333e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Chaque matin, à l’heure des chalands,
elle s’installait à l’angle de la rue Audiard
pour mendier une conversation.
L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.  
Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. 
Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses…

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25 Responses

  1. Elle était née aveugle. Cela ne lui laissait que peu de latitude dans le choix d’une occupation. De surcroit elle boitait et ses gestes trop maladroits ne lui permettaient pas un travail de précision. Pourtant elle possédait un don étrange. Dans des virevoltes magiques ses mains s’agitaient sans cesse. Elles brassaient l’air ambiant avant de porter à son oreille tous les bruits, animaux, mécaniques, mais surtout humains, ses préférés, qu’elle cueillait avec un sourire gourmand. Et à chaque récolte, même fragmentée, même à peine audible, même anodine, son visage s’épanouissait.
    Elle était apparue un beau matin et depuis, tous les jours, par tous les temps, à la même heure, elle se postait au coin du marché local, à l’endroit le plus passant, humait l’air en connaisseur pour juger de la densité de la fréquentation, et le ballet de ses mains commençait. Il ne devait cesser que lorsque disparaissait le dernier chaland et que les bruits de la circulation remplaçaient le bruissement humain.
    Le village, d’abord surpris par cette mendiante qui ne demandait rien, s’habitua peu à peu à sa présence, et rares étaient les citadins qui s’attardaient à contempler son jeu. Seuls les enfants, fascinés par la danse de ses bras et les circonvolutions de ses mains, trainaient quelques pas en arrière de leur mère, s’arrêtaient la bouche arrondie et attendaient le rappel à l’ordre avant de repartir. Elle, plongée dans une extase mystique, percevant leur présence, se tournait vers eux un moment avec un beau sourire, agitait vers eux ses bras hypnotiques, puis appuyait la paume de sa main contre son oreille, ses yeux vides tournés vers le ciel.
    Sa présence familière passa bientôt inaperçue aux citadins que seule la nouveauté interesse, et bientôt on ne se retourna plus sur sa silhouette devenue aussi invisible qu’un arbre de la place publique.
    Elle continua son manège, année après année.
    Le marché peu à peu se dispersa. L’urbanisme évolua et avec lui l’organisation du quartier, qui se délita.
    Et pendant toutes ces années, jusqu’au dernier chaland, toujours postée au même endroit chaque matin et à la même heure, cette présence fantomatique hanta la ville,.
    Et personne ne savait ce qu’elle faisait là.
    Mais elle ne disparut que lorsque la dernière maison s’écroula dans le village déserté.
    Alors elle partit.
    Elle partit cueillir ailleurs d’autres mots, dans une autre langue, dans une autre ville, dans un autre temps.

  2. Clémence dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation.L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.  
    Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses…

    Elle se décida enfin à quitter le quartier du Petit-Montrouge.
    – La nuit, le jour et toutes les autres nuits, j’ai envie de les passer ailleurs…murmura-t-elle.
    Elle ramassa son sac, cala les poignées sur son épaule et s’en alla…
    Place MIchel Audiard, elle prit un café à la terrasse des Sourires de Dantes et happa, selon son habitude, des bribes de conversations :
    – FAcile à dire…
    – Oui, mais, pas facile à faire…
    – Répète un peu ce que tu viens de dire…
    – Fa…fa…. fadaises…fa… fa …fa…ridondaines…
    Elle paya son café et emporta la facturette après y avoir écrit quelques notes.

    Elle marcha d’un pas tranquille, suivant les rayons du soleil ou la danse d’une hirondelle.
    Avenue REné Coty…Elle croisa un groupe d’ados…
    – RÉ, L’ADORÉE… nous irons…
    Elle n’entendit pas la fin. Une voix aiguë piaillait :
    – RÉMI, SIDO….ici…. ! SIDO….
    Deux adorables caniches se pointèrent au trot et frôlèrent ses chevilles.

    Elle s’arrêta brusquement, sortit la facturette et y griffonna quelques mots, puis elle reprit sa marche.
    Rue MIchelet.
    Une Lolita tirait sur le bras d’un homme aux tempes grises :
    – Là, DOmi… là…regarde
    – Dollar…dollar adoré…
    Mais L’AMI S’Y MIT et poussa la porte de la bijouterie….

    Les heures passaient. L’une après l’autre, elles apportaient quelques notes…quelques mesures d’une vie….
    Elle s’arrêta un instant, et écouta. Le tumulte de la vie parisienne. Elle allait s’y fondre.
    – Rue de l’Ecole de médecine…où donc est déjà la FAculté de Médecine ? Le Quartier LAtin ne devrait plus être loin…
    Mais c’est vers l’Ile de LA Cité qu’elle s’en alla. Quai aux fleurs.

    La grille était ouverte.
    Elle entra dans le Parc et se promena dans les allées, puis s’arrêta brusquement. Des passants la bousculèrent grossièrement, d’autres la regardaient avec des yeux effarés…

    Elle retira son pull difforme qui révéla un bustier de velours noir.
    Elle dénoua la ceinture de son pantalon et une longue jupe rouge se déploya jusqu’au sol.
    Elle fouilla dans son sac puis le glissa sous un banc.

