618e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Il (elle) avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers
. Elle...

Ce peut être IL ou ELLE

Vous n’avez rien à perdre à essayer d’inventer la suite

Recevez la compilation des exercices d’écriture créative publiés sur ce blogue depuis 2009.
Pour l’obtenir au format PDF faites un don de quelques € à l’association Entre2lettres.
Pensez à préciser votre demande d’exercices, vous recevrez un lien pour la télécharger.

25 Responses

  1. iris79 dit :

    Il (elle) avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. Elle brassait un monticule de feuilles posé sur son bureau tout en fronçant les sourcils. Elle ne releva même pas la tête quand il l’interpella d’un « s’il vous plaît madame, pourriez-vous m’aider ? ». Elle se contenta de lui répondre en bougonnant d’un « ça dépend » guère engageant.
    Il lui exposa donc brièvement sa demande ce qui eut pour effet immédiat de suspendre son geste, de relever sa ligne de front et ouvrir ses grands yeux aussi ronds que le contour de ses lunettes . Elle le regarda d’un air interloqué pendant un instant suspendu qui lui sembla durer des heures ! (A rajouter sur son compte de temps perdu). Elle lui demanda s’il se fichait d’elle, ce à quoi il répondit que jamais n’avait été là son dessein. Elle lui répondit alors qu’il était au cœur même de l’espace où l’on perd tout son temps. Elle l’invita à observer autour de lui, tous ces gens affairés, le regard sur leur souliers à courir après le temps dans ces couloirs où chacun s’empressait d’attraper un train, un métro, un boulot, qu’elle ne pouvait pas retenir toutes ces heures perdues passées à essayer d’en rattraper d’autres, qu’elle déplorait que le temps soit devenu de l’argent et qu’il n’était plus question d’en prendre, qu’elle ne savait pas précisément où il avait perdu le sien et qu’elle n’avait pas que ça à faire. Soit il continuait sa quête dans ce labyrinthe soit il acceptait de monter l’escalier au bout du couloir pour aller voir s’il avait une chance d’en retrouver un peu. Elle lui dit qu’il devait faire le pari de se laisser distraire par la couleur du ciel, le chant des oiseaux, les couleurs de l’automne, le bruit des feuilles sous le vent. A coup sur, il irait moins vite mais le temps trouvé lui serait peut-être profitable. Il allait sûrement découvrir que le temps qu’il recherche n’est pas le bon et que d’autres en valent la peine ; celui de flâner, de rêver, de bâiller aux corneilles, de s’arrêter, de s’asseoir sur une chaise dans le parc qu’il va traverser en faisant un détour pour rentrer chez lui. Ce sera plus long, cela prendra plus de temps mais de temps en temps, il faut prendre ce bon temps, non ?

    Il en resta tout coi. Immobile, il resta interdit quelques secondes. Le temps s’était arrêté. Puis il regarda sa montre, l’enleva et la confia à l’employée en lui précisant avant de se diriger vers les escaliers « ne me la rendez jamais si un jour je reviens la chercher » !

  2. Avoires dit :

    Il (elle) avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. Elle…
    …ne leva pas la tête pour le saluer, il ne vit donc d’elle que le sommet de son crâne sur lequel était posé, comme une balle de ping-pong, un chignon . Un légère mèche s’en échappait ce qui donnait lui un caractère enjoué. Il fut charmé par cette vision et prit la ticket qu’elle lui tendit en même temps qu’elle lui dit d’une voix à l’intonation légèrement agacée mais au timbre délicieux ; « Prenez ça ,passez derrière le rideau et cherchez. Je ne peux pas m’occuper de vous, excusez-moi »
    Il prend le ticket au bout du bras tendu par la porteuse du chignon à la mèche volage et frôle de ravissants doigts. Il passe derrière le rideau, lui-même derrière le dos de la…pour se retrouver dans une salle aux dimensions improbables. Comment allait-il retrouver son temps perdu ?
    Mais tout compte fait, le temps perdu devenait moins urgent à retrouver depuis qu’il avait vu le chignon, entendu la voix et senti la peau de l’employée du Bureau Européen des Objetset des Cœurs Trouvés ? en abrégé le BECOT
    La grande pièce l’intimidait, il y avait un fatras indescriptible de pas, de raisons, de têtes, de pains, tous abandonnés, desséchés. C’était plutôt effrayant. Il vit même, mais il était seul, le Nord, ce point que l’on dit cardinal et qui semblait s’ennuyer ferme sans ses compères habituels.
    Désemparé, il continua sa recherche, de moins en moins convaincu de son utilité. Il avait la tête ailleurs…
    Sur le point d’abandonner, il prit la direction du rideau et fut heurté par des terrains, des patiences, des contrôles, tun essaim de pertes en tous genres qui lui fit considérer la sienne comme parfaitement insignifiante.
    Arrivé devant le rideau, il prit une grande respiration, en écarta les pans et, enfin, se retrouva face au dos de la… Il ne vit qu’une nuque tendre, des épaules rondes, les bras brassaient toujours des papiers, le chignon avait maintenant deux mèches hors de son giron. Quelle grâce, pensa-t-il, mais que fait-elle avec tous ces papiers ? Le cœur battant, il s’enhardit, se posta devant le guichet et dit :
    « Mademoiselle, je vous rends votre ticket, j’ai trouvé ce que je cherchais ! »
    La demoiselle relève alors la tête et de sa voix au timbre délicieux mais sans agacement, répond :
    « Vous êtes sûr ? Car d’habitude, personne ne trouve rien ici. Tous ces papiers que vous voyez, ce sont des lettres de réclamation que font les mécontents de n’avoir pas trouvé ce qu’ils étaient venus chercher »
    Elle le regarde avec ses yeux noisette et rieurs, il la regarde avec des yeux émerveillés. Ces deux-là se sont trouvés…

  3. Urso dit :

    Il (elle) avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. Elle…

    – Où est-il le temps que j’ai perdu ? Nom de Dieu. Où est-il ?
    Et puis vous que faites-vous avec tous ces papiers ?
    – Monsieur moi j’écris à mon fiancé !
    – Ah je vois. Madame ne bosse pas. Elle préfère penser à son chéri.

    Le monsieur reprit sa litanie.
    Je veux mon temps. Le temps que j’ai perdu. Je vais déposer plainte chez les flics.
    Mon temps c’est le bien le plus précieux que j’ai dans la vie.
    Maintenant disparu, je suis si triste.
    – Mais monsieur du temps il vous en reste.
    Êtes-vous marié ?, avez-vous des enfants ?
    – Mademoiselle vous m’en posez des questions indiscrètes.
    Et l’homme de dire à nouveau.
    Mon temps nom de Dieu, je l’ai perdu. Où est-il ?
    Mon bien le plus précieux.
    Que vais-je faire sans lui.

