303e proposition d’écriture créative de Pascal Perrat

caddyM’entendant grincer,
un pote de parking m’a demandé :
– Caddy, t’es heureux dans la vie ?

– Oui, que j’ai répondu, sans hésiter,
trimballer des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît.

Je n’aurais pas dû…

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19 Responses

  1. Françoise - Gare du Nord dit :

    M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé :
    Caddy, es-tu heureux dans ta vie ?
    Oui, que j’ai répondu sans hésiter, je ne suis jamais seul et je suis baladé toute la journée, au son d’une musique plutôt agréable, dans divers rayonnages, par des personnes qui changent tous les jours. Je ne m’ennuie pas une seconde
    Je te pose la question car je t’entendais grincer. Comme tu parais plutôt jeune pour être atteint par la rouille, j’ai pensé que tu gémissais de peine ou de douleur..
    Non, je t’assure je me porte très bien, je suis très fier et satisfait d’exercer ce métier. Quand il fait froid, je vais au rayon « Lainages et polaires », quand j’ai trop chaud, je file à celui des surgelés. Si j’ai une petite faim, je vais grignoter au stand « Biscuits d’apéritif et si j’ai une grande soif, je file aux boissons.Si j’ai envie d’exotisme, je m’évade dans les produits tropicaux et si mon sang patriotique vibre, je me fais pardonner auprès de ceux du terroir.
    Oui mais n’as-tu pas l’impression de stagner ? Songe à ce que serait ta vie si tu étais caddy dans un supermarché d’une métropole au lieu de croupir dans une supérette de sous-préfecture et ses 6 malheureux rayons?
    Quelle différence, c’est le même métier
    Davantage de rayonnages et beaucoup plus d’articles, plus de monde donc plus de possibilités de rencontres, ton univers et ton champ de compétences s’élargiraient

    Je réfléchis à sa suggestion et décidai de me ranger à son avis. Je me devais d’évoluer et pour cela sauter l’étape du supermarché pour voir plus grand encore. J’obtins ma mutation pour un hypermarché A. situé Porte de Montreuil à Paris.

    Les premiers temps, je fus ébloui : la variété et la quantité des produits, les profils diversifiés des clients, les allées dans lesquelles je m’égarais avec délice, les linéaires et leurs têtes de gondoles, tout m’enchantait.
    Mais avec le temps mon enthousiasme tiédit. Le soir, j’étais harassé de fatigue par les charges de plus de 200 k que je me coltinais, par les kilomètres que j’avais parcourus, par les heures à piétiner dans les files d’attente à la caisse. Fatigué par cette musique idiote et lénifiante qui m’étourdissait en permanence, par les caprices des enfants et les scènes de ménage de leurs parents, la mauvaise humeur du chef de rayon et celle maussade de la clientèle. Les pires périodes : la rentrée scolaire et les fêtes de fin d’année. Je songeais avec amertume à la suggestion de mon pote de parking.

    Je n’aurais pas dû l’écouter

    Je décidai alors de n’entendre que mes propres désirs et mes propres envies et entrepris une conversion professionnelle.
    J’intégrais l’équipe des caddies d’un grand club de golf de la région parisienne. Enfin la verdure, la nature et le grand air après cette grisaille souterraine, les parcours artistiquement alambiqués au lieu de ces allées sottement rectilignes, côtoyer des gens nantis et bien éduqués et surtout être l’assistant et le support moral du champion.

    Hélas, je fus vite exténués par ces kilomètres parcourus, tributaire des conditions climatiques t il s’avéra très vite que je n’étais tout juste bon à n’être qu’un porte-sacs tout juste bon à nettoyer les balles de golf d’une clientèle hautaine à l’humeur maussade et j’en vins à regretter mon ancienne vie.

    Je n’aurais pas dû m’écouter

  2. Clémence dit :

    M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé :
    – Caddy, t’es heureux dans ta vie ?
    – Oui, que j’ai répondu sans hésiter, trimbaler des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît. Je n’aurais pas dû….

    La portière s’ouvrit. Un pied chaussé de derby bicolore s’enfonça dans la terre rouge.
    Le ciel était d’un bleu profond et la lumière éblouissante.
    Il remonta, d’un geste désinvolte, ses lunettes solaires sur son nez et enfonça son panama.

    Les voitures luxueuses étaient déjà nombreuses devant le Club-house. Il se pencha pour défroisser le pli de son pantalon. Un léger grincement se fit entendre. Il se redressa et se retourna.

    John était déjà à ses côtés, lui tendant une main courtoise.
    – Bonjour, Monsieur, lui dit-il d’une voix claire.
    – Bonjour, John, bonjour. Dis-moi, es-tu heureux dans ta vie ?
    – Je n’ai pas à me plaindre, Monsieur.
    – Mais encore ?
    – Me promener dans la nature est un véritable bonheur. Et en votre compagnie, le bonheur en est multiplié.
    – Bien John. Bien, lui répondit Monsieur en souriant. Allons….

    Monsieur Hanson et John se dirigèrent vers l’entrée du Club-House. Saluèrent les membres présents, promettant de leur accorder plus de temps au retour. Un verre de Bourbon, of course !