    Elle se glissa dans un rayon de soleil et se mit à jouer…
    – Do-fa-la-la-sol-fa…do…

    Magiques, les premières notes du concerto pour clarinette de Mozart s’envolèrent …

  3. Anne-Marie dit :

    – T’as vu la nouvelle !
    – Bon…bonj…bonjour ! imite un gamin avec un rire sournois…
    – Puis, t’as vu, elle a un vieux jean complètement démodé, et à moitié usé renchérit une blondinette , en leggins et tennis à paillettes.
    – Tais-toi , la voilà.
    – Bon… bon…bonsoir, Yana, renchérit un gamin.
    La fillette rougit, sous sa frange sombre, ses yeux noirs apeurés brillent de larmes refoulées.
    – T’occupes pas d’eux lui dit gentiment la petite rousse, frisée, debout à côté d’elle.
    Ah! ces gamins, pense Myriam, toujours aussi méchants entre eux !
    Ils se sont habitués à voir cette femme qui ressemble à leur grand-mère, assise sur le banc de l’abribus du 45, sans se rendre compte qu’elle n’y monte jamais. Dans un joyeux chahut, le bus avale la quinzaine d’enfants.
    Myriam se lève, rentre chez elle. Pendant une demi-heure, presque chaque jour, elle vient les écouter, se nourrir de leurs propos. Elle sourit à leurs plaisanteries, les incite parfois au calme. Ce soir, le minois de l’enfant aux yeux noirs ne la quitte pas. D’où vient-elle ? Enfant réfugiée, syrienne, peut-être ? Défilent dans sa tête les images de ces enfants exilés atterris çà et là, sans ressources, qui ont vécu guerre et bombardements, connu l’horreur au quotidien, et des milliers d’entre eux qui s’y confrontent encore.
    Le lendemain, assise à l’arrêt du 45 , elle observe la fillette, son jean fatigué, ses yeux sombres, son air effrayé. Elle l’entend à peine dire quelques mots, en regardant ses pieds. Les plaisanteries de certains se poursuivent, à l’écart, à voix plus basse. D’autres réagissent :
    – Tu crois que c’est drôle pour elle. T’aimerais vivre loin de ton pays ?
    – En plus, dans son pays, y a la guerre…
    La maîtresse a dû expliquer, tempérer. Le bus arrive. En passant devant Myriam, certains écoliers la saluent d’un sonore « Bonsoir Madame ». Parmi les derniers, la fillette n’ose dire un mot. Myriam pense à tous ces enfants qu’orthophoniste, elle a aidé à vaincre leur bégaiement, à reprendre confiance en eux. Demain, elle ira à l’école, rencontrer la maitresse et la directrice. Elle est en retraite, elle s’occupera de la rééducation de cette enfant, lui apprendra à s’exprimer. Elle en a le temps, et surtout l’envie. Elle sourit en revenant chez elle.
    © ammk

  4. ISABELLE PIERRET dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands,
    elle s’installait à l’angle de la rue O-Diar
    pour mendier une conversation.
    L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.  
    Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses, elle répondit à son enfant :
    – Je ne peux rien te dire, ni te donner car je n’ai rien dans ma besace ; pas une phrase, pas une idée, pas une contestation, encore moins de béatitudes, et surtout pas de questions.
    – Comment faire alors, si je n’ai rien à me demander ? que dois-je interroger ce matin ? que vais-je me mettre sous la plume ou dans la tête pour rêver jusqu’à demain ?
    – Pars, mon petit, ici il n’y a rien ; sors de la ville, va plus loin, bats la campagne, tu trouveras ce dont tu as besoin.
    C’est en chemin que l’enfant se déshydratant, croisa le feu d’un regard bienveillant:
    – Absence de sens ? inconsistance de la pensée ? perte de substance vitale ? nul ne savait… Mais où est donc la réflexion profonde ? que sont tous ces tourments futiles ? désencombrez-moi tout ça, dit le médecin et cherchez la pièce manquante.
    L’infortunée du coin d’la rue se réveilla enfin, franchit la porte du 11 rue Simon-Crubellier et demanda : auriez-vous « La Vie, mode d’emploi » dont mon petit a grand besoin et moi une grande envie?

  5. PEGGY dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation.
    L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.
    Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses…

    J’éprouvai une plus grande empathie envers cette jeune femme, si frêle, aux deux éclats de ciel, égarés dans un visage au sourire si triste. Je la voyais tous les jours en allant travailler et ne manquais jamais de lui glisser quelques mots encourageants à l’oreille. Son « merci », d’une telle intensité dans sa douceur, se transformait en une chaleur affectueuse qui m’inondait.

    De rares passants s’arrêtaient, ils la voyaient sans la regarder, tant habitués aux mendiants qui longeaient leur parcours. Rares furent ceux qui comprirent qu’elle ne demandait que quelques mots. D’autres, peut-être ressentirent-ils son souhait de recevoir un peu d’eux-mêmes, c’était certes plus difficile qu’une pièce glissée mécaniquement sur le sol.

    Je m’en voulus de ne pas lui offrir de mon temps, m’asseoir auprès d’elle et bavarder. Était-il aussi important mon temps que je ne puisse en dégager quelques minutes et même lui consacrer au moins une heure?
    Elle avait sans doute tant de choses à partager. Comment en était-elle arrivée là ? À part son sourire triste, je la trouvais frêle mais pas maigre, vêtue proprement, parfois légèrement maquillée pour ne pas faire pitié. La mendicité ne semblait pas être son but.
    Je devins de plus en plus curieuse à son sujet. Mon esprit ne cessait de se poser des questions.
    Son regard bleu me poursuivait, comme relié au ciel.

