?
    N Y PENSE PLUS, REGARDE LA JOLIE PETITE FILLE QUE NOUS AVONS.

    Aujourd’hui j’ai cinquante ans,Antoine est partie avec sa secrétaire il y a trois mois,notre fille travaille en Australie.
    J’ai pris rendez vous chez un chirurgien esthétique,qu’importe le prix. quand il m’a vue entrer dans son bureau ,il m’a dit:
    NE ME DITES RIEN MADAME? JE SAIS POURQUOI VOUS CONSULTEZ JE M’ ETONNE MEME QUE VOUS NE SOYEZ PAS VENUE PLUS TOT.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Alors quelle est la suite de cette visite?
      Je suis impatiente de la connaître
      vous avez bien décrit votre souffrance, j’étais en totale empathie avec vous

  10. Souris bleue 🐀 dit :

    🐀 REVANCHE
    Telle une branche en travers du torrent
    Accrochée aux aspérités de mes difficultés
    Pierres mouillées de mes larmes et mes regrets
    Je dévalle le courant, pressée de me venger.
    Pensée unique obsessionnelle
    Force vive.

    Telle une branche comme un pont
    Entre vengeance et pardon
    Fatiguée de lutter
    Accrochée à un rameau
    Colombe de la paix
    Je vais m’ offrir le plus beau des cadeaux :
    Oublier, sera ma tranquillité et leur punition

    Eux qui là-bas au fond
    Armés de leur méchanceté m’attendent
    Prendront racine et barbe blanche
    Rien, gommés sera ma revanche.

    C’est à ce moment ultime de résilience
    Que mon rameau a lâché
    Dans un trou d’eau je m’enfonce
    Et ne sais pas nager.

    Elles sont là mes sirènes
    Me sifflent et chantent pour me guider
    Me recevoir, me cajoler
    Ferme les yeux, j’ai pardonné. 🐀

  11. iris79 dit :

    « Est-ce que c’est vrai que le Père Noël n’existe pas ? »
    Quelques heures plus tôt, cette révélation encore inacceptable du haut de mes 5 ans m’avait terrassée dans la cour de récréation. J’eus alors un sentiment diffus d’insécurité sur cette vérité inébranlable jusqu’ici pour moi.
    Quand je vis le regard gêné de mes parents pris au dépourvu par cette question qu’ils n’attendaient pas, je commençai à me décomposer, consciente de ce que je pressentais arriver. Leur vérité me secoua, provoqua un séisme en moi. Je me mis alors à hurler que les adultes étaient des menteurs, des gens en qui on ne pouvait pas avoir confiance. Mon monde s’écroulait. Je découvrais que celui des adultes était cynique, je me sentais seule et je ne me souviens pas m’être dit que la raison pouvait simplement de mettre de la magie dans l’univers de l’enfance. Je n’étais pas prête et la chute fut brutale. J’en éprouvais beaucoup de tristesse et de rancœur. Et le monde me parut soudain beaucoup moins hospitalier. Je crois qu’ensuite la lecture me sauva de cette révélation fracassante car je compris alors, qu’au moins là, personne ne viendrait me voler mes univers imaginaires, libres d’ironie et de vérités terriennes pour moi trop destructrices alors.
    Quand je devins mère, je n’eus guère le dessein de faire mieux que mes parents qui n’avaient eu alors aucune mauvaise intention. J’appréhendais le jour fatidique qui viendrait frapper le petit monde tranquille de mes enfants. Par chance, l’une décida à quatre ans, sans nous le dire mais nous le devinâmes sans peine, qu’elle continuerait de faire vivre Noël bien que convaincue que les rennes ne pouvaient techniquement pas voler et qu’il était bien impossible en une nuit de passer dans chaque foyer. La deuxième, très pragmatique accepta stoïquement, à mon grand étonnement et soulagement, les vérités des élèves de CP qui affirmèrent aux petits qu’eux connaissaient la vérité.
    Une fois cette magie écornée en bandoulière, nous décidâmes de faire de Noël ce que nous en désirions ; des rituels immuables (décoration du sapin le 1er décembre quel que soit le jour de la semaine, en écoutant des chants traditionnels, en mangeant des biscuits et en buvant des chocolats chauds fait pour l’occasion, calées sous un plaid dans le canapé.)
    Devenues presque adultes, j’aime leur offrir encore le calendrier de l’avent qu’elles me demandent. Et je me régale chaque année de faire de décembre pour mes petits élèves de quatre ans un mois enchanté. J’adore habiller leurs journées de guirlandes, de paillettes, de chocolats, d’histoires de Père Noël. Nos préoccupations très sérieuses tournent autour de ce qu’il serait pertinent de laisser au pied du sapin pour les rennes et le grand homme en rouge et blanc.
    Ils s’appliquent à prononcer le mot « tintinnabuler » et nous chantons à l’abri du monde des adultes trop souvent désenchanté.