    Les deux hommes passèrent aux vestiaires : visière, gants, chaussures à crampon. John, le cadet, se chargea du caddie. Ils ressortirent sur l’esplanade face au parcours de 18 trous. Impeccable.

    – Bien, John, allons-y.
    Ils entamèrent le parcours. Un léger craquement de brin d’herbe accompagnait chacun de leurs pas.

    Monsieur Hanson saisit le club que lui tendait John. Il se positionna pour son premier swing. La balle partit. Monsieur Hanson toussota. John ne broncha pas mais il eut une intuition. Le parcours ne se passerait pas comme à l’ordinaire.
    Après une heure d’échecs cuisants, John se risqua :
    – Monsieur semble préoccupé….
    – En effet, John… en effet…Des idées nouvelles me hantent pour parler de mon pays. Pas seulement de sa grandeur, mais aussi de ses sombres aspects: le racisme, la pauvreté, les dépendances et les maltraitances… Je veux m’exprimer avec un regard lucide, critique, humaniste et respectueux de la vie….
    Monsieur Hanson fit demi-tour, John le suivit sans l’interrompre.
    – J’ai un projet… Je suis sûr qu’il déplaira à beaucoup de monde. Mais j’y tiens ! Nous sommes au cœur des années soixante, n’est-ce pas ! L’hyper-réalisme et le Pop ‘Art ont acquit leurs lettres de noblesse….
    – …..
    – Nous en aurons fini pour aujourd’hui, John. Ah, vous êtes un fameux cadet ! Si je le pouvais, je dirais que vous êtes ma muse, mon égérie….Ah… cadet, caddie, american way of life….
    – Monsieur….

    Hanson rejoignit son atelier et plongea dans son univers.
    Fibre de verre, résines, peintures acryliques. Un modèle. Il lui fallait un modèle. Une femme, plantureuse, opulente.
    – Obésité, malbouffe… paradoxe…gronda-t-il.
    Il voyait son œuvre.
    Il l’habillait : blouse rose, jupe courte en jeans, pantoufles bleues et sac à main noir. Bijoux de pacotille.
    Bigoudis sous un foulard, cigarette aux lèvres, ecchymoses sur les bras. Regard vide.
    Invisible…

    Il était prêt. Une fois de plus.
    Prêt à offrir au monde ce symbole d’une Amérique peuplée de fantômes courant après le grand rêve.

    Il saisit un caddie argenté et y jeta pêle-mêle les reliques de ce qui avait été ses repas durant son travail de création. Reliques d’une nourriture industrielle. Boîtes en carton, emballages plastique, boîte de conserve…. Ni fruits ni légumes frais…Le caddie était rempli à ras-bord.

    La poussière dansait dans le dernier rayon de soleil de cette journée. Son œuvre était-elle réellement finie ?

    Il poussa le caddie argenté dans les mains de la femme.

    Il prit une ardoise et traça à la peinture bleue : 
    « Supermarket Lady »
    Duane HANSON – NY 1969.

    © Clémence.

  3. françoise dit :

    M’entendant grincer,
un pote de parking m’a demandé :
– Caddy, t’es heureux dans la vie ?

    – Oui, que j’ai répondu sans hésiter !

    – il devint vert de jalousie
    – et à partir de ce jour je devins sa bête noire
    – je m’étais fait avoir comme un bleu
    – il fallait que je prenne le taureau par les cornes
    – si seulement j’avais une arme blanche
    – dire qu’hier un collègue m’en avait offert une au marché noir
    – mais je n’avais pas voulu franchir la ligne blanche
    – pour chasser ces idées noires
    – je décidai d’aller me taper un coup de rouge
    – tout en roulant du gris
    – je traversai la rue à l’orange
    – un homme avec une canne blanche, me stoppa et me prit en main,
    – il m’emmena au vert
    – et depuis je vois la vie en rose.

  4. Isabelle PIERRET dit :

    Un collègue caddie l’accosta devant la boutique de chocolats :
    -Tu fais bande à part, maintenant?
    La réponse, accompagnée d’un clin d’œil lui montra la promo sur les pralines:
    -J’espère qu’une vielle dame va m’en faire profiter!
    Sa liberté sans jeton, sans attaches l’avait entraîné dans la galerie marchande où il laissait son esprit vagabonder …. Vivement mercredi , que les enfants nous fassent danser sur le parking , et vivement samedi pour le caddie-skate organisé par les jeunes d’à coté : il y tenait le bar, chargé de bières et posté au meilleur endroit pour compter les points !
    Mais au fond, son destin ne la satisfaisait pas: se charger de toutes les choses inutiles ou toxiques que proposait le supermarché avait fini par l’ennuyer, et il préférait l’attente au rayon presse. Pendant que les lecteurs s’emparaient des revues, il en profitait pour lIre les titres des livres et cela le faisait rêver.
    Hélas cette étape n’était pas quotidienne, les gens préféraient le conduire aux rayons cornflakes, frites, pizzas surgelées et viande prédécoupée. Brrrrr… C’était un peu toujours le même circuit, avec cette lente traversée des allées froides, où le choix des produits laitiers devenait un vrai casse-tête, sans oublier les litres d’eau et de boissons sucrées dont ils le chargeait . Et ça, ça le faisait grincer .
    Alors un jour, en l’entendant, un pote de parking lui a demandé :
    – Caddie, es-tu heureux dans ta vie ?
    – Oui, repondit-il sans hésiter, je pense à ma reconversion.
    Je ne suis jamais seul ici et on me balade toute la journée, mais je voudrais m’aérer, faire autre chose, ne plus être attaché.
    Regarde l’annonce que j’ai trouvée à l’entrée de la galerie:
    « Jeune femme cherche chariot de courses pr l’accompagner au marché. Devra aimer les produits frais, locaux, sains et naturels » .
    Je me suis proposé, et j’attends la réponse; après un petit lifting, je peux faire l’affaire !
    – Ah, bonne idée , sinon tu peux musarder du côté du musée: l’un d’entre nous y est exposé, ils l’ont couvert d’or!
    – Non, merci, ça ne me tente pas, l’immobilité . Par contre, pour mes vieux jours, il y a encore une belle opportunité : faire panier à bûches pour finir au coin du feu, à lire des bouquins entre deux sorties au jardin! Tu serais peut-être intéressé, toi aussi?