    Cette nuit je fis un rêve, nous étions toutes les deux assises sur un rocher, face à un lac, lisse comme un miroir. Elle parlait beaucoup, je voyais ses lèvres bouger sans entendre sa voix. À mon réveil, je compris que je ne devais plus attendre pour lui offrir des mots, plein de mots unis dans une conversation généreuse et amicale.

    En cette fin de matinée, il faisait frais, mais beau. Je lui proposais de nous réfugier dans un café, gentiment elle refusa. Je m’assis sur le trottoir, contre elle, pour partager un peu de ma chaleur bien qu’elle ne frissonnât pas. J’étais prête à y passer la journée si elle en avait besoin. Elle me fit un sourire, un sourire d’ailleurs, un sourire si accueillant qu’il évacua tout ce qui se bousculait dans ma tête me culpabilisant de ne pas être au travail. Ce sourire fut comme une cascade purifiante. Je devins présente, là, parterre dans la rue, auprès d’elle, ma bouche contre son oreille prête à lui offrir les plus beaux mots de la terre.
    Je n’en eu pas le temps. Deux grandes ailes se déployèrent, elle s’envola…

  6. Michel-Denis ROBERT dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation. L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille. Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses, elle décida d’écrire son premier roman.
    Elle se lança dans le canevas d’un ouvrage pour résoudre ce souci d’indigence verbale menaçant son bien-être. Son environnement sonore devait évoluer dans le bon sens. Comme elle était créatrice intuitive, elle s’imposa la contrainte nécessaire d’un plan. Elle devait se discipliner. Les mots et les préoccupations de ses contemporains dans ce quartier tournaient autour de banalités. Les expressions qu’elle entendait défiler n’avaient trait qu’à la bulle audio-visuelle. C’était lassant. Mais quel remède y apporter ! Quel créneau utiliser pour bouger les opinions ?
    Elle se souvint que dans sa jeunesse, elle était secrétaire de mairie. Elle avait enregistré la naissance de bon nombre de gens qu’elle croisait ici. Elle se sentait non responsable, mais simplement concernée par ces personnes dont elle avait inscrit le prénom sur le registre. Entre l’écriture officielle manuelle qu’elle calligraphiait avec perfection, et les sonorités anglophones qu’elle percevait aujourd’hui, un monde avait poussé où des inconnus avaient pris place. La chaîne risquait de s’interrompre dans la quartier Audiard si elle n’y prenait garde. Des fils accrochés aux casques des baladeurs avaient eu raison du dialogue imagée de cette rue. Elle devait réveiller la fraîcheur.
    Elle construisit son premier chapitre autour d’une démarche que ses héros entreprendraient vers la mairie. Ses anciennes connaissances l’aideraient volontiers. Son approche devait paraître plutôt indirecte, mais naturelle. Elle retracerait l’histoire d’une famille d’immigrés éprise de la langue française, en venant d’Italie. Le fils de la famille rencontrerait une institutrice. Ensemble, ils apprendraient tous les trucs, les détails, les particularités de leur nouveau mode d’expression. Elle raconterait les péripéties, les histoires d’amour et les naissances. Elle décrirait les interactions entre les artisans, leur langage et leur influence. Après l’avènement de l’informatique, un bogue dans la famille se produirait. Ils auraient l’idée de l’installation de bancs sur la place.
    Le roman évoluerait de lui-même sur les bancs.
    Quand son ami eut fini de lire ses premières notes, il lui dit avec étonnement :
    – Mais pour quoi faire, des bancs ?
    – Pour discuter de scénarios et de sujets variés, pour animer, réveiller, être présent au temps qui s’écoule, pour partager, donner son avis… Mais surtout apporter de la nouveauté chaque jour afin de faire revivre ce quartier qui s’étiole dans la modernité,… Inventer des personnages et les faire vivre la vie « Audiard ».

  7. françoise maddens dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands,
elle s’installait à l’angle de la rue Audiard 
pour mendier une conversation.
L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.  
Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses…elle aperçut un des candidats à l’élection présidentielle, Monsieur Macron , qui la voyant debout sans bouger, lui cria « en marche, en marche » et bêtement, sans réfléchir, elle le suivit mais celui-ci la distança rapidement et elle se retrouva décontenacée dans la rue des Pas perdus. Elle revint sur ses pas pour rejoindre le vendeur à la sauvette qui chantait, quand elle était partie subitement, « je te dirai les mots bleus, les mots qu’on dit avec les yeux… » Peut-être se dit-elle en son for intérieur que c’était pour elle qu’il chantait. Sur le chemin du retour, ses yeux furent attirés par un cinéma de quartier où l’on jouait « l’homme qui chuchotait à l’oreille des chevaux ».
    Sans trop réfléchir, elle prit un ticket et s’apprêtant à s’asseoir, elle s’aperçut que son mari était assis dans la salle dans l’obscurité. Il allait encore lui chauffer les oreilles pensa-t-elle et elle repartit sans voir le film.
    Allez, elle allait reprendre son poste rue Audiard pour mendier des conversations ; mais le cœur n’y était plus. Alors elle décida de se rendre utile et courut aux « restos du coeur » de son quartier. Elle arriva au moment où l’on servait le repas du midi. Elle prit la place d’une bénévole et tout en se rendant utile, elle put tendre l’oreille et écouter les conversations de ces pauvres affamés. En fin de queue, elle entendit Monsieur Poutou qui confirmait à ceux qui voulaient bien l’écouter qu’il n’avait pas « d’immunité ouvrière ». A sa grande surprise elle aperçut également Marine dans la queue et ne put s’empêcher de penser qu’elle avait le « front » de se mêler aux nécessiteux. Elle allait lui servir de la soupe à la grimace… et on verrait bien sa réaction.
    A la fin de son service, elle prit la direction de la rue Audiard et au coin qui vit-elle ? son bonimenteur, qui trouva-t-elle, avait une ressemblance certaine avec le chanteur Christophe. Il lui fit signe et lorsqu’elle arriva près de lui, il lui chanta « Aller viens, viens avec moi, Quoiqu’ils disent, on s’en fout….
    Vous n’en croirez pas vos oreilles mais elle le suivit. Et plus jamais on ne les revit.