    Belle fin d’année à tous, aussi paisible que possible.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Joli texte Iris. Vous avez su dépasser la déception pour garder de cette croyance le côté magique et poétique.
      C’est curieux, je fouille dans mes souvenirs mais je n’ai jamais entendu parler d’enfants qui manifestent leur déception, lorsqu’ils apprennent que le Père Noël n’existe pas, de façon aussi violente que la petite fille de 5 ans que vous étiez

      Avez-vous un moment envisagé de ne pas faire croire vos enfants au Père Noël ? J’ai eu moi cette volonté qui a volé en éclats face au poids de la société

      • iris79 dit :

        Bonjour Françoise. Merci pour votre retour.
        Effectivement après cette expérience pour laquelle je ne saurais dire pourquoi elle m’avait à ce point affectée, je me suis posée la question pour mes propres enfants. Avant d’avoir mes enfants, j’avais une amie qui, comme vous s’était heurté au poids de la société et j’avais vu l’amertume de ses enfants seuls contre tous qui luttaient et qui avaient eux, envie d’y croire.
        Alors je me suis servie de cette expérience (sans assurance de réussite!) pour toujours dire à mes enfants même tout petits, « il existe une histoire qui dit qu’il y a un bonhomme rouge appelé le Père Noël qui amène des cadeaux…).
        et j’ai toujours insisté sur le fait, quand je lis ou raconte des histoires que « dans les histoires, tout est possible, on est libre d’y croire ou non ». J’ai aussi beaucoup insisté sur les petits rituels qui gravitent autour pour que ce soit eux et non le gros bonhomme qui domine à cette période. (faire le sapin, les petits gâteaux, chercher des cadeaux pour les autres…). Mes enfants ont su très tôt que ce bonhomme (souvent trop mal déguisé!) n’était pas..Ils nous l’ont fait savoir à leur manière.Mais ils ont choisi d’y croire jusqu’à ce que cette histoire ne leur soit plus nécessaire. Je n’ai aucune certitude sur le bien fondé de cette voix là. J’ai juste fait ce que j’ai pu en croisant les doigts pour qu’ils ne soient pas fortement déstabilisés comme moi face à la vérité, sans aucune garantie!…
        belle fin d’année Françoise, aussi paisible que possible.

  12. Sylvianne perrat dit :

    Petite, j’étais très bavarde et extravertie. Je rêvais d’être speakerine comme Catherine Langais.
    Bien vite, j ai déchanté. Au Ce1, Une maîtresse gentille et blonde m’ a fait récité devant toute la classe en me faisant répéter «  La la la « . Au début, je n ai pas compris. Toute la classe riait… au lieu de La la la je disais : ba ba ba ou ma ma ma, un mélange. Je ne savais pas que je ne prononçais pas le « L ». Personne ne me l’avait dit. J ai souffert, pleuré. Et j ai renoncé au métier de mes rêves. J’avais un défaut de prononciation ! Souvent, on me faisait répéter quand un mot contenait cette maudite lettre. J’avais trouvé un truc : je choisissais les mots sans L. La reine des synonymes.
    Bien plus tard, vers 45 ans, je suis devenue formatrice. Et j ai parlé pendant des heures devant des groupes. Parfois, je répétais un mot mais en souriant. J’avouais mon défaut.
    Pas speakrine mais formatrice, une revanche sur la vie.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Une belle revanche Sylvianne que toi aussi tu ne dois qu’à toi-même
      je suis sidérée qu’une enseignante puisse se comporter avec un telle cruauté et un tel dédain, faisant jouer aux autres élèves un bien vilain rôle
      J’espère que els maîtres ont progressé sur le chapitre de la psychologie