  5. Michel ROBERT dit :

    M’entendant grincer, un pote de parking m’a dit :
    – Caddy, es-tu heureux dans ta vie ?
    – Oui, que j’ai répondu sans hésiter, je ne suis jamais seul et on me balade toute la journée. Je n’aurais pas dû m’arrêter à la cafeteria ce matin, j’ai pris trop de café. Ca m’a énervé, ça m’a rendu grincheux. J’était hors limites. J’ai glissé et je suis tombé les quatre fers en l’air !
    – Pas trop de bobos, ça va ! T’as pas vu toutes les soldes qu’il y a en ce moment !
    – J’ai pas le temps de les faire, faut que je m’occupe du club !
    – Moi, ça va comme sur des roulettes en ce moment. J’étais prêt à signer un contrat, mais c’était injouable. Il y avait trop d’obstacles, trop de pénalités ! Fallait jouer petit jeu ! Le boss m’a rappelé. Il a rajouté un insert, il m’a lobé.
    – Tu parles de quoi là, je comprends pas !
    – Ca veut dire que je suis embauché.
    – Je suis content pour toi ! Tu parles d’insert ! Ca me fait penser, j’étais en train de relire ma pièce ce matin, il y avait tellement de monde à l’ouverture qu’on m’a rentré dans les talons, j’en ai vu trente six chandelles !
    – T’as pas le putt, si je puis dire ! Et tu t’en ai bien remis apparemment !
    – Non ! Ca me fait un handicap maintenant !
    – Dis donc, c’est pas le bol ça ! C’est quoi ton club ?
    – C’est celui de Golfe-Juan ! Les gens sont sympas, ils ont pas la grosse tête. En ce moment, on répète une pièce de Julien Green. A cinq heures, on fait la pause « tea », tu connais ?
    – Si je connais ! Je ne connais que ça ! Attends ! C’était quand !Ah ! Ben, la semaine dernière, on était là avec le patron, dans l’allée centrale. La patronne m’a dit de le surveiller, il fait des achats compulsifs surtout pendant les soldes. Je le laisse regarder les étiquettes du blanc. Et puis tout d’un coup, je le vois qui se gondole ! Je me rapproche et je lui dis : « Vous en faîtes une tête! ». Il me dit : « Il est quelle heure ? ». Il était blanc ! J’aurais dû lui faire un EEG à ce moment-là !
    – Une Etiquette Electronique de Gondole ?
    – Non ! Un Electro- encéphalogramme ! Idiot ! Il est cinq heures patron, que je lui réponds ! Vite ! On part ! qu’il me dit comme ça ! On part ! J’te jure, on grillé le carrefour Leclerc ! Les flics n’ont rien vu ! J’avais pas fait le changement d’heure à ma montre, finalement on est arrivés en avance ! Ouf ! J’ai balisé !

  6. Emmi A dit :

    M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé :
    « – Caddy, t’es heureux dans la vie ?
    – Oui, que j’ai répondu, sans hésiter, trimballer des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît. »
    Je n’aurais pas dû… Ah ça non, j’aurais pas dû !
    Pourtant j’étais loin de m’imaginer… d’habitude mes voisins de garage sont plutôt cool, assez satisfaits de leur sort, on discute pas mal sur les différents paniers de la ménagère, on se fait quelques stats sur quels profils quels paniers… D’ailleurs on pourrait largement développer :
    « Montre moi ton Caddy je te dirais qui tu es ! ».
    Mais je ne vais pas m’étaler la dessus ici, ce n’est pas l’histoire. Une prochaine peut être !

    Non vraiment d’habitude c’est sympa, surtout qu’aujourd’hui on est mardi et que le mardi c’est la journée qu’on préfère : on est ni le lundi où les excités dépités par un début de semaine pourri nous malmènent en ronchonnant sans cesse que la livraison est jamais bien faite après le week-end, ni le mercredi où les enfants assis sur le fauteuil nous titillent les structures et encore moins la fin de la semaine où tout le monde s’est décidé à sortir et où on se retrouve tous en tête à queue dans les rayons….
    Non, vraiment, je m’attendais pas à ça.