    La mademoiselle voyant qu’il y avait du monde qui attendait derrière l’homme commença à perdre patience.
    – Rentrez chez vous dit-elle gentiment.
    Le temps personne en a amené aujourd’hui !
    Pas de livraison, rien, nos caisses sont presque vides et ne contiennent pas de temps.

    Le monsieur devint rouge ?
    – C’est sûr le temps que j’ai perdu quelqu’un me l’a volé.
    Où est-il, mon bien le plus précieux.

    – Allez monsieur, on n’a pas été livré en temps aujourd’hui. Ce n’est pas la peine d’insister.
    Au fait lança-t-elle en direction de l’homme.
    Quel est votre job dans la vie ?
    – J’écris j’écris de temps en temps, de petites histoires avec des phrases courtes.
    J’essaie de gagner ma vie dit-il en baissant les yeux.
    La femme sentit que sa demande avait dû le gêner.
    Elle enchaîna toutefois. J’ai une idée.
    À la place des petites histoires vous pourriez un jour ou l’autre écrire un roman, avec ce titre que je viens de trouver ah, ah.
    « À la recherche du temps perdu »
    L’homme regarda la jeune femme dans les yeux.
    Il quitta le service des objets trouvés sans dire au revoir à la dame.
    Il était en colère.
    Dans la rue ses yeux s’illuminèrent. Il se dit qu’écrire un livre avec ce titre était peut-être une bonne idée.
    C’est ce qu’il fit quelques jours après

    La première lettre de son prénom était M …

  4. Mary Poppins dit :

    – Bonjour monsieur le Responsable en Chef du « Bureau des objets trouvés ».
    – B’jour… C’est pour quoi ?
    – Voilà, je viens vous voir parce que j’ai perdu mon temps, ça s’est passé hier entre 8h04 et 19h53. J’en suis tout décontenancé et tourneboulé.
    – Décrivez-moi l’objet.
    – Sphérique, totalement sphérique, avec néanmoins un aspect légèrement anguleux.
    – Largeur ?
    – Aussi large que la moitié du dixième de son volume.
    – Longueur ?
    – Deux fois et demi sa hauteur multipliée par la racine carrée de l’Everest.
    – Ah quand même !
    – Eh oui.
    – Poids ?
    – Plus lourd qu’il n’y paraît.
    – Couleur ?
    – Un beau camaïeu de temps intersidéral et de méridien de Greenwich.
    – Bien, bien, je note…
    – Vous pensez qu’il existe une chance aussi infime et aussi imperceptible soit elle que je retrouve ce temps perdu ?
    – Ben, non.
    – Pourquoi ?
    – Parce que vous tombez mal !
    – Ah…
    – Je viens moi-même de perdre une chose particulièrement indispensable.
    – Puis-je avoir l’indélicatesse de vous demander ce que c’est ?
    – Le post-it sur lequel j’avais noté le mot de passe de l’ordinateur qui gère tout le bureau. Je l’ai tellement bien caché que je ne le retrouve plus.
    – C’est affreux ! Pourquoi n’avez-vous pas écrit l’endroit de la cachette sur un autre post-it ?
    – C’est ce que j’avais fait. Mais je l’ai égaré aussi !
    – Mais c’est une véritable catastrophe !!! Donc si je comprends bien vous ne pouvez rien faire pour m’aider.
    – Absolument rien…
    – Grands Dieux ! Mais qu’est-ce que je vais devenir ?
    – Vous pouvez éventuellement monter au dixième étage, bureau 10355, pour voir Madame Triboulet.
    – Ah vous croyez qu’elle pourra trouver une solution ?
    – Non.
    – Mais alors, à quoi ça va me servir ? C’est qui cette dame ?
    – C’est la Directrice Générale du « Bureau des plaintes ».

  5. Michel-denis Robert dit :

    618 – Il avait perdu son temps toute la journée. Il se rendit aux objets trouvés. L’employé temporaire qui le reçut sembla embarrassé.
    – Bonjour Monsieur.
    – Bonjour Monsieur. trop tard, j’ai baissé le rideau.
    – Mais vous ne m’avez pas laissé le temps de…
    – Après l’heure, c’est pu l’heure.
    – Vous pouvez l’ouvrir une minute.
    – Non, je vais déclencher l’alarme.
    – Débranchez-la. Allez, soyez sympa, vous en avez pour une minute.
    – Non, je suis en CDD. Je ne peux pas, je n’ai pas le droit. Rendez-vous compte, si on ne retrouvait plus rien de tous ces objets perdus.
    – De toute façon, perdus pour perdus… Allez, soyez sympas, ne perdez pas de temps.
    – Non, j’ai rendez-vous, je n’ai pas le temps. Revenez demain.
    – Pour un agenda !
    – Ecoutez, on ne m’a pas rapporté d’agenda.
    – Qu’en savez vous ? On l’a peut-être remis dans la boîte aux lettres !
    – Dans ce cas, revenez demain.
    – Demain, je n’ai pas le temps.
    – Vous aurez toute la journée, demain. D’ailleurs, demain, c’est journée portes ouvertes. Vous aurez tout le temps.
    – Ce qui veut dire que tous ceux qui ont perdu quelque chose vont se retrouver ici ? Non vraiment, je n’ai pas le temps, demain.
    – Comment pouvez-vous savoir que vous n’aurez pas le temps demain, si vous n’avez pas votre emploi du temps ? Vous aurez bien un petit créneau pour me rendre visite.
    – Y’a des jours où j’ai le temps, mais demain, je sais que je n’aurai pas le temps. J’ai besoin de le retrouver pour savoir ce que je devais faire demain, justement.
    – Problème, je ne peux pas vous aider. Par contre tous les lundis matin, je vous vois passer. Il me semble que vous allez à la médiathèque. Vous l’avez peut-être oublié là-bas.
    – Vous avez raison, sauf que je ne vais jamais à la médiathèque le lundi, elle est fermée.
    – Excusez-moi, je dois partir, on m’attend. A demain, si vous le voulez bien.