  13. eleonore gottlieb dit :

    joyeux Noël à toi aussi , merci pour cette jolie histoire

  14. eleonore gottlieb dit :

    joyeux noêl aussi pour toi , merci pour cette jolie histoire

  15. eleonore gottlieb dit :

    Noël est proche, offrez-vous un cadeau personnel en racontant l’une de vos petites revanches sur la vie.
    J’avais froid, j’étais seule, Paris pleurait, comme toujours en hiver le gris habillait tout de brume et de nostalgie, mais j’aimais Paris, la ville me brûlait le cœur, paris me donnait la main Paris était là pour moi.
    Oui il pleuvait, oui c’était triste, mais j’adorais Paris. Cette ville dont je suis amoureuse me consolait de tout.
    Noël était à nos portes. La pluie chargée de neige tombait et rendait les trottoirs flamboyants, les lumières des magasins créaient en ce monde inversé des tableaux surréalistes et éblouissants de poésie. Paris m’enveloppait de tendresse, m’offrait des écharpes précieuses et des manteaux d’impératrice
    Il fallait courir, parce que, à Paris c’est dans l’ordre, il faut courir ! Alors je courrai.
    J’avais froid, j’étais seule.
    J’étais fatiguée de ma semaine et je n’avais pas grand-chose en poche. Pourtant c’était Noël.
    Je marchais vite, longtemps sans savoir où j’allais. Je goutais l’instant, le bonheur précieux que m’insufflait « ma ville ».
    Les lumières m’ont dirigées vers le chimérique, le somptueux, le Graal ! j’arrivais près des grands magasins, celui, qui détient de somptueuses tentations inabordables.
    Je suis entrée sous prétexte de réchauffer mes mains rougies par le gel.
    Je me suis laissée happer par la chaleur parfumée des stands, le chatoiement des miroiteries insolentes, des perles en colliers d’étincelles. J’étais bien. Mon esprit s’envolait au-delà du possible. Ma joie explosait dans mon cœur. J’aimais le monde, j’aimais la vie, j’aimais être là, baignant dans mon velours de rêve.
    Fascinée par le cristal et la blondeur des flacons j’ai entendu l’appel irrésistible. Ma main à saisie la petite fiole ambrée. Le plus modeste de ces prestigieux chefs d’œuvre coutait le prix exorbitant d’une semaine de travail, mais qu’importe c’était Noël ! Alors j’ai entendu la voix de Courteline (je crois) à moins que soit celle d’Alphonse Allais qui me susurrait : quand on n’a pas le nécessaire il faut avoir le superflu ! Et : l’argent rend la pauvreté supportable !

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Je partage avec vous Eléonore un amour démesuré pour Paris que je ne saurais décrire avec la même poésie que vous
      si j’ai bien compris, votre revanche consiste en un vol n’est-ce-pas? Il vous a fallu beaucoup d’audace et de cran à ce moment-là et du courage aujourd’hui pour l’avouer

      • gottlieb eléonore dit :

        oh non Françoise pas de vol ! jamais je n’aurais osé et puis si j’avais volé ce parfum fabuleux je ne l’aurais jamais porter , impossible! il aurai perdu sa beauté et mon remords aurait gâcher toute la magie de ce rêve sublime !
        non j’ai payé avec ma maigre paie et puis je me suis parfumée comme une reine et continuer de rêver , je rêve encore !

  16. Fanny Dumond dit :

    Durant ma vie, j’ai eu des occasions de prendre quelques petites revanches. Mais celle qui me fait plus que plaisir est ce petit texte que je dédie à tous ces enseignants ou autres qui me prenaient pour la plus nulle que la terre n’a jamais portée. Aussi, pour Noël 2020, je m’offre cette petite revanche sur la vie. À tous, je souhaite de très bonnes fêtes et d’avoir toujours autant d’imagination. Et je remercie Pascal de cette belle opportunité de m’exprimer bien que les concerné(e)s n’en sauront jamais rien. Dommage ! Fanny

    GASPILLAGE

    Un jour les pionnes, les bras chargés de dossiers, entrent dans la classe. Elles nous expliquent que ce sont nos carnets du bac qui suivront notre parcours scolaire jusqu’à la terminale.