    « – T’as bien de la chance Caddy ! Hein ! T’en as pas marre toi qu’on nous maltraite, qu’on nous use, qu’on nous triture jusqu’à ce qu’on s’emboîte les uns dans les autres, qu’on arrive jamais à mettre la pièce du premier coup ou qu’il y en ait toujours un pour essayer de mettre celle que tout le monde sait qu’elle rentre pas !Pas de délicatesse, de tendresse… T’en a pas marre toi ?
    On est là avec nos petites structures en métal jamais chouchoutées, jamais lavées, jamais lustrées, on attends notre rouille avant de nous abandonner au fin fond d’un parking pour être volés pour une retraite moins guindée ! Franchement Caddy…
    – Ben non mon vieux écoute, moi j’aime bien, je le vois pas comme ça… on vit la vie quoi… oui on est un peu usée, on a pas de thalasso chariot, quand il pleut ça nous rouille parce que les petits abris nous recouvrent pas totalement et alors ? Au moins on est pas comme le panier en plastique à côté de la caisse, celui qui ne voit que par terre, ne sors jamais, ne connaît même pas tous les rayons du magasin! N’a pas le plaisir de transporter des petits monstres ou de voir le bal des voitures… et surtout, surtout, a une carcasse beaucoup moins reluisante que la notre, qui tient plus du jouet que de l’utile ! 
    – Ah oui ! Eh, eh… Ben moi j’dis révolution ! »
    Ben ça ! un Caddy révolutionnaire j’avais jamais vu ça ! En trente ans d’expérience !
    « – Rien que ça ! Mais qu’est ce que tu propose alors ?
    – Je propose dans un premier temps qu’on… »

    Et là… j’aurais bien voulu connaître son plan machiavélique mais une petite dame accompagnée de son petit bichon l’alpagua avec fougue, installa bichon dans sa petite couverture bien au fond et je n’entendais plus que les ronchonnements de mon collègue s’estomper sous les clapotis des petits talons de Madame qui s’en allait faire ses courses !

  7. M’entendant grincer des dents, un de mes collègues, un bon pote à moi, m’a demandé :
    -« Cadi, t’es heureux dans la vie ? 
    -« Oui… » que j’ai répondu sans hésiter, avec un sourire mi-figue mi-raisin, « la position de cadi est certes avantageuse et honorable, je suis respecté, et on me salue au passage. Je suis le le juge de toutes les causes : Non seulement je tranche les litiges juridiques et administratifs, mais je suis aussi chef de la police et gouverneur de la ville ! Bref on me trimballe comme un paquet d’une responsabilité à l’autre. Je n’ai pas un moment à moi – Dieu merci je n’ai pas de famille. Dès qu’un problème se présente on compte sur mon jugement pour donner raison à l’un ou à l’autre. Heureusement – la loi est bien faite – je suis tenu non à la vérité mais seulement à la vraissemblance !! Parce qu’il y a de quoi s’y perdre ! Si tu entendais les histoires que certains inventent, les bonnes raisons qu’ils se donnent en toute mauvaise foi, les arguments fallacieux que je passe, moi, des heures à écouter, tu n’en croirais pas tes oreilles !! Certains sont si tortueux et alambiqués que tu ne parviens plus à discerner le vrai du faux. Hier encore, je me suis fait balader comme ça pendant toute la journée par un beau parleur. Jusqu’à ce qu’il finisse par se couper et anéantir lui-même toute sa construction !
    Parfois j’ai vraiment l’impression qu’on me prend, sinon pour un imbécile, du moins pour un naïf. Est-ce dû au fait que, handicapé, je suis prisonnier de mon fauteuil roulant ? Un juge monté sur roulettes en impose peut-être moins à certains ? Je ne suis véritablement à l’aise que derrière mon bureau, où ma position assise n’est pas à mon désavantage.
    En tous cas, j’essaie malgré tout d’exercer sereinement ma fonction et de faire de mon mieux. Mais si Dieu me donnait un fils, je ne l’encouragerais pas la reprendre. Et souvent je pense que moi-même, je n’aurais jamais du quitter ma province natale et ma famille pour venir exercer en ville un métier prestigieux, certes, mais aussi astreignant. »

  8. Catherine M.S dit :

    Au supermarché

    M’entendant grincer,un pote de parking m’a demandé :
    – Caddy, es tu heureux dans ta vie ?
    -Oui, ai je répondu sans hésiter
    Je ne suis jamais seul et on me balade toute la journée
    Mais je n’aurais pas dû mentir
    Il aurait peut être pu m’aider
    À me débarrasser de ce colis mal ficelé
    Déposé vers midi par un individu suspect
    Seul dans ma rangée
    Personne n’a rien remarqué
    Mais moi je sens bien que quelque chose ne va pas
    Jamais personne ne dépose un objet
    pour ensuite m’abandonner
    Mais voilà je n’ai pas osé
    Je n’aime pas me faire remarquer

    Et puis ce bruit bizarre et saccadé
    Comme une vieille horloge mal réglée

    Ah non, ça suffit, venez me délivrer !