  6. Il avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. 

    Toute rouge et essoufflée, celle-ci tenta pitoyablement de se justifier : « Il y en a tant : du papier d’argent et du papier monnaie, du papier brillant et du papier doré, du papier journal et du papier toilette, du papier de Chine et d’Arménie, etc..Il faudrait être plus précis en nous nous indiquant : « Où ? Quand ? Comment ? Vous l’avez égaré »

    Alors, il se souvint de tout. L’objet tant recherché était entreposé, sous son œil protecteur et amoureux, dans la cave d’un yacht de croisières de luxe qui croisait dans les Caraïbes. Tout se passait plutôt bien : le ciel était bleu, le soleil ardent et la mer étale ; même si les passagers étaient imbuvables, avec leurs remarques acides toujours faites sur un ton sirupeux et leurs maigres pourboires.

    Dans la cave, la cohabitation était âpre et agressive. Tous se chambraient dans un langage corsé

    Le blondinet, né du côté de Reims, qui se prétend toujours « La reine des boissons, la boisson des rois », pétillant certes mais qui donne des ballonnements et s’évente très vite

    L’autre, celui du côté de Bordeaux, qui se prétend « Le roi des vins, le vin des rois » mais qui, malgré ses appellations de Château de… » ou de « Château du… », n’est qu’un bourgeois

    Et ceux de Provence, qui, malgré leur accent gouleyant, n’ont jamais su choisir leur couleur et n’atteindront jamais les sommets

    Et puis l’Autre, l’intrus, l’Américain qui se prétend « Le Roi des sodas, le soda des rois ». Impérialiste, pollueur et nocif pour la santé

    Un jour, il vit le commandant de bord sortir son objet adoré de l’étagère où il sommeillait, jeter son contenu dans la Mer des Caraïbes et y glisser un papier. Sacrilège ! Pourquoi une telle hérésie ?

    Durant des années, une question : « Qu’y avait-il écrit sur cette feuille de papier ? » le hanta et il se résolut à enquêter au Service des objets trouvés – 36 rue des Morillons Paris XVe

    Il y revint des jours, des mois et des années. En vain

    Quelle est donc l’identité de ce chercheur ? : Le sommelier protecteur et amoureux du luxueux yacht

    Quel était cet objet adoré ? : un jéroboam de Gevrey-Chambertin – Grand crû 1993

    Qu’était-il écrit sur ce fichu papier ? Une phrase d’une importance capitale, laissant subodorer de possibles dommages irréparables : « Chérie, n’oublie pas de sortir le chien »

  7. Dominique PORHIEL dit :

    Elle avait perdu son temps toute la journée, elle se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui la reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. Elle commençait même à s’énerver un peu.
    Le dernier « client » lui avait rapporté, lui, toute une journée perdue mais pas d’un seul tenant, non ! Trop facile !
    Une journée toute en bribes et en moments, de quelques secondes à une heure ou deux. Ca faisait tout un tas de morceaux de toutes les formes, de toutes les couleurs : un temps gris, un temps ensoleillé, un temps d’attente, un temps de rien, un temps de chien, un temps de chagrin …
    Y en avait partout sur son bureau et même un peu par terre, certains , plus petits, étaient même collés à ses manches de pull… un foutoir !
    Mais la jeune femme qui se postait devant son bureau n’en avait absolument rien à faire du temps perdu des autres.
    Elle commençait à s’impatienter et à danser d’un pied sur l’autre, imaginant bien que cette femme ne s’interromprait pas avant d’avoir terminé son puzzle.
    Mais que faire ?
    Attendre encore et encore … patienter …
    Au bout de quelques minutes, n’y tenant plus, elle lui arracha toute une poignée de minutes et de quarts d’heure et s’écria

    Ah mais ! Vous me faîtes perdre mon temps !

  8. Grumpy dit :

    Il vient d’être mis à la retraite, à force de tourner en rond dans le quartier à chercher quoi faire pour passer le temps, il est tombé sur l’immeuble des Objets Trouvés.

    Cette découverte fut comme un coup au cœur. C’est ça ! (autrement dit : j’ai trouvé) Le bric à brac c’est sa marotte. Il ne pouvait pas trouver mieux pour s’adonner à sa passion, les vieux machins.

    La préposée le reçut très aimablement, lui expliqua le fonctionnement de « la boutique » dit-elle, « fouinez à votre guise, du moment que vous ne faites pas de bruit, et n’essayez pas de piquer quelque chose, du plus gros au plus petit chaque objet est répertorié et nous avons des caméras » dit-elle encore, elle se remit à trier sa paperasse.

    Cette recommandation l’a un peu vexé, mais il avait son feu vert, elle était aimable et jolie, alors …

    Il arpente toutes les allées, ouvre tous les tiroirs, ne rate aucune étagère, il prend des notes, fait des photos.

    Ce qu’il voit là va lui permettre de réaliser le rêve de sa vie : jouer au petit antiquaire de quartier. Il va dresser un catalogue d’objets divers et variés ce qui leur redonnera de la valeur et permettra à ceux qui ne sont jamais récupérés de finir honorabement en salle des ventes.

    C’est ce qu’il répond à l’employée qui lui demande « mais qu’est-ce-que vous imaginez faire avec tout ça ? » et cruelle, elle ajoute : « vous avez vraiment du temps à perdre, vous »

    Si vous saviez lui répond-t-il, depuis que je suis né , du temps perdu j’en ai à revendre, j’en ai accumulé petit à petit des grammes, des kilos, puis des tonnes

    Et vous les stockez comment ?

    Je les conserve dans des bocaux stérilisés, avec la pollution actuelle, ce temps si pur, si propre, je le vends très bien, voyez-vous comme le marchand de sable, je suis le marchand du temps.

  9. Magali Dubois dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés. L’employée qui le reçut semblait épuisée, prématurément vieillie, usée comme un habit trop longtemps essoré.

    « Madame, je vous vois exténuée, mais il me faut vous déranger : Tout le jour, j’ai perdu mon temps. Quelqu’un vous l’aurait-il au moins en partie ramené ? », lui demanda-t-il dans un souffle doux, nimbé de respect, pour ne pas la bousculer.

    « Mon cher, lui rétorqua-t-elle avec autorité, je passe ma vie à gérer le temps perdu, et pas que le vôtre, figurez-vous ! A l’échelle mondiale, imaginez cette vaste étendue, une immensité presque aussi grande que l’éternité ; un fleuve innervé de millions d’affluents. Du temps fou, du temps voulu ou du temps record. Des duos de temps, privé de leurs 3 mouvements. Du temps perdu à savoir comment. Du temps sans concordance, du temps pressé, détraqué ou ravagé. Alors, voyez-vous, mon bon Monsieur, je suis fatiguée. Et j’ai envie de vous dire ceci : ce n’est pas le temps qui vous manque, c’est vous qui manquez au temps ! ».