  8. Cétonie dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard
    pour mendier une conversation.
    L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.
    Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots.
    Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses, elle s’énerva et haussa le ton
    « Eh quoi ? Vous n’avez rien à dire, à échanger ? Vous avez donc tout oublié ? Que vous ne soyez pas capables de rivaliser avec le grand Michel Audiard, d’accord, mais je ne vous demande pas un scenario complet, je souhaite juste échanger quelques mots, de vous à moi, de moi à vous…»
    Mais personne ne l’entendit, ils étaient tous absorbés par les petites boites collées à leurs oreilles, ou reliées à ces mêmes oreilles par de vilains fils gris ou noirs, et les rares paroles qui lui parvenaient étaient destinées à de lointains interlocuteurs…
    Personne ? Non ! Un enfant profita de l’inattention de sa mère (elle venait de recevoir un appel sur sa « boite à oreille ») pour s’approcher d’elle, très curieux de voir comment quelqu’un pouvait écouter. Il osa même une question « Comment tu t’appelles ? » à laquelle elle répondit « Omilia » avec allégresse, puis elle enchaina les questions pour le retenir et entendre sa voix joyeuse qui lui parlait.
    Au bout de quelques minutes, il la quitta brusquement, et soudain, son ciel s’obscurcit, c’était trop beau pour durer ! Elle ferma les yeux et renonça à mendier plus longtemps, se relevant avec peine.
    Elle avait fait à peine quelques pas quand elle entendit un concert de voix d’enfants qui l’appelaient « Omilia ! Omilia ! Où vas-tu ? »
    Parlant tous en même temps, les enfants lui expliquèrent que c’était la première fois qu’ils rencontraient quelqu’un qui savait écouter, heureusement que leur copain les avait prévenus, il n’était pas question de la laisser partir, tant pis pour les parents, d’ailleurs, ils ne s’apercevraient même pas de leur absence…..
    Mais un coin de rue n’est pas l’endroit idéal pour une conversation… « Allons dans le petit square, nous serons plus tranquilles ».
    Mais ne comptez pas sur moi pour vous rapporter ce qu’ils avaient de si important à se dire, j’ai dû les quitter rapidement pour passer un coup de fil à ma copine et lui raconter l’histoire.

  9. Nadine de Bernardy dit :

    Chaque matin,à l’heure des chalands,elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation.
    L’infortunée ne tendait pas la main mais l’oreille.
    Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots.
    Un jour,alors qu’elle n’avait grapillé que des paroles creuses,elle s’apprêtait à rentrer chez elle quand elle entendit au loin des voix qui lui semblèrent familières.
    Elle leva la tête .
    Surprise!
    Venant dans sa direction,Bernard Blier et Lino Ventura,marchant à grands pas, engagée dans une conversation animée,riant comme des gosses.Tellement passionnés par ce qu’ils avaient à se dire qu’ils s’arrêtèrent à quelques pas d’elle pour continuer avec forces gestes et tapes dans le dos.
    Les yeux fermés,elle écouta avec ravissement cet échange vif et plein d’humour,reconnut au passage des répliques cultes de films qu’elle avait adoré.
    Cela fusait,les deux complices étaient bien entraînés,les phrases s’enchaînaient,ponctuées de fou rires,de contrepèteries inouïes.
    Un vrai bonheur,la jouissance du dialogue en liberté.
    Au bout d’un moment, elle sentit qu’on lui touchait l’épaule
    « Excusez nous madame,on ne vous a pas trop dérangée avec nos idioties?
    – Oh non,si vous saviez quel cadeau vous venez de me faire!. »