    Pour moi, le bac est une abstraction. Je suis en 6ème et en queue de peloton !

    Elles distribuent à chaque élève le si fameux carnet sur lequel nous devons inscrire nos noms, prénoms et autres informations.
    Arrivée à ma hauteur, la blonde platine interpelle sa collègue :

    – Tu crois qu’on lui en donne un à elle ? Tu la vois aller jusqu’au bac, celle-là ? dit-elle sur un ton sardonique en me pointant du doigt.

    Et l’autre grand échalas répond en ricanant :

    – Je sais, c’est du gaspillage, mais donne lui quand même car nous sommes obligées d’en fournir à toutes les élèves.

    Tiens prends ça dans les dents, petite souris.

    J’espère, Mesdames, que vous avez eu une vie heureuse. Sachez que j’ai bien réussi la mienne et qu’après avoir repris mes études (à l’âge de 45 ans), j’ai obtenu… mon BTS.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Dommage en effet que ces deux-là dont le mépris assez ignoble aurait pu vous détruire
      Et vous ne devez votre revanche qu’à votre travail et la confiance en vous que vous avez dû forger vous-même

  17. Maïté P dit :

    La revanche d’un chat
    Salut les rats, moi c’est Micha. Je suis un joli petit chat. Un jour on m’a abandonné dans un château pas beau.
    Qui ça ? demande un rat.
    Des gens qui étaient las d’avoir un chat.
    « Wouah » T’as vécu dans un château, toi ? s’exclamèrent les rats
    Oui, mais j’y vécu seul avec des rats.
    Mauvaise compagnie pour un rat ! murmura l’un, dans le tas.
    Je ne pouvais pas les chasser de peur qu’ils soient empoisonnés. Mes anciens compagnons avaient laissé du poison partout dans la maison.
    Ça ce n’est pas de bol rossignol ! ricana celui-là
    Alors, j’avais faim. Donc, j’essayai les lapins. Mais mine de rien ils sont gros ces coquins.
    Oh ! le pauvre félin ! ricanèrent les taquins.
    Oui tout était restreint. Mais le plus difficile, c’était l’absence de câlins.
    Oh ! le pauvre félin ! s’apitoyèrent les copains.
    Mais un jour vint un humain !
    Oh ! non ! Pas un humain ! Les pires ce sont les enfants, ils veulent nous attraper tout le temps ! s’effrayèrent les chenapans.
    Non ! Ce n’était pas un enfant. Il était gentil et très poli. Il m’a même demandé s’il pouvait se coucher à l’endroit où je me reposai. Il s’est allongé et m’a câliné.
    Ah ! Oh ! firent les rongeurs attendris.
    Plus tard, avec des déménageurs nous avons roulé jusqu’à une demeure pleine de rongeurs.
    A la bonne heure ! Mon humain n’y a pas mis de venin.
    Oh ! C’est vrai, ils sympa cet homme-là ! S’enchantèrent les rats.
    Oh oui ! très sympa ! Parce que ces rats-là, ils sont sans « MORT AUX RATS ! »
    Et le chat se jeta dans le tas.

  18. Antonio dit :

    J’étais défait.
    Jamais je n’ai oublié ce jour-là.
    La vie peut sembler cruelle parfois, mais elle joue sa partition sans chercher à faire de cadeau.
    C’était à moi d’être à la hauteur, d’avoir de l’oreille, de l’inspiration, du culot.

    Je n’ai pas oublié ce jour où, avec le groupe, on est montés sur scène pour jouer ce foutu reggae. Un morceau instrumental, à contretemps, que les batteur et bassiste, complètement débutants allaient planter. Moi, je jouais le thème à l’harmo, j’avais bossé dur, toute la semaine pour le placer. Je le connaissais par cœur.