    Notre homme s’en retourna, il l’avait bien compris : cette femme n’allait pas l’aider. Ou plutôt si, elle venait de prononcer des mots qui allaient changer sa vie.

  10. Catherine M.S dit :

    Marie avait perdu son temps
    Et se retrouvait gros jean comme devant

    Que faire ?

    Pas d’avenir
    Plus de souvenirs
    Elle avait prévu de faire ceci
    Avait invité des tas d’amis
    Mais le temps s’était enfui
    Sans bruit
    Quant à son projet de cela
    Il était tombé à plat
    Rien que du blanc dans l’agenda
    Patatras

    Quoi faire ?

    Bayer aux corneilles
    Plonger dans le sommeil
    Se tourner les pouces
    Se la couler douce
    Buller, flemmarder
    Lézarder, traînasser
    Pas question !
    Alors quelle solution ?
    Ben voyons
    36 rue des Morillons
    Les objets trouvés !!!

    Mais l’employée semblait perdue
    Elle aussi
    – Bonjour, j’ai perdu mon temps
    – Mais moi aussi, y’a bien longtemps
    – Ah bon, mais que faites-vous ici ?
    – Je passe le temps
    – Vous le passez sans le trouver ?
    – Bien obligée, il n’est pas là

    Las !
    Alors Marie s’en est allée
    Mains dans les poches, le nez au vent
    Au diable les secondes, les minutes et les heures
    Pour l’instant
    L’air du temps
    Suffisait à son bonheur.

  11. françoise dit :

    618/Il avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. Selon ce qu’il avait compris elle aurait égaré le reçu qu’une « cliente » lui avait donné lorsqu’elle avait récupéré un objet de valeur égaré (si on veut bien) lors d’une certaine surprise-party. Un peu « mauvaise langue » elle lui précisa qu’il lui semblait qu’elle avait passé largement l’âge d’aller en surprise-party. En riant il lui demanda comment on devait traduire « certaine ». Elle le regarda l’air perdu.Pas grave pensa-t-il aux objets trouvés elle ne pouvait que le retrouver.
    Après avoir retrouvé ses esprits, et après avoir regardé sa montre (il était 17H50 et l’tablissement fermait à 18H) elle lui demanda ce qu’il avait perdu ?
    J’ai perdu mon temps toute la journée ?
    Elle lui répondit l’air professionnel « que le temps perdu ne se rattrape jamais « 
    Je ne sortirai pas d’ici sans que je vous aie vue le chercher et le retrouver
    Ce serait peine perdue mais il me vient une idée : vous le retrouveriez peut-être en allant rue des Pas perdus : On peut y aller aisément soit en bus, en train, en métro, en vélo, à pied
    C’est une bonne idée ! M’accompagneriez-vous ?
    Avec plaisir ! Il est 18H je ferme .
    Ils partirent main dans la main et on ne les revit jamais.

  12. Coriandre dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.

    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. Elle fut

    surprise de recevoir ce vieux monsieur, tout exténué, à la tenue impeccable, lui expliquer qu’il avait perdu son traité de philosophie. Ce monsieur, très en verve, lui raconta qu’il avait savouré un thé accompagné d’un délicieux gâteau -un opéra- et qu’il avait, après cette pause, cheminé, tout ragaillardi, vers le parc et assis sur un banc, il chercha dans sa sacoche son traité de philosophie.

    Et là, ce fut la panique, plus de livre !

    Gesticulant, il héla les passants pour leur demander s’ils avaient vu un livre traîner dans les allées, sur la pelouse. Un couple d’amoureux interrompu dans leur « bécotage » fut pris d’un gloussement à la vue de ce papi, sorti de nulle part et  venant d’un siècle inconnu.

    Pour lui, toute  sa vie était condensée dans ce traité et ne plus pouvoir le toucher, le regarder, allait l’achever à coup sûr.

    La jeune femme lui répondit laconiquement que dans les bacs des objets déposés, les livres faisaient figure de grands absents. La réponse de l’employée lui plut car il pensa aussitôt que les livres n’étaient pas des objets comme les autres,  qu’ils contaient une histoire…et que les gens y faisaient attention.

    • Monsieur, dit l’employée, rassurez-vous votre livre a peut-être fait le bonheur d’un lecteur ?

    Il la regarda d’un air tellement décontenancé qu’elle en fut tout émue et se risqua à lui proposer une solution :

    • J’ai une idée ! Vous connaissez le titre, l’édition, vous pourriez vous le commander !
    • Impossible, car il ne contenait aucune histoire, que des pages jaunies non imprimées.
    • Ah bon ? Mais alors, ce n’était pas à proprement parler un livre !
    • Détrompez-vous, il en disait long !

    L’employée interloquée souhaitait  en connaître davantage, il commença son récit :

    Voyez-vous, alors que j’étais professeur de philosophie, j’ai écrit ce traité parce qu’un jour, j’ai distribué un sujet à un étudiant sur le concept d’absence dans la tradition occidentale.

    L’employée, dépassée, se gratta la tête en lui rétorquant :

    • C’est bien compliqué tout çà !

    Le vieil homme lui sourit.

    • Pas du tout, vous allez voir !

    Il reprit :

    • Voyez-vous, Mademoiselle, le concept d’absence absolue est lié à la notion d’existence dans la tradition occidentale. Mais comment le caractériser ? questionna -t-il.
    • J’sais pas du tout ! répondit-elle en haussant les épaules.
    • Par le NÉANT !
    • Si vous le dîtes, et alors ?
    • J’en viens à la genèse de la conception de mon traité. Mon étudiant très brillant a été très enthousiaste à la lecture du sujet.
    • Ah bah j’en r’viens pas, pas un peu maso ?
    • Il m’a rendu la meilleure copie que j’ai pu lire de toutes mes années d’enseignement  !

    La jeune femme se tortillait sur sa chaise, très impatiente de connaître la suite quoique un peu perdue dans toutes ces explications.

    • Vous donnez votre langue au chat ? Eh bien, c’était une copie blanche !

    Brillantissime qu’il était, je me suis aussitôt lancé dans la rédaction de ce traité de philosophie. N’avait-il pas synthétiser avec pertinence ce concept ?

    Une sonnette retentit, l’employée ouvrit, une fillette entra avec un livre qui avait bien vécu :

    • Bonjour, M’dme, Msieur, j’ai trouvé ce livre dans la rue et comme il a une belle couverture, j’ai pensé qu’il valait cher alors je vous le rapporte.