  10. ourcqs dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands,elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation. L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.  Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. 
    Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses… débitées la tête ailleurs, elle décida de s’intéresser aux connectés, branchés, finalement la majorité des passants pressés. Elle se concoctait des inventaires à la Prévert , happant, s’appropriant, des bribes de communications, elle était ravie de se glisser dans les intimités, d’imaginer les histoires de vie :
    – tu as vu, il fait beau ( scoop que nous avons tous vu depuis quelques heures )
    – tu sais, hier soir, j’ai trouvé des joints, les bons. ( plomberie ou autre ??)
    – pu – – – , la chance
    – j’arrive, suis rue M.Carné, ( menteur, c’est à l’autre bout de la ville )
    – ras-le-bol de tes histoires, je pars ( la pauvre )
    – n’oublie pas le pain, et Martin à la crèche ( distrait à ce point )
    – quelle journée, formes impeccables, elle est super, toujours partante …, mais oui c’est la Suzuki 6… (oups )
    – courage Mon Chéri, je pense à toi ( oui, oui )
    – t’as entendu les infos, complot, injures , veste retournée, costumes …. ( et le fond ? )
    – c’ est quoi ces photos sur face book ? ( c’est qui, je veux voir ! )
    – tu suis toujours le «  gazouilleur impénitent «  ? ( encore un incontinent verbal ?)
    Elle adorait ces échappées insolites.
    Les piétons la voyant souriante, s’approchaient, s’arrêtaient, se débranchaient et prenaient même le temps de quelques mots . Pour les habitués elle arrivait à suivre les péripéties familiales,

  11. Grumpy dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation. L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille. Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots. Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses arriva un grand bonhomme, plutôt rouquin, rouflaquettes, nœud pap et redingote.

    Germaine se dit que vu sa dégaine il s’agissait sûrement d’un Anglais. Sans crainte du ridicule, il trimbalait sous le bras un tabouret. Insolite, bof de la part d’un Anglais … mais pour quoi faire ? Faute de Hyde Park il le posa à l’angle stratégique de la rue Audiard et s’y percha.

    Évidemment, un drôle de bonhomme sur un tabouret, ça attira rapidement un bon petit groupe de curieux. Germaine, elle non plus, n’en croyait pas ses yeux et encore moins ses oreilles. D’ailleurs avec l’âge, elle n’avait plus guère confiance ni en les uns, ni en les autres, elle les avait tant usés à s’échiner à enseigner l’anglais à ses élèves. Enfin, l’anglais correct, grammatical, et pas ce pollueur de la langue française avec ses mots employés n’importe comment d’une part, à tort et à travers d’autre part, ce qui faisait beaucoup.

    Et voilà que le discours du Rosbif interpellait les Froggies, « Honte à vous » leur disait-il, dans un français parfait, avec juste une petite pointe d’accent Birkin. « Vous possédez la langue qui est peut-être la plus belle du monde, la plus douce à entendre, au vocabulaire si riche si précis. C’est justement pour sa précision qu’elle fut très longtemps la langue des diplomates. Et vous, vous rendez-vous compte du tort que vous lui faites avec vos e-mails, Web, Smartphone, Twitter, Facebook, start-up… J’en passe et des moins bons.

    Bien sûr on peut lui intégrer des mots étrangers mais seulement quand elle n’a pas de mot pour le dire. Chacun de ces anglicismes trouve son équivalence en français si seulement on s’en donne la peine. Demandez donc de l’aide aux Québécois qui modernisent la langue et l’enrichissent en la faisant évoluer selon l’air du temps sans la transformer en un charabia incompréhensible inapproprié.

    Ou alors, apprenez vraiment l’anglais au lieu de faire semblant avec quelques mots misérables de vocabulaire que vous ne comprenez même pas. »

    Certains piquaient un peu du nez devant ce sévère sermon. D’autres essayèrent de polémiquer (tiens, que voilà un joli mot !) Ils en furent pour leurs frais et se défilèrent les uns après les autres au fur et à mesure que le prêcheur de l’angle Audiard leur débitait pour l’exemple sa longue liste des mots français entrés dans la langue anglaise parce que ça faisait « So CHIC ! ». Et il reprit : « Regardez comment Eux Ils ont su nous piquer nos expressions les plus imagées quand ils ne les possédaient pas. Je vais vous en lire un exemple :

    « Il lui avait donné RENDEZ-VOUS pour lui souhaiter BON VOYAGE. Elle arriva sur le quai dans un joli tailleur SUR MESURE et toujours le PETIT JE-NE-SAIS-QUOI qui faisait tout son charme. Il voulut l’embrasser mais elle resta prudemment sur son QUANT-À-SOI. Elle partait rejoindre son FIANCÉ lui dit-elle, donc cas de FORCE MAJEURE, elle voulait éviter tout QUIPROQUO assurant qu’elle ne parlait pas au SECOND DEGRÉ. Pourvu que dans le train je n’aie pas de VIS-À-VIS dit-elle. A Paris elle assisterait à un VERNISSAGE demain en MATINÉE, pour lequel elle avait poliment renvoyé la carte R.S.V.P, elle y boirait une FLUTE de champagne en grignotant quelque HORS-D’ŒUVRE, ensuite ils iraient en amoureux voir un FILM NOIR d’AVANT-GARDE, elle avait CARTE BLANCHE pour le choisir. Il fut très TOUCHÉ par le MIRAGE des détails du POT-POURRI que seraient leurs distractions.

    Il affecta un sourire de FAÇADE, ce départ et ses projets même s’ils étaient du DÉJÀ-VU, déjà vécu avec elle, le poussaient dans un CUL-DE-SAC et lui assénaient le COUP-DE-GRÂCE un peu comme s’il devait passer sous la GUILLOTINE.