    On jouait devant des centaines de personnes à ce festival du Grésivaudan. Alors j’ai tout donné, que je croyais. Si je savais techniquement ma partition, je n’entendais malheureusement pas la musique qui achoppait sur un rythme battu à l’envers, quand le guitariste peinait à remettre ses accords à l’endroit. Moi, je jouais ce que je savais sans savoir que je ne savais pas entendre la musique qui n’était plus, vous me suivez ? Moi, je ne les suivais plus et eux étaient perdus, pour savoir comment reprendre et surtout finir ensemble, l’air de rien. Un grand moment de solitude et un gros clash musical, genre « lonesome calling », quand il fallut lâcher la bride de ce désastre. La claque était aussi forte que le claquement des mains du public inaudible.

    Mais j’ai eu droit à ma revanche.
    Un instant de grâce sur scène, comme je n’en connaîtrai que rarement. Une communion entre musiciens sans pareille, comme si la musique était dictée de là-haut et que nous étions les instruments d’une harmonie divine. Le public était connaisseur mais ma tête n’en avait que faire, j’étais ailleurs. Un blues de la Nouvelle-Orléans se jouait depuis deux minutes, un thème entraînant et sans difficulté aucune pour ma partition. Et puis vint le temps des chorus. Jo au sax s’était lancé dans un rythme qui me transportait et sa mélodie me parlait grave. C’était un sax ténor faut dire, à la Sonny Rollins. Quand ce fut mon tour. Je ne me souviens que d’une chose, la première gymnastique des trois premières notes qui prirent le relais du solo de Jo. Je ne m’étais pas trompé. Le reste n’était que sensations intérieures et mes oreilles s’étonnaient de ce qu’elles entendaient sans que mon cerveau ne sût dire s’il y était pour quelque chose. Cela dura à peine deux minutes, pour moi un instant suspendu, qui aurait pu durer tout le reste de ma vie. Je me souviens des applaudissements nourris à la fin de mon chorus, mon cœur battant la chamade et mon esprit reprenant le cours du morceau à terminer. Je ne pouvais plus me planter. A la fin, avec Jo et les autres musiciens, on s’est regardés, il s’était passé quelque chose sur cette scène. Nos yeux se remerciaient et on restait plantés là encore quelques secondes pour savourer l’instant, avant de s’embrasser.

    J’avais pris ma revanche sur la vie, et comment ! Depuis, elle et moi, on s’est fait la belle.

    • eleonore gottlieb dit :

      magnifique et ces musiciens je les connais, je les voie je les aime !

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Antonio, vous parlez de « là haut », « d’une harmonie divine » , moi, j’évoquerais plutôt Le Grand Marionnetiste ou en l’occurence un chef d’orchestre céleste.

      A moins que « cet instant de grâce » vienne de notre inconscient. Masi qu’est-ce qui l’a fait surgir ?
      Quoi qu’il en soit, une belle revanche en tout cas