    J’ai tant gigote que mes roulettes ont valdingue
    Je me suis retrouvé les 4 fers en l’air
    Et le colis a roulé, roulé, roulé
    Juste avant d’exploser
    Dans un vieux hangar désaffecté
    J’étais un peu sonné mais sauvé
    Et surtout chaleureusement félicité, acclamé
    Hourra ! ce caddy est un héros
    La population n’avait pas assez de mots pour me remercier
    Quant à mes potes, ils ont dû s’incliner
    Devant cette toute nouvelle notoriété
    Qui les a drôlement fait grincer…

  9. Blanche dit :

    On était mardi
    Elle allait venir
    Toute belle
    Parfumée
    Elle allait poser ses jolies mains
    Sur moi
    Ses ongles laqués rouge vif…
    Ses avant bras satinés
    Encore quelques minutes …
    L’attente
    Elle…
    Ses mains…

    Mais bon sang
    Qu’est-ce qui se passe
    Où est-elle ?

    Mais voilà
    Elle ne vint plus jamais
    Tu sais depuis ce jour
    J’m’en fous de qui me ballade
    Au long des allées ..

    J’roulais pour elle moi
    QUE POUR ELLE…

  10. Nadine de Bernardy dit :

    M’entendant grincer,un pote de parking m’a demandé:
     » Caddy es-tu heureux dans ta vie ?
    – Oui – que j’ai répondu sans hésiter – je ne suis jamais seul et l’on me balade toute la journée. »
    Je n’aurai pas dû, car mon grincement avait suscité des convoitises.J’étais un peu âgé mais encore efficace, bien que la plupart des clients préfèrent désormais nos remplaçants en plastique bleu et poignée jaune ,venus se glisser parmi la vieille garde de ce parking ,j’avais mes fidèles.
    Cette tranquillité me convenait,une pré-retraite en quelque sorte.La dernière personne à m’avoir choisi avait semblé s’intéresser de près à mon allure digne, de caddy métallique plein d’expérience.
    Elle me rangea avec les autres sans faire de commentaire mais je l’entendit appeller sur son portable :
     » Allo! Dis donc je suis devant Leclerc,je crois avoir trouvé ce qu’il nous faut…..
    -Ouais ouais,un vieux modèle ,ils renouvellent leur stock…..
    -Ouais,j’ai vérifié, les roues sont bonnes,et la caisse aussi.Il grince juste un peu mais à part ça…..
    -Ben, tout de suite,avec la fourgonnette pour l’emmener discrètement,ça va bientôt fermer….
    -Non, pas demain, il risque de ne plus être là….
    -Ok je t’attends. »
    Une demi heure plus tard,me voilà soulevé brutalement par deux hommes ,poussé sans ménagement dans un véhicule qui partit rapidement de ce parking où j’avais passé toute ma vie.
    Je ballotais d’un côté et de l’autre ,me cognant contre des objets que je ne voyais pas.La fourgonnette s’arrêta,je fus à nouveau bousculé pour en sortir et me retrouvais dans un hangar où quelques potes à moi se trouvaient déjà.
    Nous fîmes connaissance :
     » Moi je viens d’un super U
    – Ah lequel ?
    -Le Moustoir
    -Je viens du Leclerc de la Porte Océane, leur dis-je
    -Ah oui! on a entendu dire qu’ils rajeunissaient leur cheptel…..
    – Allez les gars – dit alors un grosse voix – au boulot.On est déjà fin octobre ,il faut me les transformer rapidement.La saison des châtaignes arrive,j’ai déjà le charbon de bois et les bidons pour les griller.
    Cette année pas question de se faire doubler par la bande de Toulchignanet. »

  11. Nadine de Bernardy dit :

    M’entendant grincer,un pote de parking m’a demandé:
     » Caddy es-tu heureux dans ta vie ?
    – Oui – que j’ai répondu sans hésiter – je ne suis jamais seul et l’on me balade toute la journée. »
    Je n’aurai pas dû, car mon grincement avait suscité des convoitises.J’étais un peu âgé mais encore efficace, bien que la plupart des clients préfèrent désormais nos remplaçants en plastique bleu et poignée jaune ,venus se glisser parmi la vieille garde de ce parking ,j’avais mes fidèles.
    Cette tranquillité me convenait,une pré-retraite en quelque sorte.La dernière personne à m’avoir choisi avait semblé s’intéresser de près à mon allure digne, de caddy métallique plein d’expérience.
    Elle me rangea avec les autres sans faire de commentaire mais je l’entendit appeller sur son portable :
     » Allo! Dis donc je suis devant Leclerc,je crois avoir trouvé ce qu’il nous faut…..
    -Ouais ouais,un vieux modèle ,ils renouvellent leur stock…..
    -Ouais,j’ai vérifié, les roues sont bonnes,et la caisse aussi.Il grince juste un peu mais à part ça…..
    -Ben, tout de suite,avec la fourgonnette pour l’emmener discrètement,ça va bientôt fermer….
    -Non, pas demain, il risque de ne plus être là….
    -Ok je t’attends. »
    Une demi heure plus tard,me voilà soulevé brutalement par deux hommes ,poussé sans ménagement dans un véhicule qui partit rapidement de ce parking où j’avais passé toute ma vie.
    Je ballotais d’un côté et de l’autre ,me cognant contre des objets que je ne voyais pas.La fourgonnette s’arrêta,je fus à nouveau bousculé pour en sortir et me retrouvais dans un hangar où quelques potes à moi se trouvaient déjà.
    Nous fîmes connaissance :
     » Moi je viens d’un super U
    – Ah lequel ?
    -Le Moustoir
    -Je viens du Leclerc de la Porte Océane, leur dis-je
    -Ah oui! on a entendu dire qu’ils rajeunissaient leur cheptel…..
    – Allez les gars – dit alors un grosse voix – au boulot.On est déjà fin octobre ,il faut me les transformer rapidement.La saison des châtaignes arrive,j’ai déjà le charbon de bois et les bidons pour les griller.
    Cette année pas question de se faire doubler par la bande de Toulchignanet. »