    Poliment et avec son SAVOIR-FAIRE habituel, il l’aida à monter dans le wagon en lui disant élégamment APRÈS-VOUS, sachant bien que ça faisait CLICHÉ mais c’était sa FAÇON DE PARLER. Après un dernier regard vers elle pour le SOUVENIR, il se mit EN ROUTE et chemin faisant, il retrouva sa JOIE DE VIVRE, se disant : après tout C’EST LA VIE ! »

    Germaine, elle avait bu ces paroles comme du petit lait, tellement qu’elle en resta comme deux ronds de flan. Plus jamais elle n’eut de bons mots à implorer.

  12. Catherine M.S dit :

    Cueillette printanière

    Chaque matin à l’heure des chalands
    Et ce, depuis déjà quelques temps,
    Elle s’installait à l’angle de la rue Audiard
    Pour mendier :
    – Une p’tite conversation M’sieur, dame
    Pouvait-on entendre sur le macadam
    L’infortunée ne tendait pas la main mais l’oreille
    Rien n’était plus triste que de la voir implorer quelques mots.

    Mais un jour, alors qu’elle n’avait grappillé
    Que des paroles creuses et s’apprêtait à s’en aller
    Je vis une classe s’approcher d’elle, l’entourer et s’esclaffer !
    Ils avaient juste inventé des tas de mots rigolos
    Des mots sans queue ni tête
    Des mots cadeaux
    Des mots qui ne voulaient rien dire
    Des mots juste pour rire
    Des mots sympas et chouettes
    En paillettes et en habits de fête
    Des mots de toutes les couleurs
    Pas des balivernes ni des sornettes
    Des mots qui ont vite envahi les pavés
    Comme un immense champ de fleurs
    Des mots que les passants se sont mis à ramasser
    Chacun réclamant sa petite part de bonheur
    Surtout pas de paroles en l’air ni de vulgaires mots gadgets
    Non, rien que des mots de poètes
    Des mots qui consolent
    Quand parfois la vie est folle…

  13. Jean-Pierre dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands,
    elle s’installait à l’angle de la rue Audiard
    à Perpignan pour mendier une conversation.
    À quel angle ? C’était imprévisible.
    D’abord, la rue en comporte quatre, et la femme prenait soin de ne jamais s’installer deux jours de suite au même angle, pour éviter la routine et les flics.
    Et ensuite c’est un quartier chicos avec des gens méfiants qui se connaissent tous.
    Et comme l’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille,
    chacun pensait qu’elle était mandatée par un voisin pour dénoncer une nuisance ou quelque chose d’illicite, la construction d’une piscine par exemple.
    Certains ont même envoyé les flics qui n’ont pas réussi à la trouver.

    Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots.
    Tous la fuyaient. Personne ne lui adressait la parole. Même les enfants se faisaient gronder s’ils se faisaient prendre à converser avec elle. Les parents leur avaient juste recommandé de rapporter ce qu’elle avait dit sur eux-mêmes ou les voisins.
    Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses, un gamin plus téméraire que les autres lui avait demandé ce qu’elle foutait là.
    – Je suis scénariste et je bute sur les dialogues, expliqua-t-elle.
    – C’est quoi ces conneries ? D’abord, on dit « goal » et pas « but ». Toi t’es pas d’ici. Tu veux quoi exactement ?
    – Audiard, tu connais ? Fait-elle en montrant le nom de la rue. « Les tontons flingueurs », ça te dit quelque chose ?
    – T’as des tontons flingueurs, toi !!! J’vais l’dire à mes parents, y vont appeler les flics…

    On ne l’a jamais revue dans le quartier, et les dialogues des séries télé sont toujours aussi plats.

  14. LELEU Yvette dit :

    Elle entend un  » hep! mademoiselle, un p’tit câlin, c’est gratuit aujourd’hui! » elle sourit au jeune homme qui ravit de la voir sourire, lui tend les bras. Riant à gorge déployée, elle s’élance et sa joie est immense. Il lui procure alors ce juste sentiment d’amour qui, va pour ce jour lui redonner cet espoir qui, était partit. Si se dit’elle un inconnu me tend ses bras et si…il a assez de temps pour offrir ainsi un peu d’amour, moi aussi, je peux le faire! Elle se sent si bien là enlacer dans ces bras vigoureux. Alors qu’elle pensait qu’il allait tout simplement la rejeter, il lui murmura un: » demain ça vous dit un petit café,là, au coin de la rue…il y a un p’tit bar sympa,on pourrait discuté si le coeur vous en dit? Son coeur bondit dans sa poitrine, elle avait peut être découvert en lui une âme soeur alors souriant de plus belle, à son tour elle murmura un: » si vous en avez envie, alors moi aussi, je serais ici demain et si vous y êtes aussi… » Elle laissa sa phrase en suspens n’osant en dire plus. Il lui offrit alors un sourire ou on y sentait un peu plus que de la sympathie. Comment cela se pouvait-il? Il l’a lâcha et lentement repris son chemin. Elle le suivit du regard le plus longtemps possible et quand il tourna au coin de la rue Solférino…elle baissa la tête et quelques larmes perlèrent le long de ses joues soudain glacées. Le verrait elle demain? Elle eut soudain hate et continua à chercher quelque mots pour finir sa journée avec cette fois un peu d’espoir au fond de son coeur. Au moins cette journée c’était ‘elle bien passer.

  15. Antonio dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation.
    L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille. Rien n’était plus triste que la voir implorer quelques mots.

    Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses, un gros billet se glissa dans son esgourde. Un beau gros billet de cinq cent mots qui valait son pesant d’originalité.