  19. Nouchka dit :

    François, de retour dans son bourg breton après de longues années dans la marine, à découvrir de lointains pays, supporta mal la pesanteur du clergé local. Infantilisé, il chercha à contrer cette autorité despotique.
    L’un de ses quatre enfants, Jean, subissait, de son côté, les excentricités de son père. En effet, ce dernier ne manquait pas une occasion de contrarier les manifestations publiques organisées par le curé du village. Il allait, par exemple, marchant sur les mains aux offices tels que les mariages ou les enterrements. Des autres messes, il se dispensait d’y aller.
    Le jour de la fête Dieu, il était habituel de décorer la façade de sa maison en y tendant des draps décorés ainsi que la chaussée de fleurs fraiches. A cette occasion, François laissait sa maison sans décoration spécifique et qui plus est, il attendait que la procession passe sous ses fenêtres pour mettre l’unique poste de radio TSF du village au maximum de son volume pour couvrir les cantiques du prêtre et des paroissiens.
    Le petit Jean aurait aimé que sa famille se plie aux coutumes comme les autres familles.
    François mourut sans préavis, laissant Marguerite, son épouse et les quatre enfants seuls. Contrairement à son conjoint, Marguerite était effacée. Néanmoins, elle partageait les idées de son défunt mari sur l’excès de pouvoir du clergé qui gardait la population dans la crainte moyenâgeuse du châtiment divin.
    Le petit Jean avait beaucoup des qualités de sa mère : discret, travailleur, économe. Il quitta le bourg dès l’adolescence pour suivre les classes secondaires dans un pensionnat de Quimperlé. Puis partit à Paris, étudier et travailler dans un cabinet dentaire en décrépitude. Le local professionnel était au deuxième étage d’un immeuble à côté du bois de Vincennes. Cet appartement de quatre pièces, avait la particularité d’héberger une dame très âgée et peu amène ainsi que Jean, sa femme et bientôt leur fille Anne. Cette promiscuité entre deux familles sans autre lien que la perpétuation d’une situation juridique s’imposait à Jean et ne lui facilitait pas la reprise d’activité de son cabinet.
    Cette cohabitation entre vie privée et activité professionnelle nécessitait que chacun soit le plus discret possible afin de faire oublier qu’à côté du cabinet dentaire et de la salle d’attente vivaient des personnes dont les mouvements et paroles devaient rester imperceptibles à l’oreille des patients.
    La petite Anne, particulièrement turbulente, intégra néanmoins que « le silence est d’or ». Que ce fut dans l’appartement professionnel de son père ou ailleurs.
    A l’école, il lui était toujours reproché de ne pas suffisamment participer. Elle pensait être timide, n’osant s’exprimer en public. En réalité, la discrétion et le silence, valeur familiale par excellence, l’accompagnèrent toute sa vie. Des maximes telles que le dernier vers du poème Le Grillon « Pour vivre heureux, vivons cachés » lui semblait une évidence.
    Un jour de janvier qu’elle rentrait de nuit après un cours, elle fut agressée à cent mètres du domicile et tenta d’appeler au secours mais sa gorge ne sut pas émettre le moindre son.
    Quelques années plus tard, alors qu’elle était en forêt entre amis, l’un d’eux proposa de s’exercer au « cri primal ». Là encore, Anne ne parvint pas à émettre quoi que ce soit. Sa gorge opposait une résistance absolue à cet exercice.
    Anne choisit un métier soumis au secret professionnel, où l’écoute était primordiale. Elle devint experte en la matière. L’un des dirigeants de la grande entreprise qui l’employait, conclut l’entretien qu’il lui accordât en fin de période d’essai : « Ce qui m’importe, c’est que je n’entende parler de vous ».
    Elle fut, par contre, assez handicapée lors de prises de parole en public ou de confrontations avec les partenaires sociaux.
    L’âge de la retraite arriva et Anne s’essaya au chant choral. Elle savait qu’elle chantait juste. Elle prit plaisir à cette activité de groupe et finit par oser « porter sa voix ». Le résultat l’étonna et lui donna envie de prendre des cours de chant. Ce fut une révélation : elle avait de la voix et pouvait s’en servir.
    Une amie marquée, quelques quarante-cinq ans plus tôt, par l’expérience du « cri primal », le lui rappela. Anne partit en forêt le dimanche matin suivant et renouvela le test, cette fois, avec succès.
    La conclusion de cette histoire est que nous ne pouvons imaginer l’impact que nos convictions, nos croyances ou nos peurs ont sur le développement de nos enfants. L’apprentissage du rôle de parent est une suite d’improvisations « essais-erreurs » dont les conséquences ne s’observent que bien longtemps après les faits et souvent par d’autres que les concepteurs eux-mêmes.
    Quant à nos choix personnels de vie, ils sont tout aussi hasardeux. Nous n’avons pas non plus de mode d’emploi pour « mener » nos vies. Ce que nous pensons juste et bien à vingt ans, reste-il le même credo à soixante ans ?
    Observons un patriarche. Nous voyons combien ses valeurs restent « bloquées » dans le temps comme un jeu qu’il serait impossible de stopper tellement, une auto-analyse risquerait d’être douloureuse. Une remise en cause serait prendre le risque de constater que l’on s’est trompé et qu’il est trop tard pour modifier le cours de sa vie. Peut-être y a-t-il aussi une impossibilité à modifier des valeurs ancrées depuis si longtemps dans l’esprit et dans les habitudes de vie.
    Ne devrions-nous pas tenter de faire des bilans d’étape pour nous assurer que nous ne nous enferrons pas dans une direction qui, maintenant, pourrait être amendée ?