  12. Jean Louis Maître dit :

    M’entendant grincer,
    un pote de parking m’a demandé :
    – Caddy, t’es heureux dans la vie ?
    – Oui, que j’ai répondu, sans hésiter,
    trimballer des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît.
    Je n’aurais pas dû…car lui, il ouvrit son clapet :

    Oyez, oyez, oyez !

    « Frères humains qui hardis nous poussez
    Ayez à cœur un usage précis,
    Car, si pitié de nous pauvres avez,
    Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
    Vous nous voyez ci attachés vingt-six,
    Tout décharnés comme morts en sursis.
    Nos roulettes sont voilées et pourries,
    Notre poignée devenant cendre et poudre.
    De notre mal personne ne s’en rie ;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

    Si frères vous clamons, pas n’en devez
    Avoir dédain, quoique fûmes commis
    Pour service. Toutefois vous savez
    Que vos enfants sont pleins de facétie
    Et qu’avec entrain, ils nous supplicient
    Comme le fils de la Vierge Marie !
    Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
    Pour que nous évitions de nous dissoudre !
    Nous sommes morts, âme ne nous harie,
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

    La pluie nous a débués et lavés,
    Et le soleil desséchés et noircis ;
    Pies, corbeaux, par-dessus de nous ont chié
    Et même parfois, les enfants aussi.
    Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
    Puis çà, puis là, comme le vent varie,
    À son plaisir sans cesser nous charrie,
    Plus bouzillés d’marmots, ça sent la poudre !
    Ne soyez donc de notre confrérie ;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

    Auchan, Leclec, Carrefour, tutti quanti
    Gardez qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
    À lui n’ayons que faire ni que soudre.
    Hommes, ici n’a point de moquerie ;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! »

    Une mère et deux mômes m’ont saisi la poignée !
    Ils se sont disputés pour glisser leur jeton dans la fente indiquée.
    Jusque là, on partageait la même chaîne, ce pote et moi.
    Je l’ai quitté, sans état d’âme : boulot ! boulot !

  13. durand dit :

    M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé:

    – Caddy, t’es heureux dans la vie ?

    – Oui, que j’ai répondu, sans hésiter, trimballer des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît.

    Enfin plutôt, heureux, je l’étais.

    Je n’aurais pas du être rapatrié dans cette saloperie de garage en plein vent.

    En fait, y a pas six mois une bourgeoise m’a oublié sur le goudron, moi et sa pièce de 2€. Jésus était dans le coin!

    – Jésus ??

    – Mais non couillon, pas le Jésus de la bande dessinée. Jésus le clochard, celui qui loge dans le blockhaus, au nord du fort de la Crèche, Wimereux city, Côte d’opale, Mur de l’Atlantique, France.

    – Connais pas!

    – M’étonnes, avec ta chaîne autour du cou!
    Ben moi, le Jésus y m’a embarqué, tu parles, deux euros tombés de son vrai ciel et gratos une brouette de luxe pour charrier ses consignes, ses paquets et ses rêves. J’étais devenu son jackpote, comme on dit!

    – Bof… être trimballé n’importe où, risquer un accident de l’embouteillage des villes, une tendinite chronique à la roulette, j’y vois pas l’bonheur!

    – T’y comprendras jamais rien. T’es pire que le chien de la fable à Jules Lafontaine.
    Moi j’te dis qu’c’était super! Ouvre un peu tes oreilles et ce qui te sert de bac à tumeur.

    Les Jésus, on les traite tous de fainéants….lui,il s’est tapé toute la route, seul, du supermarché au blockhaus. J’ai calculé 5,3kms…78 mètres de dénivelée, 112 trottoirs à escalader…et rien, à peine deux trois soupirs, tu m’étonnes, avec cette canicule.

    Et puis, nous avons attaqué, enfin façon de parler, le GR. Là, tu peux pas imaginer, un chemin aménagé juste pour suivre tous les bords de la mer, pour tous ceux qui ne savent pas nager ou qui ont le mal de mer.
    Une douce piste sablonneuse, une vue perpétuelle sur les reflets des cailloux mouillés, leur gargouillis jolis, des dunes aussi, arque boutés contre l’éventualité des tempêtes, des petites fleurs encourageant les fourmis travailleuses et par dessus, un vaste ciel variable où des oiseaux selon l’humeur du vent font du skate ou de la haute voltige.