    Mais qui était donc cette généreuse verve qui avait décidé de changer son destin ?

    Elle devait être riche, avoir une belle maison d’édition avec un tas de vocabulaires à sa disposition. Elle imaginait un grand parc avec des arbres d’idées dont les feuilles blanches du printemps tombaient noircies à l’automne, formant des couches de tirades glissantes sous une pluie de sarcasmes. Elle voyait aux pieds de ces arbres fruitiers des rangées de pensées magnifiques qui embaumaient l’imaginaire au gré du vent d’été.

    Puis elle s’immobilisa. Un si gros billet, d’où venait-il ? Elle devait travailler dans la romance, brasser des milliers de chansons que des pauvres nègres avaient dû écrire pour elle, à la sueur de leur affront. Oh ! À moins qu’elle ne fût dans le trafic de lettres, tournant à l’héroïne qu’elle revendait sous le manteau dans une académie parallèle, au prix des lecteurs, histoire de s’en mettre plein les poches.

    C’était entendu. Elle ne pouvait accepter la charité d’un plagiat ou d’un marchand de bons mots, tous des voleurs inscrits au registre du commerce. Elle ne savait plus où elle avait entendu cela, mais cela lui parlait et elle se leva. Il était clair que ce billet avait été volé à un Molière ou un Rostand. Elle se boucha l’oreille et rendit la monnaie de sa pièce à la verve passante en hurlant : « au voleur, au voleur ! »

    Quand une voix au loin se fit entendre : « Putain, non ! Chouchou ! … Mais qui m’a mis cette conne dans le champ de la caméra ? … On ne va jamais réussir à la finir cette putain de scène, merde ! »

  16. Odile Zeller dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation. La pauvre Camille ne tendait pas la main mais l’oreille. Rien n’était plus triste que de la voir mendier quelques mots. Un jour alors qu’elle n’avait grappillé que des phrases creuses… ma pauvre vieille Camille pas le temps aujourd’hui, faudrait pas croire que je fais que causer ! Ou encore Johnnie attention à la dame qui gêne dans le passage ! Va pas tomber ! Ou même il m’achale ce bonhomme à toujours … Elle ne le vit pas venir, il avait la quarantaine, lui prit le bras et la fit passer sur le trottoir d’en face. Sa voix était douce, un peu veloutée, il n’avait pas d’accent, il était d’ailleurs. Elle décida de lui faire confiance et de se laisser mener. Un taiseux, un de plus, un adepte des SMS et des messageries ?
    Il l’installa dans un fauteuil au fond de la salle du café le plus proche et la questionna un chocolat chaud ça irait ?
    Il savait tout d’elle, toutes ses habitudes, ses horaires… ça aurait dû lui faire peur.. mais sa voix charmeuse lui disait des douceurs, elle parlait une musique gaie.
    Je croyais que vous étiez partie et que vous ne reviendriez plus. Collecteuse de bons mots, de phrases douces, de conversations sincères, comme moi !
    Ah bon il faisait ça aussi, elle croyait qu’elle était la seule. Vous aussi, vous ? Vous êtes seul ? Veuf et écrivain , oui je collecte, c’est ma matière première. Pour mes romans , des idées, des situations… Vous êtes une courageuse moi mon terrain de chasse ce sont les cafés, je suis plus timide !
    Oh je n’ai pas de mérite… je m’ennuie et quand c’est trop dur, je sors et j’écoute … Aujourd’hui ils sont tendus, agités. Rien à dire à part boire et manger, d’un banal… demain …
    Non demain je viens vous chercher et nous irons écouter le concert , la passion de Saint jean, vous connaissez ?
    Bach bien sûr …demain quelle heure ?
    Camille sortit sa canne blanche de son sac et d’un pas guilleret rentra chez elle pour dîner.

  17. Laurence Noyer dit :

    L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille. Elle ne grappillait que des paroles creuses :

    Des phrases de plus en plus pire : si elles auraient été en bon ‘’uniforme’’
    – ObnIbulé par ce langage : C’est quand qu’on y va ? à l’ ‘’arrêt aux porc »
    – Je vais au Génicologue, j’ai fait un infRactus !
    – Alors, il est où le bonheur ? ben, dans ton c. !
    Malgré qu’elle soit énervée, elle aurait pu leur faire montrer la formule ‘’un train sec’’ qui s’avère exacte.
    Même s’ils croivent » que c’est juste pas possible et s’il faut qu’ils voyent si c’est de cela dont ils parlent.
    Moi, personnellement, après qu’ils soient venus, pour cent zeuros , malgré qu’ils ont jeté ‘’l’eau propre sur la famille » je sais pas c’est qui ces huit Zenfants.
    Alors, ‘’au témoin d’un doute’’, les choses ne font que s’empirer.
    C’est qu’est-ce qu’elle dit !

    • Laurence Noyer dit :

      pour les puristes!
      ce texte n’est formé que d’expressions ou de mots
      inexacts,
      ces fautes de syntaxe, d’orthographe sont au nombre de 29,à vous de les trouver,
      ça vous changera des oeufs de Paques!

      • Grumpy dit :

        Déjà UNE dans l’adresse aux puristes pour l’accent circonflexe de Pâques qui est sans doute parti profiter de la longue fin de semaine.