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Une histoire forte, Nouchka, qui, je ne saurais l’expliquer, m’a fait penser, de manière fugace, à celle d’Anne Franck
      Une revanche qui arrive un peu tard, dommage, et dont in sait ce qu’Anne a pu en faire

  20. Jean Marc Durand dit :

    Mon grand-père me l’avait seriné, on ne peut pas passer sa vie à se lamenter. Pourtant, ça avait très mal démarré pour moi. La Nature, souvent si clémentine avec les agrumes ne m’avait fait aucun cadeau. De naissance, j’étais mal foutu. D’un peu partout, et je ne rentrerai pas dans les détails, de peur d’effaroucher l’intrépide lecteur s’aventurant dans la jungle de mon texte. Des pieds à la tête et dans l’autre sens, ce n’était pas brillant brillant. La famille, le famille, les amies et les amis me déclarèrent très beau, parce que c’est la tradition et qu’on évite d’inciter les mères à encombrer les fosses septiques.
    Je passais mes premières années à apprivoiser mes lacunes et un jour ce fut le début du miracle, un demi racle, quoi, surtout du côté droit. Ma seule oreille était heureusement musicienne. Mon pied droit avait le sens du rythme. Je m’étais bricolé une sorte de harpe avec des cordes en boyau d’ombilic et ma main griffu commença à pincer une transcription de l’Hymne à la Joie. Je me sentais de plus en plus européen.
    Grâce à mon bec de lièvre, je parvenais à souffler des airs folkloriques dans une cabrette, à base de peau de mérou. Un vieil ami blagueur admirait ma patience. Pour lui, c’était très habile de fabriquer une cabrette avec de la peau de mérou. Car quand on la tend trop, la peau de mérou pète.
    Je passais plusieurs fois à la télédivision, mais tout le monde chût d’accord pour me décréter « Homme-Orchestre » du siècle. C’était une belle revanche sur Madame la Nature, cette vieille vache collant des ailerons aux requins et pas aux hérissons, des plumes rose aux flamants et pas aux corbeaux, eux qui pourtant adorent les crevettes.
    Enfin, plus tard, je fus sélectionné pour une expédition sur Mars. On me choisit comme représentant de la multitude humaine. Je fus la Laïka du 21ème siècle. Depuis, on ne sait pas trop ce que je suis devenu. Pour certains, j’ai fait POUM dans l’espace et je suis devenu une nouvelle étoile à neuf branches. Pour d’autres, je suis retombé sur Terre. J’aurai fait PLOUF dans un lac de montagne tibétain fréquenté depuis par moult touristes du spirituel.
    Dans la réalité, je suis devenu Président à vie des martiens, des bons petits gars, très musicologues. C’est, pour moi, une sacrée revanche sur ma triste vie de quadrupède terrien. Et même s’ils ne risquent pas de m’entendre, j’emmerde les petits cons de bikers qui, à une certaine époque, me traitaient de Quasimoto.