    Il se pencha sur l’ouvrage et reconnut d’un coup d’œil son traité. Ravi, il lança :

    • C’est mon livre ! Il est bien visible par sa couverture et cependant à l’intérieur, il n’y a pas d’écriture on pourrait penser qu’il est vide donc qu’il n’est rien mais c’est un rien rempli de quelque chose. Par mon traité de philosophie, j’ai voulu illustrer les notions du Vide, du Rien et du Néant.

    Histoire insolite dans un endroit qui est plein d’un trop-plein de choses !

    Il salua respectueusement la salariée et régala la petite fille de délicieuses friandises.

  13. LAFAURIE Alain dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers.
    Elle lui dit :
    Voyons, voyons j’ai bien là un sextant en bon état mais je doute que vous cherchiez le temps du sexe et c’est chose qui s’égare peu, quoique les égarements dans ce domaine peuvent mener à des extrémités peu souhaitables. Mais c’est moi qui m’égare.
    Le temps dites-vous. Mais quelle sorte de temps ? Serait-ce le bon temps ? Le bon temps des colonies ? La seule chose en rapport que j’ai dans mes trésors c’est une carte géographique en très bon état de l’Afrique Occidentale Française.
    Non, eh bien soit. Alors essayons autre chose. Tenez j’ai des quantités d’ustensiles qui sont dans l’air du temps : tablettes, consoles de jeux, patinettes électriques…
    Toujours pas. Mais au fait comment le mesurez-vous votre temps ? Une pendule, une montre à gousset, un coucou ?
    Je fais fausse route et comment dites-vous, je vous fais perdre votre temps. Quelle ingratitude !
    Alors, je vais vous dire une bonne chose, Monsieur Tête de Linotte. Pour récupérer votre temps il va falloir me présenter une facture. Hors de question de chaparder le temps des autres. Le mien étant facturé, je ne vous retiens pas.

    Revenu chez lui, un peu dépité, l’individu se livra à son passe-temps favori : la construction de l’horloge de Big Ben en allumettes.

  14. Nadine de Bernardy dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée à chercher ce qu’il avait eu et ne retrouvait plus. Il se rendit aux objets trouvés.
    Afin de faciliter la tâche à la personne qui prendrait sa demande en compte, il fit une liste.
    En plus du temp, il avait perdu le nord, perdu la tête, tous ses paris, ainsi que la face, son souffle, du poids. Quand aux pédales il valait mieux ne pas en parler!
    Il partit avec une grande valise dont il avait perdu la clef, arriva à neuf heures trente sept à Saint Lazare, traversa la salle des Pas Perdus pour arriver sans encombre au 35 rue des Morillons dans le quinzième arrondissement.
    Mademoiselle Ghislaine avait la tête dans les paperasses qui encombraient son bureau, mais l’accueillit avec un grand sourire.
    – Bonjour madame, heu pardon, monsieur, que puis je pour vous ?
    Il lui tendit sa liste qu’elle lut à l’envers avec des hum hum prometteurs, puis disparu dans les entrailles du bâtiment. Elle revint quelques minutes plus tard, essoufflée, poussant un chariot bien rempli.
    – Voilà, je crois avoir trouvé tout ce que vous vouliez.
    Mademoiselle Ghislaine se replongea dans ses papiers en soupirant.
    L’homme qui perdait son temps examina le contenu du chariot. Il n’en revenait pas, au lieu de ses objets perdus, il voyait des curiosités, des trouvailles , de petites merveilles auxquelles il n’aurait jamais pensé, accumulées en vrac dans un joyeux désordre.
    Il en rempli sa valise, reparti chez lui débarrassé de ses regrets, riche de nouveautés à savourer tranquillement, en prenant tout son temps.
    La petite Ghislaine, qui avait le coeur en émoi pour un beau marin perdu en mer, lui avait fait le plus beau des cadeaux.
    Il avait enfin perdu le contrôle.

  15. Akpo dit :

    Merci Pascal pour ce sujet que j’ai trouvé très amusant.
    Voici mon texte.

    Il (elle) avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés.
    L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. 
    -Soyez précise Madame dit l’employée, car mon temps comme le vôtre n’est pas infini.
    Tenez remplissez ce formulaire .
    De quelle marque est-il de quelle couleur..est t-il ?.Car ici, vous savez nous en avons plusieurs de temps perdus tout le monde vient ici pour le chercher.
    -Il y a le temps passé.
    -Le mauvais temps
    Le temps des cerises…
    Le temps des secrets. Des amours bref…
    Soyez plus précise !
    On en a tellement en stocks !
    Bon commençons par le début. Essayez de vous rappeler la dernière fois que vous l’avez vu ?
    -.. Mais ça va prendre du temps…
    – Arrêtez! Si vous partez comme ça, vous n’êtes pas prête de le retrouver.
    Je crois pendant mon enfance tiens oui, j’avais tout mon temps plein de temps devant moi trop même je m’ennuyais .
    J’avais tout loisir de le perdre ou de le prendre ??Je ne sais plus.
    Ou la semaine dernière au bureau javais tout le temps de m’ennuyer ou le matin dans les bouchons.
    Essayer de vous rappeler bon sang !!!
    Vous me faites perdre le mien de temps  aussi voilà!!! Quest ce que vous croyez disent tous cela.. Jai perdu mon temps blablabla! Êtes-vous vous sur au moins de lavoir posséder un jour….?Vous n’étiez pas ne qu’il vous glissait déjà entre les doigts. Désolée de vous décevoir mais avez exactement le même temps  pour vivre une journée depuis que vous êtes né.
    Vous vous êtes pressé de …mourrir ou quoi alors prenez votre temps!Et arrêtez de courrier derrière! Il est grand temps d’apprendre à le perdre  voila!…