    • Odile Zeller dit :

      triste je n’en ai que 23 mais en si peu de lignes c’est un record je connaissais et lycée de Versailles … l’infractus et l’obene
      c’est surement du vécu
      merci

  18. Blackrain dit :

    … ELLE assiste à une rixe entre deux hommes. Une femme d’âge mur se penche sur l’homme qui vient de prendre un bourre-pif. Celui-ci se relève et lui dit :
    – Mais il est complètement fou ce mec ! Mais moi, les dingues j’les soigne. J’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère ! J’vais lui montrer qui c’est Raoûl. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile… »
    – Oui mon fils. Ne te laisse pas faire. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages !
    – C’est vrai ça. J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse.
    – C’est chouette ça, comme métaphore.
    – C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.
    – Oh fait pas chier !
    – Ça, c’est une métaphore.
    – En tous cas fais bien attention à toi mon fils. Ce Tonton flingueur est un vrai Morfalou. Il vaut mieux s’en aller la tête basse que les pieds devant.
    – Tu permets, y’aura quand même comme de la relance sur la gelée de coing, non ?! C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule !!
    Devant son air déterminé et sa mine patibulaire elle s’inquiète. Elle lui joue alors sa mélodie en sous-sol :
    – Un jour, c’est nous que tu tueras ton père et moi ! De chagrin !
    – Et bien, comme ça, on retrouvera pas l’arme du crime !
    – Pourquoi parles-tu d’arme du crime ? Tu sais pour ton père ? s’inquiète la mégère.
    – Quoi mon père ? Il lui est arrivé quelque chose ?
    – Il a du pissé sur la ligne à haute tension. Point final.
    – Comment ça point final ?
    – Bon d’accord j’avais un peu détourné la ligne…Tu sais ton père, c’est bien la première fois qu’il fait des étincelles avec sa bite ! Ajoute-elle dans un sourire entendu.
    – …
    Devant son silence elle veut se justifier :
    – Tu sais avec ton père pendant douze ans on a fait chambre commune mais rêve à part.
    – Mon pauvre papa. Il s’en est sorti ?
    – Oui il marche… Enfin si l’on veut. Il est dans un fauteuil. Il est complètement grillé dans le milieu mais il est vivant, hélas… Il a pris un taxi pour Tobrouk avec le Polo le comptable car Jojo la Brute nous y spolie nos affaires. Mais deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche.
    – Ce Jojo est bien capable de nous dépouiller. Tu sais maman le jour est proche où nous n’aurons plus que “l’impôt” sur les os.
    – C’est bien vrai mon chéri. Même si l’on a des amis, dans la vie on partage toujours les emmerdes, jamais le pognon.
    Il la prend dans ses bras et tous deux s’éloignent. A l’ange de cette rue Audiard ELLE se dit qu’aujourd’hui elle venait de photographier une scène avec des dialogues dignes d’un polar roide.

    • Odile Zeller dit :

      fabuleux un grand merci ! je vais moi aussi prendre un calepin et collecter dans le métro ou dans les musées. à Rome dans les files d’attente je vais me régaler !

    • Malinconia dit :

      Sûr à la lecture de l’énoncé qu’il y aurait quelqu’un qui allait de précipiter sur les dialogues d’Audiard.
      Résultat de l’assemblage aussi sympa que facile.

  19. durand dit :

    Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue Audiard pour mendier une conversation. L’infortunée ne tendait pas la main, mais l’oreille.Rien n’était plus triste que de la voir implorer quelques mots. Les gens se montraient plutôt radins, économes d’un simple murmure. Sans s’arrêter, ils balançaient juste quelques grognements.

    Un jour, alors qu’elle n’avait grappillé que des paroles creuses, des coquillages en plastique ne promettant que des illusions de mer, elle distingua un nouveau son dans le brouhaha des cohues.

    C’était doux, tendre, ça ne parlait pas vraiment, ça gargouillait mais ça lui causait.

     » Salut, moi c’est Michel…ne me cherche pas, tu ne me verras pas….je dois couler quelque part dans la sève du cerisier japonais…là oui, le machin décoratif planté tous les dix mètres pour égayer ce triste quartier.
    En principe, pour tout le monde, je suis mort…mais au printemps, quelques bons mots refleurissent en moi. Ca déborde et j’en fais profiter le plus proche. Cette année c’est toi. L’an passé, c’était un rottweiler qui manquait nettement d’humour. Il m’a même pissé dessus, le salaud…Pourtant, un bon mot, ça fait du bien! Ca vous tartine le fond de la baguette. Ca sent bon les rillettes et le cornichon aigre-doux. Ca vous colmate l’estomac. Ca vous enchante le palais vocal. Et ca prépare de la bonne tripe, celle qu’a du cœur au ventre.Bon c’est pas tout ça…on cause…on parlote…pardon..je cause, je parlote…et ma nouvelle vie s’écroule….Reste pas là. Voyage, change de quartier.

    La ville est une orange. Tant d’autres jus. Sous son écorce, elle t’avouera d’autres secrets.

    Marche,marche…pas besoin de plan. Suis le bon rythme de tes pieds. Et n’implore plus quiconque…sers toi…pioche…emprunte…vole, va te servir dans les bons casiers, ceux des jongleurs de mots…rue Jacob, rue Dac, rue Vian, rue Prévert, rue Allais, rue Desnos… »

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