  21. Blackrain dit :

    Ma mère me tiens la main fermement. Je me sens tout engoncé dans les vêtements neufs qu’elle a achetés pour l’occasion. Mes cheveux coupés en brosse sont rabattus par une casquette à carreaux que je trouve ridicule. Je tire sur le bas de mon short dans un geste illusoire pour l’allonger. J’ai cinq ans, je n’ai pas encore le droit au pantalon. J’envie tous ces garçons qui montent dans le car avec les chaussettes couvertes par le tissu qui me manque. La poigne de maman est plus forte qu’à l’habitude. Elle est nerveuse. Papa suit derrière en jetant des clins d’œil complices à ses collègues de travail qui, comme lui, confient leurs enfants pour un mois à la colonie de vacances du comité d’entreprise. Rosier Côtes-d’Aurec, le bout du monde. Et oui ! On change de département. Maman discute avec une voisine de quartier. Elle parle vite. Elle argumente sur les bienfaits du grand air pour son fils unique. Depuis ce matin elle n’arrête pas de m’embrasser, de me bichonner, de me noyer d’eau de Cologne, de faire et de défaire ma valise en carton bouilli afin de vérifier s’il ne manque pas un slip ou un tube de dentifrice. Sa fébrilité me gagne. Je suis tout excité à l’idée de me faire de nouveaux copains. Il y a même des filles. Quelle joie ! Trente jours sans les parents, sans les mêmes jeux chaque jour dans ma chambre, solitaire. Trente jours loin des disputes qui filtrent à travers la cloison de ma chambre. J’ai hâte de monter dans l’autocar, d’envoyer un dernier baiser à travers la vitre. Ca y est, je suis installé sur le siège en molesquine. En contrebas, maman essuie une larme. Papa ne la console même pas. Le tremblement de mes lunettes sur la vitre m’indique le départ. Je me retourne tout de suite vers mon voisin, un grand blond de six ans qui me dévisage en souriant. Le voyage ne dure pas ou du moins je le ressens comme tel. Il faut dire que Xavier m’a raconté toutes les ficelles du parfait « colon ». Il m’a conté les moniteurs, le dortoir des « pisseuses », les batailles de purée, les cabanes en fougères, la corvée de la lette aux parents, les lits en portefeuille, la bite au cirage ainsi et le teint aviné du curé le dimanche. Nous sommes déjà complices et durant le parcours, nos éclats de rires nous ont même attiré les remarques du directeur, un quadragénaire moustachu qui voudrait se montrer plus sévère qu’il ne l’est en réalité. J’allais découvrir bien vite que derrière son visage à la Ferrat se cachait pourtant une montagne de bonté. Durant les huit étés de bonheur qui allaient suivre, Xavier allait devenir le frère que je n’avais pas eu.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Votre texte Blackrain a des échos en moi : ce cousin qui, au contraire de vous, détestait les pantalons longs et qui, dès son retour de l’école, enfilait ses bermudas ; ce départ en colonie de vacances vécu comme une libération loin des parents ; les disputes de ces parents, dont je suppose, qu’enfant unique vous avez dû parfois, être un arbitre-otage.

      Et puis quelque chose d’autre : votre solitude d’enfant unique dont visiblement vous avez dû souffrir ; cet ami que vous avez conservé pendant 8 ans. L’avez-vous perdu de vue ? Et ce directeur de colonie dont vous ne dites pas grand chose, que vous a-t-il apporté ?

  22. Kyoto dit :

    Noël approche.
    A petit pas.
    C’est parfait.
    Je ne suis pas pressé.

    J’ai enguirlandé le sapin. Il m’a fallu trois jours pour lui faire une beauté. Et c’est une réussite. Cependant, j’ai remarqué qu’il raccourcit et se déplume. Le pire, c’est que j’ai cassé plusieurs boules. Je ne vais pas en faire un drame.

    J’ai installé la crèche. Cela a été plus rapide. Seulement deux journées pour installer l’équipe de santons, sans compter les animaux. Je n’ai rien brisé. L’aiguille de ma fierté est remontée au « beau fixe ».

    Noël est proche.
    Je m’approche à petits pas.
    Surtout ne rien bousculer.

    Je dépose au pied du sapin mon futur cadeau. Je le cache dans une de mes bottes en caoutchouc. Les pauvres, elles sont délavées et bien usées. Je ne me souviens plus de leur couleur d’origine. Peut-être bien rouge ou alors verte. Mais qu’importe car elles me sont encore bien utiles.

    Demain, c’est Noël.
    Tout est prêt.
    L’attente me réjouit.
    Un peu comme les gamins.
    Et c’est tant mieux.

    Aujourd’hui, c’est Noël.
    Je déballe le cadeau.
    Mazette ! Le Père Noël a bon cœur !
    Une bouteille de whisky !
    Vingt d’âge ! Du vieux mais du délicieux.
    Un peu comme moi.

    Aujourd’hui c’est aussi mon anniversaire.
    Je ne soufflerai pas les bougies.
    Quatre-vingt-dix ans ! Cela en fait des saisons !
    Et ce n’est pas fini !
    Je me porte « comme un charme ». Certes, un peu courbé, beaucoup déplumé, parfois déboussolé, pâlot et usé mais toujours confiant.

    Alors, j’ai versé de ce breuvage divin dans mon verre à whisky, et je le lève vers vous :

    « Joyeux Noël à vous tous »

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