  16. Michele B.Beguin dit :

    Elle savait que sa journée n’était pas terminée; Il n’était que 10h30 lorsqu’elle s’adressa à ce monsieur au visage complètement bouleversé.
    Bonjour Monsieur, que puis-je pour vous
    Bonjour Madame, je viens déposer une plainte car, hier, mon temps m’a été volé
    Monsieur, adressez-vous au commissariat au bout de la rue
    L’homme devenu perplexe et nerveux pris un stylo posé sur la table pour remplir une fiche nominative
    Mais monsieur je ne peux pas prendre votre réclamation
    Madame je veux retrouver mon temps, vous l’a t’on rapporté ?
    Expliquez-moi plus en détail.
    C’était hier. Il était 15h10 lorsqu’une Jolie fille que je ne connaissais pas s’est assise à la table que j’occupais au café de la place et m’a entretenu pendant plus d’une heure sur un problème de chien disparu. Elle pleurait et je n’ai pas osé lui couper la parole. Je n’avais pas vu ce chien, jusqu’au moment où j’ai compris qu’une maladie l’avais emporté la veille. Je l’ai écoutée. Mais J’avais un rendez-vous pour un emploi que j’ai loupé. Mon temps m’a été volé et j’ai besoin de le récupérer pour retrouver mon heure de RV. J’ai perdu mon temps !!
    Monsieur, vous semblez vous souvenir de la personne qui vous a volé votre temps, vous pouvez donc faire votre enquête tout seul. Attendez, je peux vous aider dit-elle, en cherchant quelque chose dans son ordinateur
    Elle partit quelques minutes et à son retour tendit un paquet plat enveloppé
    Cela pourra sans doute vous aider, vous y trouverez des indices de recherche. En attendant je garde votre fiche pour le cas où la personne me ramènerait votre temps
    L’homme ouvrit doucement le paquet et en sortit un livre de poche dont le titre était « A la recherche du temps perdu »

  17. camomille dit :

    Elle lui dit :
    – B’jour… C’est pourquoi ?
    – B’jour… C’est pour une déclaration de perte.
    – Ah ! Et qu’est-ce-que vous avez perdu ?
    – Mon temps Madame, j’ai perdu mon temps !
    – Vous vous foutez de moi ?
    – Oh non Madame, oh non !
    – Oui, vous vous foutez de moi !
    – Oh NON ! Vous dis-je ! Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Vous savez je n’ai pas que ça à faire… Mais la première alerte, ça a été lorsque le souffle a commencé à me manquer.
    Plus le temps de respirer… Vous vous rendez-compte Madame le danger ? Faut vite me le retrouver avant l’asphyxie, d’accord ?
    – C’est bien ce que je dis : vous vous foutez de moi !
    – Libre à vous Madame de le penser, mais si vous refusez d’enregistrer ma déclaration, vous serez accusée « de non assistance à personne en danger ». Ni plus, ni moins.
    – Ma foi… présenté comme ça.. Mais je marque quoi moi alors ?
    – Ben vous marquez tout simplement la vérité : Monsieur Proust est à la recherche du temps perdu.

  18. FANNY DUMOND dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée et se rendit aux objets trouvés. L’employée qui le reçut semblait guère occupée. Elle se limait les ongles tout en blaguant au téléphone.

    – Je te laisse, dit-elle. J’ai quelqu’un, je te raconterai la suite dans cinq minutes. C’est pourquoi, lui demanda-t-elle après avoir raccroché.

    – J’ai perdu mon temps.

    – Patientez un instant, lui dit-elle avec un sourire à damner un saint. Mon ordinateur rame à n’en plus finir aujourd’hui.

    Il la détaillait et se disait qu’il en ferait bien son petit quatre heures.

    – Ah ! ça y est ! s’écria-t-elle. Sauf que ma stagiaire est infoutue de classer les objets trouvés par ordre alphabétique. J’ai une poussette, neuf clés de voiture, vingt-quatre portefeuilles, trois doudous, une BD, cinquante-huit téléphones, un billet de cinquante euros, entre nous soit dit, moi, je l’aurais gardé, huit…

    – C’est que je n’ai pas trop le temps d’attendre, s’impatienta le type dont la flamme s’éteignait à force de trépigner.

    – Allez vous asseoir, ça ne va plus être long. J’ai l’habitude de lire en diagonale. Y a bien une fois où j’ai pas pu trouver la tête d’une femme, tant et si bien qu’elle en a perdu le souffle et que j’ai dû me lever pour la soutenir jusqu’à la sortie.

    – Votre métier est un véritable sacerdoce, la complimenta le gars dont la flamme se ranimait. Ça vous dirait un petit resto ce soir ? Moi, c’est Marcel.

    – Et moi, c’est Madeleine. Y a bien longtemps que j’ai perdu mes illusions et que je me couche de bonne heure, mais bon pourquoi pas après tout. Un de perdu, dix de retrouvés.

    Depuis ce jour, monsieur P. ne regrette pas d’être allé à la recherche de son temps perdu.

  19. Antonio dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés. L’employée qui le reçut semblait un peu paumée dans ses papiers. Elle commençait à perdre patience. Il la ramassa.

    – Vous venez de perdre ça, dit-il en lui tendant l’objet de son stress retrouvé.
    – Oh merci, vous sauvez ma journée, dit-elle, en reprenant son calme. Alors, il ressemble à quoi votre temps perdu, vous avez une photo ?
    – J’ai ce cliché, si vous voulez. C’est un bon temps comme un autre, vous savez, vous avez rencard, elle s’est apprêtée, belle comme un soleil, on prend un café, on se promène, quelques bons mots, quelques fous rires, je la ramène, et là, sous le porche de l’immeuble, un baiser, des promesses, je monte chez elle, un dernier verre et plus par affinités, un bon temps, je vous dis, normal quoi.
    – Je vois. Du temps perdu avec une fille, ça court les rues, vous savez, à tel point que les gens ne nous les ramènent pratiquement plus, et je ne vous parle même pas de ceux perdus avec les mecs, personne ne s’abaisse à les ramasser, ils vont directement à la poubelle, tellement ils sont pourris. Mais je vais regarder, au cas où. Quand l’avez-vous égaré ?
    – C’était hier midi, au café Marguerite. Elle est arrivée, on s’est fait la bise, ses yeux m’ont ébloui, on s’est assis pour prendre un café, j’ai dû lui dire qu’elle était belle comme un soleil, et là, le temps a pris les aiguilles à son coup de « une heure » et je me suis mis à lui courir après tout l’après-midi. Mais rien, il faisait un temps de chiotte, en plus, elle n’avait pas de parapluie, moi non plus, la promenade a coupé court. J’ai hélé un taxi, mais je n’avais pas assez sur moi, alors elle a payé, sous le porche je n’ai rien dit. Je savais que je ne rattraperai plus le temps perdu.
    – Laissez-moi voir, dit l’employée avec une étincelle dans le regard. Vous savez que vous êtes un grand veinard, une âme charitable vient justement de nous l’apporter, ce matin.
    – Ah bon ?
    – Demain midi, café Marguerite, je ne travaille pas le mercredi. Il est bien à vous ?
    Et comment ! Merci… Mais qui est cette âme charitable ?
    – Un certain Destin…
    – Comme Giscard ?
    – Non, rit-elle de bon cœur, comme Le, Le Destin.