    – Mouais! Dis donc ta mère elle n’aurai pas fumé un peu trop de Walt Disney ?

    – Mon pauvre, tu ne sens rien ? T’es vraiment qu’un indécrottable, un obstrué des sinus. T’as du tomber très jeune au fond d’une fosse nasale.
    Moi, je te le confirme, le voyage était merveilleux. Et quand nous sommes arrivés au blockhaus, vers les 19h….le soleil commençait à se coucher.

    – Ben ouaih…il est comme tout le monde, faut bien qu’il récupère!

    – Mais non,il n’enfilait pas son pyjama après avoir bouffé 3 cachetons pour dormir.
    C’était plutôt de l’ordre de l’épanouissement d’une fleur féminine, comme le vaporeux d’une sirène,la chute de feuilles dansant au fond de tes yeux.
    Et ça….tous les soirs…peux-tu imaginer!

    – Non…j’connais pas!

    – Ca a duré 3 semaines. Mais le Jésus, il n’avait pas vraiment la patate. Ils ont essayé de le rapatrier dans l’hospitalier…tu sais, le centre de toutes les maladies des hommes.
    Mais lui, il voulait pas. « Les couchers de soleil, c’est ma morphine à moi, foutez moi la paix!

    Il les a envoyé chier et nous restions là, tous les deux à contempler le disque mou du soleil papillonner vers la nuit.

    – Et puis ??

    – Et puis, Jésus il a passé la larme à gauche. Je le revois encore dans son fauteuil de pêcheur bancal sourire au crépuscule.Quand j’ai vu qu’il n’essuyait rien du sanglot desséché, j’ai pigé que c’était son ultime déclin.

    Je me suis rangé tout seul à ses côtés.

    J’ai attendu….

    – Et ils t’ont récupéré, recadré sur ton goudron, rattaché à tes compagnons….bien avancé!

    – Peut-être, peut-être pas…mais cette nuit-là, j’ai rêvé. Des bricoleurs nous entouraient.

    Quand il s’agit de survivre on se débrouille de tout. Ils nous transformaient en pédalos, mi ferraille, mi sacs de plastique gonflés, mi ballons d’espoir.

    On était tous transformé en étranges pirogues. On devenait les passe-partout gratuits d’un monde de circulations possibles.

    C’était le bonheur pour tous, plus besoin de ferailler l’un contre l’autre. Tout le monde possédait ses roulettes et le droit de les soigner. Chacun possédait ad eternam une carte vitalisée du roulement à billes….et…et..

    – Mouais…je m’en doutais un peu,ya plus de doute…ton père se piquait!

  14. Christine Macé dit :

    M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé :
    – Caddy, t’es heureux dans la vie ?
    – Oui, que j’ai répondu, sans hésiter, trimballer des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît.
    J’aurais dû tempérer mon enthousiasme : brusquement, ma roulette avant droite s’est grippée et j’ai failli perdre l’équilibre.
    – Caddy, ça va pas ? t’es tout pâle !
    – T’inquiète, juste un peu de surmenage : la rentrée, c’était pas de la tarte. On aurait dit qu’ils avaient le feu au train. Ils nous ont mené la vie dure, les gosses comme les parents, à nous trimbaler dans tous les sens, aller et revenir dix fois de suite, tout ça pour choisir deux cahiers et trois stylos Bic. On a plus d’une fois évité la collision ! Moi-même, j’ai failli écraser un minot que sa mère avait égaré. C’est un fait : j’ai des années de service au compteur et même si j’adore mon boulot, la mécanique se détraque !
    – Oh toi, t’as besoin de prendre un peu le large. Tu devrais te planquer quelques jours au fond du parking, ça te ferait des vacances.
    – Ça jamais ! Tu veux ma mort. T’as vu leur gueule à ceux qu’on met là-bas, ils sont bons pour la déchetterie. Pas question !
    – A la bonne heure, je te retrouve ! N’empêche que tu ferais bien de te ménager. Tu crois que je t’ai pas vu la nuit avec les gamins du quartier quand ils investissent le coin pour faire la « teuf ». T’es le premier à les suivre dans leurs bêtises, à porter leurs chargements de bamboches, les caisses de bibine. Et surtout à participer à leurs courses de chariots. Monsieur joue à Ben-Hur, et tu t’étonnes d’être crevé le lendemain !
    – C’est vrai, je les aime bien ces petits durs : ils me font de la jeunesse, je les suis comme je peux dans leurs délires.
    – Dis surtout que t’as jeté ton dévolu sur la petite blonde, celle que tu promènes pendant des heures !
    – Avoue qu’elle est craquante. C’est son julot qui me pousse mais c’est dans mes bras que la mignonne finit toujours par s’endormir.
    – T’es un grand romantique, mec ! Fais gaffe quand même. Les mômes ça aime pas trop les vieux : un jour, ils en prendront un plus fringant pour leurs petites virées nocturnes.
    – Sympa ! Et qu’est-ce que tu proposes, à part me ranger définitivement ?
    – Figure-toi que j’ai lié connaissance avec une étagère du rayon bricolage qui en pince pour ma structure tubulaire en acier. Nous aussi, la nuit… Enfin, je te fais pas un dessin. Grande, un peu plate à mon goût, mais du genre à en avoir dans la réserve : je suis sûr qu’elle aura une idée pour ta roulette défaillante.
    – Sacré cachotier : une gondole, pas moins ! Ma parole, on se croirait à Venise ! Bon, c’est d’accord pour les conseils de l’experte en quincaille, on en reparle demain matin… Salut et bonne nuit, mon pote !