  20. Patricia dit :

    Raphaël avait perdu son temps à la chercher toute la journée ; il se rendit aux objets trouvés.

    L’employée qui le reçut semblait s’ennuyer dans son coin, triant sans conviction (et sur quels critères ?) des dizaines de paires de lunettes qui formaient un tas désordonné sur une table. Il se demanda ce que lui rappelait cet amoncellement. Ah oui, des photos de camps de concentration, oh mon Dieu, ces images horribles d’objets qui…

    – Bonjour Monsieur ! Que puis-je faire pour vous ?

    L’employée s’était tournée vers Raphaël, interrompant ses pensées délétères.

    – Bonjour Madame. Voilà, je suis perdu parce que je l’ai perdue. Pourtant, j’ai cherché à la retenir, cherché, je vous promets. Je ne sais plus où j’en suis. C’est terrible..
    – Monsieur,…
    – Non laissez-moi finir, il faut que je vous explique. Voilà, elle était encore là avant-hier, tout allait bien, je savais exactement comment la nourrir, la retenir, la garder, la faire exister…
    – Monsieur, s’il vous plait ?
    – Attendez ! Il faut que je vous dise… Or donc, j’étais tellement enthousiaste, elle était là, depuis des jours…Elle était revenue. J’étais si heureux, j’en avais le souffle court..
    – Mais, Monsieur ?
    – Et puis hier, tout d’un coup, elle n’est plus là où elle doit être. Pourtant, j’étais sûr que j’avais tout fait pour la garder, mais..
    – Monsieur, enfin !…
    – Mais vous ne comprenez pas ! C’est important ! Comment vais-je faire sans elle ? Elle est toute ma vie, elle est mon oxygène, elle est ma raison d’être. Que vais-je faire sans elle ? C’est comme si j’étais mort, je ferais aussi bien de me pendre… Si vous saviez comme je suis triste…

    L’employée, à bout de patience, frappa brutalement la table de son poing, faisant valdinguer le tas lunettes déséquilibré.
    – Ca suffit !!! Maintenant, vous allez me dire : qu’avez-vous perdu ?

    Grand soupir…

    « L’inspiration. »

  21. 🐻 Luron'Ours dit :

    🐻 UNE AFFAIRE BIEN ENLEVÉE

    J’aurais dû y passer en coup de vent. J’avais perdu mon temps, vite, je vais le chercher aux objets trouvés. J’ai cru que je n’arriverais jamais rue des Morillons. Au bureau des égarés, c’était un bazar hétéroclite, des montres arrêtées, des dentiers ébréchés, bref, du laissé pour compte d’articles sans valeur ; ici, un petit Robert, un réticule, un chapeau de paille d’Italie, là, des pièces de vêtements, une petite culotte abandonnée, et au bout de sa ficelle, un monocle reprochard. Plus loin, un pentagramme et une boule de cristal.
    À défaut de retrouver ma jeunesse, n’aurais-je pas dû consulter la voyante qui égare ses instruments de divination ? Je lui aurais chanté au clair de la lune, une ariette oubliée, remontée dans sa boîte à musique.
    L’employé consciencieux et circonspect inspectait ses rayons. Du temps ? Je ne vois pas, nous n’en avons guère, exhala-t-il. En revanche, vous avez de beaux restes fait-il, égrillard et le doigt levé. Ça me fâcha, je me déshabillai, strip-tease total, la misère, quoi ! Avec prestesse il me noua l’aiguillette d’une bobinette et boucha mon reste d’une chevillette. soyez tranquille, proféra t’il, je vous ai coupé l’eau et le gaz. Quand à l’électricité, repassez demain. Sans demander mon reste je parti. O tempora ! O Mores ! 🐻

  22. 🐀 Souris verte dit :

    🐀 CES PETITS RIENS

    Ce matin j’ai bien senti que ça allait être une journée de rien… C’est toujours un régal ces petits riens tout neufs qui courent tout seuls et que je n’essaie pas de rattraper et ne lèverai pas le petit doigt.
    Le jour se lève… Moi pas ! Trop fatigant ! Un bon à rien ! Voilà comment je suis catalogué. Je ne voudrais pas les faire mentir et resterai sur mon quant à soi. L’essentiel est d’être reconnu, classé, car l’avantage de ma situation est que jamais au grand jamais on ne se risquerait à me demander quelque chose. Ce serait du temps de perdu ! Et que celui qui le trouve… Le garde ! 🐀

  23. Alain Granger dit :

    Julie était amère. Elle avait perdu ses lunettes de soleil dans la mer dix jours plus tôt. Tout comme Julia, sa jumelle qui se trouvait dans le même bain, les lunettes de soleil formaient aussi longue vue car toutes deux souffraient de troubles de la vision de loin. Ce jour là la mer était agitée. Pourtant il n’y avait que peu de vent. Elles se firent violence pour entreprendre leur habituelle marche dans l’eau. Elles se rendirent compte rapidement que durant la nuit la mer avait creusé le sable qu’elles foulaient pour en faire des tranchées. La mer était maline. Elle les enveloppa tout d’abord de remous et de vaguelettes, leur laissant le temps de s’adapter. Puis les ondoiements se firent rouleaux, prenant de l’élan dans les fosses nouvellement formées. Elles furent interpelées par les lames qui coupaient leur élan, leur marche latérale à la plage. Puis l’onde liquide se fit masse d’eau importante. Ca ne faisait pas marrer les jumelles. Julie se fit tout un cinéma lorsque la nouvelle vague la submergea. Elle se sentit comme un chemisier sale dans une machine à laver. Lorsqu’elle se releva sur le sable projetée, elle rebascula sous l’eau sous la force de la vague suivante. Julia lui tendit la main pour l’aider à retrouver sa dignité. Julie jeta un regard sur la plage où les bronzeuses commentaient les pérégrinations des baigneuses imprudentes. Elle rajusta un sein qui cherchait à s’échapper de son maillot puis suggéra à Julia de retourner vers la plage. Allongée sur la serviette mouillée, elle attendit un moment en regardant les flots qui venaient mourir sur le sable en écumes blanches. Elle espérait voir la mer régurgiter sa paire de lunette. Mais le ressac semblait l’avoir gardé dans son sac, l’enfouissant sous le sable comme on cache un trésor. Alors, tous les jours, en venant pratiquer le longe-côte avec sa jumelle dans le matin chagrin par cette perte, elle abordait le maître-nageur. Elle se faisait la gageure que le bellâtre bronzé et musclé lui tende ses lunettes de marque avec son sourire Ultra-Brite. Mais ce ne fut jamais le cas. Lorsque les casemates préfabriquées furent démontées elle ne perdit pas espoir. Julie ne se démonta pas. Elle se rendit aux objets trouvés de la station balnéaire. Même si elle était quelque peu agacée par l’employé qui paraissait paumé dans ses papiers, elle fit preuve de patience. Grand bien lui en fut. L’homme aux loupes sur le nez lui présenta une boite garnie de lunettes de toute sorte. Lorsque Julie reconnut sa paire de Ray-ban, elle sauta au cou de l’employé puis l’embrassa sur la joue avec fougue. L’homme rajusta ses lunettes tordues en lui offrant un sourire gêné. Lorsqu’elle lui tourna le dos pour se mirer dans le reflet de la vitre, il se dit qu’il n’avait pas perdu sa journée. Le baiser d’une brune aux yeux d’émeraude ne lui arrivait pas tous les jours. Julie déploya ses ailes avec diligence pour rejoindre sa jumelle afin de plus vite partager son allégresse avec elle.

  24. Nouchka dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée. Il se rendit aux objets trouvés.
    L’employé qui le reçut semblait un peu paumé dans ses papiers. Sur une table haute il manipulait une multitude de fiches cartonnées qu’il changeait de place comme celles d’un jeu de carte. Après un instant d’attente, le visiteur interpela l’employé :
    – Bonjour Monsieur, puis-je vous expliquez ce qui m’amène ?
    – C’est pour un dépôt ou une perte ?
    – Pardon, que voulez-vous dire ?
    – Avez-vous perdu quelque chose ou avez-vous trouvé quelque objet ?
    Le visiteur avait enfin réussi à capter l’intérêt de l’employé :
    – J’ai perdu mon temps aujourd’hui ; ce doit être une déclaration de perte ?
    – En effet. Donnez-moi vos nom, prénom, adresse, objet et lieu de la perte
    – Arthur Potin, 13 Allée des Anémones 90180 Saint Glinglin. Comme je vous le disais, j’ai perdu mon temps, aujourd’hui même, ici, à Saint Glinglin.
    – Pourriez-vous êtes plus précis ; votre temps, comment était-il ?
    – Mon temps ! Il est précieux. Il m’échappe parfois. Il est très occupé. Voilà ce que je peux en dire.
    – Vous êtes marrant. Vous croyez que cette description va m’aider à l’identifier ! Monsieur, les dépôts d’objet trouvés sont à la fois très divers et très semblables. Si je ne peux indiquer une particularité, je ne le retrouverai pas.
    – Ben, je ne sais pas. Mon temps est très actif, très diversifié ces derniers jours, très fuyant. Je cours toujours après. Voilà ce que je peux ajouter.
    – Ce n’est pas gagné. Mais cela vous regarde. Peut-être ne souhaitez-vous pas vraiment le retrouver votre temps perdu aujourd’hui ?
    Sachez Monsieur, que les objets perdus ou recherchés vont du doudou, à la clé en passant par l’amour, la foi, la confiance en soi – ou en X ou Y -, la perte d’un proche, etc.
    – Ah bon ! Je n’aurais pas cru que l’on puisse espérer retrouver auprès de vous un amour perdu ou la confiance en soi.
    – Pourquoi donc ? Tant qu’il y a de l’espoir il y a de la vie. Ensuite, on peut s’adresser à Ste Rita… si on y croit.
    – Et vous, vous avez déjà pu restituer la foi à quelqu’un qui l’avait perdue ?
    – Je ne fais pas de miracle, mais je suis assez fier de mes résultats.
    – Alors, je crois que je vais modifier ma demande. Laissons tomber le temps perdu aujourd’hui ; c’est petit et assez mesquin. En revanche, je souhaiterais retrouver ma jeunesse. Là, je peux vous en faire une description précise. J’espère que vous avez un peu de temps devant vous car je risque d’en avoir pour un moment.

  25. Jean Marc Durand dit :

    Il avait perdu son temps toute la journée, il se rendit aux objets trouvés. L’employée qui le reçut seule et un peu paumée dans ses papiers lui lança : « Une minute s’il vous plaît ». Une heure après, elle y était encore, dans sa minute. De temps en temps, il consultait sa montre. Les secondes s’accumulaient. Il l’interpella.

    « Excusez-moi, Madame j’en ai pour une seconde, c’est juste pour une histoire de temps perdu »
    L’employée ne lui répondit même pas et lui tendit une feuille pré remplie.

    Nom, prénom, âge, situation familiale, antécédents
    Type de temps perdu

    Quand
    Comment

    Il s’appliqua à déterminer le temps qu’il avait perdu. Déjà à radoter son nom, son prénom et ses situations familiales.
    Pour les antécédents, ça flirtait l’obésité. Rien que sur la journée, ça allait largement remplir la feuille. Alors, s’il se mettait à éplucher la veille, l’avant-veille, la semaine passée et l’année précédente, il n’était pas prêt de sortir de ce qui ne ressemblait, de plus, en aucun cas à une auberge.
    Pour l’accueil, c’était Tintin, et Milou…Haddock, Tournesol, Les Dupont…et toute la tripotée de personnages inventés par Hergé…et les autres.

    A tous les coups, pensa-t-il, je suis encore en train de perdre du temps.

    Il interpella à nouveau l’employée : « Vous savez Madame, pour la journée, je vais certainement pouvoir m’en souvenir….mais au-delà…surtout pour les années…ça ne va pas être de la tarte ! »

    Elle leva juste un sourcil, ce qui dans le langage des employées devait signifier qu’elle n’en avait rien à secouer du centième de seconde tombant de son pull, son col bien roulé autour du silence de sa gorge.

    Il replongea dans sa feuille, s’efforça de cerner le contenu de la journée. Il griffonna sur tous les bords de la feuille, un peu en travers, même sur le verso.

    Deux heures après il tendit le manuscrit à l’employée.

    Celle-ci lui indiqua du doigt l’horloge et le panneau attenant avec les heures d’ouverture et de fermeture. Puis elle enfila une gabardine grise.

    L’homme se retrouva sur le trottoir. « Bon, ben, je vais devoir me débrouiller seul »

    Vu qu’on lui avait depuis l’enfance bourré le crâne que le temps perdu ne se rattrape jamais, qu’il n’y a que le premier pas qui coûte et qu’il s’était déjà suffisamment endetté, il partit, à reculons.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.