    Bon week-end, Christine

  15. Joaies dit :

    M’entendant grincer,
    un pote de parking m’a demandé :
    – Caddy, t’es heureux dans la vie ?
    – Oui, que j’ai répondu, sans hésiter,
    trimbaler des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît.
    Je n’aurais pas dû …
    … car à peine avais-je fini ma phrase, un énergumène tout dépenaillé et qui sentait mauvais m’attrapa sans ménagement.
    Il partit en me poussant, comme un voleur, et se débarrassa de ses encombrants paquets douteux en me les jetant dessus.
    Il y avait là des choses hétéroclites une vieille couverture trouée, un sac de linge (sale ?) des journaux et surtout, surtout, quantité de bouteilles de vin, vides pour la plupart.
    J’avais mal au cœur, et je voyais disparaître le parking avec tristesse.
    C’est dans un terrain vague que nous échouâmes, un terrain triste et sans âme, sans arbres et jonché de détritus.
    Les jours passèrent, je déprimais de plus en plus.
    Mon nouveau propriétaire ne me ménageait pas, il me prenait pour une valise, ce qui est le comble pour un caddie.
    Je devais supporter, non seulement sa mauvaise humeur, mais en plus ses soirées de beuverie que je détestais plus que tout.
    Un matin, je vis arriver une femme tout aussi dépenaillée que mon « tortionnaire », elle se mit à me fouiller et finit par jeter tout ce que j’avais dû supporter, sans aucun ménagement. J’étais vidé.
    Elle me poussa joyeusement en chantant à tue-tête à travers un dédale de rues, sans hésiter à me monter dessus par moments pour dévaler quelque pente !
    J’étais de plus en plus fatigué.
    Enfin, elle s’arrêta, un peu essoufflée et c’est alors que je reconnus le parking où javais été volé.
    Mon cœur explosa de joie lorsque je reconnus mon pote.
    J’étais sale et malodorant, mais il me fit un grand sourire.
    Il me donna une accolade de caddie.
    « Je suis heureux de te revoir, mon pote, dit-il …
    Alors, je repose ma question : t’es heureux dans la vie ? »
    Cette fois-ci, j’eus une légère hésitation avant de répondre.
    – En tous cas, je suis plus heureux ici, que là d’où je viens ! »
    Et je lui racontai mon histoire.
    Il était mort de rire, et je vous assure, c’est plutôt rare chez un caddie !
    Il reprit la parole :
    « Eh bien, tu en tenais une bonne hier soir !
    Tu ne te souviens de rien ? Nous avons fêté l’anniversaire de Caddie Jo et nous avons un peu forcé sur le punch !
    Après, tu t’es endormi … »
    Il continuait de rire, et je compris que tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve …
    J’en fus bien heureux !

  16. laurence noyer dit :

    Je n’aurais pas dû.
    Un jour j’ai retrouvé,
    accrochée à mes roulettes,
    une liste de courses à donner le tournis.

    Dès l’entrée au rayon parabène
    on ne sait que choisir !
    Il faudrait pour lire les étiquettes
    la moitié de la journée
    Sur les gondoles s’alignent
    du Citral et du Benzyl.
    L’Eugénol nous attire,
    l’inalool nous fait signe

    Depuis l’additif alimentaire,
    je suis devenue un récipient pour stocker
    les limons des supermarchés.
    Faire ses courses c’est faire sa poubelle :
    Le temps d’arriver à la caisse,
    les pommes sont déjà avariées.

  17. ducos dit :

    M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé :
    – Caddy, t’es heureux dans la vie ?
    – Oui, que j’ai répondu, sans hésiter,trimballer des paquets et me balader toute la journée, ça me plaît.
    Je n’aurais pas dû…Un couple est arrivé avec ses trois marmots. A peine plus haut que moi, j’ai senti des pieds piétinaient mon flanc droit. Les trois gosses étaient installés. Moi qui aime le rythme lent de la mamie du matin, la petite baguette du papa esseulé ou le plat cuisiné du célibataire. C’est vrai que j’aime aussi les périodes de fête, ben oui je suis gourmet ! Les fois gras délicats, les boites de chocolat raffinés ! Mais des pieds crottés, des mains sales d’une journée d’école, des manteaux en vrac au fond et surtout, surtout….les cris des drôles mélangés aux  » Attention »  » ne te penches pas  »  » arrêtez de vous battre »  » vous serez punis en rentrant »  » non, Trucmuche N1, pas de bonbons »…Les humains, matière incompréhensible pour moi.. Sacré bon dieu des caddies, pourquoi font ils leurs courses avec leurs gosses ??????

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